Le 23 février 2026, le chancelier allemand Friedrich Merz s'est rendu en Chine, accompagné d'une délégation de 30 industriels, pour tenter de renouer des relations économiques équitables avec le pays. Cette visite intervient à un moment où l'Allemagne est confrontée à ce que certains économistes appellent le « deuxième choc chinois », vingt ans après une première vague ayant particulièrement frappé les États-Unis.

La Chine a longtemps été perçue comme un eldorado par les industriels allemands, mais ces derniers sont sur le point d'être surpassés par leurs concurrents chinois. Les exportations allemandes vers la Chine ont chuté de 9,3% l'an passé, tandis que les importations ont grimpé de 9%, selon les données de Destatis. Cette dynamique s'accélère, creusant un déficit commercial devenu massif.

La concurrence chinoise : un défi pour l'industrie allemande

Les industriels chinois ont réalisé des progrès technologiques majeurs et concurrencent désormais leurs homologues allemands sur leurs marchés traditionnels, tels que l'automobile et les machines-outils. Appuyées par une politique déterminée et soutenues par une monnaie sous-évaluée, les entreprises chinoises produisent des biens à haute valeur ajoutée, de qualité équivalente voire supérieure aux produits européens, mais avec des coûts de production de 30% à 40% inférieurs, relève la dernière étude du Haut-Commissariat au Plan.

« La Chine est désormais perçue à la fois comme un fournisseur et un marché essentiels, mais aussi comme un concurrent systémique qui peut exercer des pressions directes sur les chaînes de valeur allemandes », observe Stefan Messingschlager, chercheur à l'université Helmut Schmidt de Hambourg. Les dirigeants allemands avancent sur un fil, craignant qu'une escalade incontrôlée mène la Chine à imposer des représailles douloureuses.

Les enjeux de la visite de Friedrich Merz en Chine

La visite de Friedrich Merz en Chine est cruciale pour tenter de stabiliser la relation avec Xi Jinping, tout en cherchant à obtenir plus de garanties sur les approvisionnements de terres rares. Les dirigeants du Parti communiste chinois (PCC) ont utilisé la dépendance des Occidentaux à ces matériaux stratégiques pour tenter d'infléchir leur position. La domination croissante des acteurs chinois dans de nombreux secteurs suscite des préoccupations majeures de sécurité.

« Cette éventualité devrait susciter une certaine urgence, voire une panique compréhensible, chez les élites politiques et économiques européennes », estime Jacob Gunter, chercheur du Merics. La Chine a montré sa capacité à utiliser ses atouts pour faire pression sur ses partenaires commerciaux, ce qui inquiète les Européens.

Les réactions des industriels allemands

Les industriels allemands se divisent sur la manière de réagir face à la concurrence chinoise. Certains, comme les producteurs d'acier, tendent à privilégier un renforcement des mesures de défense commerciale de l'UE, tandis que d'autres, comme les constructeurs automobiles, préfèrent freiner les mesures de protection, car ils produisent massivement sur place et dépendent de l'accès au marché chinois.

« Les entreprises confrontées à une pression directe en Europe ou sur les marchés mondiaux tendent à privilégier un renforcement des mesures de défense commerciale de l'UE », expose Stefan Messingschlager. Les grands constructeurs automobiles, comme Volkswagen, réduisent par exemple leurs effectifs en Allemagne, tout en augmentant leurs investissements en Chine.

Les conséquences pour l'Allemagne et l'Europe

La situation actuelle pourrait pousser Berlin à adopter une approche plus dure, comme l'y incite Paris. Le président français Emmanuel Macron a brandi la menace de droits de douane supplémentaires sur les produits chinois et milite pour instaurer une préférence européenne. Le Haut-Commissariat au Plan suggère de « changer de paradigme » en instaurant des droits de douane de 30% sur les produits chinois, ou en dépréciant l'euro de l'ordre de 20% par rapport au renminbi.

« L'Europe a encore le choix : soit prendre dès aujourd'hui des mesures certes douloureuses et coûteuses, selon ses propres conditions, soit laisser Pékin lui imposer demain des mesures encore plus douloureuses et coûteuses », estime Jacob Gunter. La situation reste donc incertaine et les réactions des dirigeants européens seront attendues avec intérêt.

Les réactions des dirigeants allemands et européens face à la concurrence chinoise seront cruciales pour déterminer l'avenir de l'industrie allemande et de l'économie européenne. La visite de Friedrich Merz en Chine est un premier pas vers une nouvelle approche, mais les défis à relever sont nombreux et la route sera longue.