Depuis son introduction en Bourse le 12 juin dernier, SpaceX, le groupe spatial, de satellites et d'intelligence artificielle, affiche une valorisation astronomique qui cristallise de nombreux débats, selon BFM Bourse. Avec une capitalisation boursière actuelle d'un peu plus de 2.000 milliards de dollars, après avoir frôlé les 3.000 milliards de dollars, la société doit justifier cette valorisation tendue par des prévisions de croissance vertigineuse.
À titre d'exemple, Morgan Stanley estime que le groupe pourrait dégager un chiffre d'affaires de 3.400 milliards de dollars en 2040, un chiffre proche du produit intérieur brut (PIB) de la France. Goldman Sachs voit de son côté SpaceX multiplier ses revenus par 25 d'ici à 2030. Mais ces projections laissent surtout entrevoir une forte croissance dans les activités d'intelligence artificielle de la société, et dans une mesure moindre via Starlink, l'opérateur de constellations de satellites de l'entreprise.
Ce qu'il faut retenir
- La valorisation de SpaceX dépasse les 2.000 milliards de dollars.
- Les prévisions de croissance sont vertigineuses, avec un chiffre d'affaires potentiel de 3.400 milliards de dollars en 2040.
- La croissance de Starlink et de l'IA repose sur le succès technologique de la division spatiale.
- La division spatiale de SpaceX est considérée comme la rampe de lancement pour les deux autres divisions de l'entreprise.
- Les règles comptables faussent les apparences, car les lancements effectués pour Starlink ne sont pas comptabilisés comme des revenus pour la division spatiale.
Les projections à l'horizon 2030 de Goldman Sachs citées par le Financial Times reposent sur une multiplication par 100 des revenus des métiers d'IA à 322 milliards de dollars. Starlink pour sa part connaîtrait une multiplication par 10 de son chiffre d'affaires à 144 milliards de dollars. Les activités spatiales du groupe, c'est-à-dire les lanceurs permettant de mettre en orbite des satellites, ne feraient, elles, « que » doubler pour passer de 4,1 milliards de dollars l'an passé à 8,3 milliards de dollars en 2030.
La division spatiale, clef de voûte de la croissance
La division spatiale de SpaceX reste donc la clef de voûte de l'avenir économique et boursier de la société, et notamment le succès de la fusée Starship, qui doit être totalement réutilisable. Selon Alicia Daurignac, gérante et analyste du fonds « Echiquier Space » chez LFDE, « il y a une raison assez précise à cela. Les données du spatial sont mécaniquement plus faibles car une grande partie des lancements de SpaceX sont faits pour sa constellation Starlink. Selon les règles de comptabilité américaine, ils ne peuvent pas s'auto-facturer un lancement, donc mécaniquement le revenu de la partie lanceurs a l'air artificiellement faible, puisqu'ils ne peuvent que reconnaître les revenus réalisés sur les lancements facturés en externe ».
En 2025, SpaceX a effectué 165 lancements, dont 122 pour Starlink et 43 pour des clients extérieurs. En 2024, le ratio était de 89 pour 45. La division spatiale de SpaceX va grandement contribuer à rentabiliser les centres de données dans l'espace, en réduisant les coûts de lancement des satellites. SpaceX a déjà drastiquement abaissé ces coûts, qui s'inscrivent actuellement autour de 2.000 dollars par kilogrammes pour les fusées Falcon9 et Falcon Heavy, contre un coût historique de plus de 18.000 dollars le kilogramme.
Les défis à venir
Or Elon Musk promet que ces coûts pourraient encore être divisés par dix dans les prochaines années, pour tomber entre 300 et 1000 dollars le kilogramme. Ce grâce à la nouvelle fusée « Starship3 » de la société. « À ce moment-là (lorsque Starship sera opérationnel, NDLR) on aura un coût beaucoup plus concurrentiel pour envoyer ces satellites (de data centers, NDLR) dans l'espace », explique Christophe Pouchoy, également gérant du fonds « Echiquier Space » chez LFDE.
En conclusion, l'activité de lanceurs de SpaceX est la clef de voûte de sa croissance et de son avenir en Bourse. La société doit justifier sa valorisation tendue par des prévisions de croissance vertigineuse, et la division spatiale reste la rampe de lancement pour les deux autres divisions de l'entreprise. Les défis à venir sont nombreux, mais la réussite de la fusée Starship pourrait constituer un facteur clé pour dégager de la valeur.