Les conséquences de la concurrence sur le réseau ferroviaire français pourraient être délétères pour les contribuables ou pour l'entretien du réseau, selon la SNCF. La compagnie ferroviaire s'estime lésée car elle doit maintenir sa desserte du territoire souvent déficitaire alors que la concurrence ne se positionne que sur les lignes les plus rentables, comme le rapporte BFM Business.
Le nouveau patron de la SNCF, Jean Castex, a dénoncé cette situation lors de sa première conférence de presse, estimant que les entreprises concurrentes devraient être amenées à plus d'équité. Il a précisé que si les concurrents n'assurent que les parties rentables, le système ferroviaire dans son ensemble risque d'être mis en difficulté, car il n'y aura pas assez d'argent pour les investissements dans la rénovation du réseau.
Ce qu'il faut retenir
- La SNCF estime que la concurrence actuelle et future ne desservira pas les gares intermédiaires déficitaires.
- Le manque à gagner pour la SNCF est estimé à 200 à 300 millions d'euros par an.
- Les péages pèsent lourd, avec un total de 1,14 milliard d'euros pour le groupe en 2025.
- La SNCF propose un modèle de péréquation, où les lignes rentables financent celles qui ne le sont pas.
- Les nouveaux acteurs ont fait le choix logique de se lancer sur les lignes les plus rentables, ce qui ampute les bénéfices de la SNCF sur ses lignes rentables.
Le contexte
Peu de lignes à grande vitesse exploitées par l'entreprise publique sont effectivement rentables en moyenne sur une année, entre un tiers et la moitié selon les sources. L'offre TGV de la SNCF n'est absolument pas subventionnée. L'axe Paris-Lyon est considéré comme une véritable vache à lait, tandis que d'autres lignes sont déficitaires, la demande étant inférieure à l'offre dans une partie des 230 dessertes proposées.
Le gouvernement semble conscient du problème et vient de confier à Dominique Bussereau une mission relative aux dessertes ferroviaires d’aménagement du territoire par les trains à grande vitesse, dans le contexte de l’ouverture du marché à la concurrence. Les conclusions sont attendues à la fin du premier semestre.
Les positions des acteurs
La SNCF estime que l'Etat se voile la face sur cette question car, elle en est convaincue, la concurrence actuelle et future n'arrêtera pas ses trains dans les gares intermédiaires comme Poitiers, Angoulême, Libourne, Bar-le-Duc, Montceau-les-Mines Le Creusot, Mâcon, Valence... toutes déficitaires, ce qui in fine appauvrira le groupe.
Marco Caposciutti, président de Trenitalia France et de l'Afra, l'association qui rassemble les concurrents de la SNCF, relativise un peu la problématique, estimant que la hausse du nombre de voyageurs induit par la concurrence, « c'est plus d'argent pour SNCF Réseau à travers les péages ».
Les enjeux
Les conséquences de cette situation se font déjà sentir chez SNCF Voyageurs, avec une marge sur la vache à lait Paris-Lyon en TGV qui a baissé de moitié. La crainte du groupe est un effet domino délétère : moins de rentabilité, c'est moins de dividende reversé à SNCF Réseau pour la régénération des rails, c'est moins de capacité d'investissement pour acheter des trains et c'est le risque de voir le modèle de péréquation s'écrouler à cause de ce déséquilibre.
La SNCF propose à partir de décembre prochain des rabais de 1 à 2% pour les opérateurs qui proposent un à trois arrêts dans des gares dites d’aménagement du territoire. Fin 2027, cette ristourne passera de 2 à 4%, ce qui n'est pas négligeable, ni pour SNCF Voyageurs, ni pour la concurrence.
Les enjeux sont importants, car le modèle ferroviaire français est un élément clé de la mobilité et de l'aménagement du territoire. La concurrence doit être régulée pour que les acteurs puissent coexister de manière équitable et que les besoins des voyageurs soient satisfaits.
