Près de 3 000 civils tués depuis 2021, une avancée ininterrompue des groupes djihadistes vers Bamako et des mercenaires russes initialement présentés comme des « libérateurs » transformés en acteurs d’un échec militaire : c’est le bilan dressé par le Nigeria à l’encontre des forces russes déployées au Mali. Selon Courrier International, cet état des lieux, détaillé dans un éditorial publié en novembre 2025 par le quotidien nigérian The Nation, a suscité une réaction de Moscou et interrogé sur la réalité des engagements russes en Afrique.
Ce qu'il faut retenir
- 2021 : le Mali fait appel aux mercenaires de Wagner pour lutter contre les groupes djihadistes, avant un remplacement progressif par l’Africa Corps, structure plus directement liée à l’État russe.
- Le Mali est devenu une vitrine militaire russe sur le continent africain, selon les observateurs du conflit.
- Un éditorial nigérian publié en novembre 2025 dans The Nation alerte sur le « pacte faustien » conclu par plusieurs pays africains avec ces groupes paramilitaires.
- Le journaliste nigérian Oumarou Sanou souligne dans son texte que les groupes djihadistes progressent vers Bamako, tandis que le nombre de civils tués ne cesse d’augmenter.
- 3 000 morts civils recensés depuis l’arrivée des mercenaires, selon les observateurs cités par l’article.
Un engagement militaire qui a viré au désastre
Lorsque le Mali, confronté à une insurrection djihadiste de plus en plus menaçante, a sollicité l’aide de Moscou en 2021, l’intervention des mercenaires russes de Wagner était présentée comme une solution rapide et efficace. Bientôt, ces forces ont été remplacées par l’Africa Corps, une unité officiellement rattachée au ministère russe de la Défense, mais dont les méthodes et les objectifs restent opaques. Le Mali, où ces groupes ont opéré, est devenu un laboratoire de la présence militaire russe en Afrique, mais aussi un symbole de ses limites.
Dans son analyse, le journaliste nigérian Oumarou Sanou ne mâche pas ses mots. Pour lui, le pacte passé avec Moscou relève d’un « pacte faustien » : une alliance avec des forces paramilitaires qui, loin de stabiliser la région, a aggravé la situation sécuritaire. « Les groupes djihadistes avancent vers Bamako, les civils meurent en nombre record et les mercenaires autrefois présentés comme des ‘libérateurs’ ont transformé le sol malien en un cimetière de faux espoirs », écrit-il dans son éditorial.
Une stratégie russe sous le feu des critiques
La présence de l’Africa Corps au Mali a été justifiée par Moscou comme un soutien à la lutte antiterroriste, mais les observateurs africains et internationaux pointent du doigt une réalité plus complexe. Les mercenaires russes, qu’ils appartiennent à Wagner ou à l’Africa Corps, sont accusés de violations des droits humains, d’exactions contre les populations civiles et de manque de transparence dans leurs opérations. Le Mali, déjà fragilisé par des années de crise politique, paie aujourd’hui le prix de cette alliance.
Selon Courrier International, l’éditorial nigérian a suffisamment marqué les esprits pour provoquer une réaction de la Russie. Moscou, qui multiplie les partenariats militaires en Afrique, voit son image se dégrader sur le continent. Les autorités russes défendent leurs engagements en mettant en avant une coopération « gagnant-gagnant », mais les faits sur le terrain contredisent cette rhétorique. Le Mali, autrefois présenté comme un modèle de réussite, illustre désormais les dangers d’une coopération militaire mal encadrée.
Le Nigeria et l’Afrique en alerte
L’article de The Nation a eu un écho particulier au Nigeria, où les autorités et la société civile s’interrogent sur l’opportunité d’imiter le Mali en contractant avec Moscou. Oumarou Sanou y met en garde : « Les leçons du Mali doivent servir d’avertissement. » Le Nigeria, confronté à des défis similaires dans le nord-est du pays, observe avec méfiance l’expansion des groupes paramilitaires russes sur le continent. Plusieurs pays africains, attirés par l’offre russe de soutien militaire rapide et peu coûteux, pourraient être tentés de suivre la voie tracée par Bamako — au risque de reproduire les mêmes erreurs.
Cette remise en question intervient alors que la Russie renforce sa présence militaire en Afrique via des accords bilatéraux, souvent opaques, avec des régimes en quête de légitimité ou de stabilité. Les experts soulignent que ces partenariats, s’ils offrent un répit immédiat, ne résolvent pas les causes profondes des conflits et peuvent aggraver les tensions locales.
Le cas du Mali interroge également sur l’avenir des forces russes en Afrique. Moscou, engagé dans une guerre prolongée en Ukraine, pourrait être tenté de réduire ses engagements continentaux faute de moyens. Mais tant que les régimes africains chercheront des solutions rapides aux crises sécuritaires, le risque de voir émerger de nouveaux « pactes faustiens » persistera.
L’Africa Corps est une unité militaire russe officiellement rattachée au ministère de la Défense, créée pour remplacer progressivement le groupe Wagner en Afrique. Contrairement à Wagner, qui opérait de manière semi-officielle et était dirigé par l’oligarque Evgueni Prigojine, l’Africa Corps est censée être plus directement contrôlée par l’État russe. Cependant, ses méthodes et ses objectifs restent flous, et plusieurs observateurs estiment que cette transition relève davantage d’une réorganisation que d’un changement de doctrine.
Le Mali a été présenté par Moscou comme une vitrine de la réussite de ses interventions en Afrique. Pourtant, malgré la présence de milliers de mercenaires russes depuis 2021, les groupes djihadistes ont continué leur progression, et le nombre de civils tués a atteint près de 3 000. Les exactions attribuées aux mercenaires, ainsi que leur incapacité à endiguer la crise, ont discrédité l’image des forces russes et alimenté les critiques contre leur stratégie militaire.
