Selon BFM Business, le gouvernement suédois a annoncé jeudi 9 juillet 2026 sa décision de prendre une participation majoritaire dans Videberg Kraft, une société créée par le fournisseur d’électricité public Vattenfall pour construire trois petits réacteurs modulaires (SMR). Cette initiative marque le premier projet de construction de nouveaux réacteurs nucléaires en Suède depuis plus de cinquante ans, dans un contexte de crise énergétique et d’incertitudes géopolitiques croissantes.
Ce qu'il faut retenir
- L’État suédois détiendra 60 % de Videberg Kraft, tandis que Vattenfall et le consortium Industrikraft conserveront chacun 20 % du capital.
- Les trois SMR, dont la construction est prévue sur le site de Ringhals dans le sud-ouest du pays, seront les premiers réacteurs nucléaires construits en Suède depuis les années 1970.
- Vattenfall a déjà sélectionné le britannique Rolls-Royce comme partenaire industriel pour l’installation de ces réacteurs.
- Le parlement suédois a déjà validé cette prise de participation, avec un plafond de 1,8 milliard de couronnes (environ 160 millions d’euros).
- Industrikraft a injecté 400 millions de couronnes (36,1 millions d’euros) dans Videberg Kraft pour une participation de 20 %.
Un retour du nucléaire après un demi-siècle d’attente
La Suède exploite actuellement six réacteurs nucléaires, répartis dans trois centrales mises en service entre 1975 et 1985. Depuis, aucun nouveau réacteur n’a été construit, malgré une dépendance historique au nucléaire pour près de 30 % de sa production d’électricité. La décision de relancer cette filière s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification énergétique, alors que le pays fait face à des besoins croissants en électricité et à des tensions géopolitiques persistantes.
« Tout comme dans les années 1970, au moment où la majorité des réacteurs nucléaires du pays ont été construits, le monde fait de nouveau face à une crise énergétique », a souligné Ebba Busch, ministre suédoise de l’Énergie, lors d’une conférence de presse. Elle a ajouté que les « importantes incertitudes géopolitiques » et les besoins en électrification rendent indispensable une production d’énergie stable et indépendante des aléas météorologiques ou des importations.
Une technologie innovante pour relancer l’industrie
Les petits réacteurs modulaires (SMR) représentent une technologie distincte des centrales nucléaires conventionnelles. Leur taille réduite permet une fabrication en série dans des usines, avant transport et installation sur site. Cette modularité est censée réduire les coûts et les délais de construction, tout en offrant une flexibilité accrue pour s’adapter à la demande locale.
Selon BFM Business, Videberg Kraft a été spécifiquement créée par Vattenfall pour porter ce projet. Un consortium industriel, Industrikraft, a déjà investi 400 millions de couronnes dans l’entreprise, pour une participation de 20 %. Le gouvernement suédois, via l’État, complétera ce financement en prenant 60 % du capital, tandis que Vattenfall en détiendra 20 % aux côtés du consortium. Le parlement a déjà donné son aval à cette opération, avec un plafond de financement fixé à 1,8 milliard de couronnes.
Un choix politique soutenu par une coalition de droite
Cette relance du nucléaire intervient dans un contexte politique marqué par une coalition de droite au pouvoir, soutenue par l’extrême droite, qui avait annoncé dès 2023 son intention de produire « massivement » de l’énergie nucléaire en Suède. « Dans ce contexte, nous ne pouvons pas dépendre des conditions météorologiques ni des puissances étrangères », a rappelé Ebba Busch, en référence aux énergies renouvelables comme l’éolien, dont la production reste intermittente.
Le site retenu pour l’installation des trois SMR est Ringhals, dans le sud-ouest du pays, où Vattenfall a déjà annoncé avoir sélectionné Rolls-Royce comme partenaire industriel. Ce choix technologique marque un rapprochement avec des acteurs internationaux spécialisés dans les SMR, alors que la Suède avait historiquement développé son propre parc nucléaire sans recours à des fournisseurs étrangers pour les réacteurs.
Cette stratégie suédoise interroge également sur l’évolution du mix énergétique national. Alors que le pays mise sur un équilibre entre nucléaire, hydroélectricité et énergies renouvelables, la question de la réduction progressive des énergies fossiles reste au cœur des débats. Reste à voir comment cette relance du nucléaire s’articulera avec les objectifs climatiques du pays, alors que les SMR, bien que moins émetteurs de CO₂ que les centrales à charbon, ne sont pas exempts de défis environnementaux et de gestion des déchets.
Enfin, le modèle économique de Videberg Kraft sera scruté de près. Avec un investissement public de près de 1,8 milliard de couronnes, les pouvoirs publics devront s’assurer de la rentabilité du projet, alors que les coûts des SMR restent encore incertains à grande échelle. Bref, si la Suède prend une longueur d’avance en Europe sur cette technologie, les prochaines années seront déterminantes pour en évaluer la viabilité.
Les SMR offrent une construction plus rapide et moins coûteuse grâce à leur modularité, une fabrication en usine facilitant le contrôle qualité, et une flexibilité d’installation adaptée à des besoins locaux. Leur taille réduite limite aussi les risques en cas d’accident, même si leur sécurité reste un sujet de débat. En revanche, leur puissance individuelle est moindre, ce qui nécessite plusieurs unités pour atteindre une production équivalente à une centrale classique.