Le méga-courant océanique AMOC, qui inclut le Gulf Stream et régule le climat européen, pourrait atteindre un point de bascule d’ici le milieu du siècle, bien avant les prévisions antérieures. Selon Futura Sciences, une étude publiée le 15 avril 2026 par des chercheurs français du CNRS et de l’Université de Bordeaux révèle que ce courant est déjà 60 % plus affaibli que ne le suggéraient les modèles climatiques précédents. Ce constat s’ajoute à une série d’alerte sur la stabilité des courants marins, essentiels au maintien des équilibres météorologiques mondiaux.

Ce qu’il faut retenir

  • L’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation) est actuellement à son niveau le plus faible depuis 1 600 ans.
  • Son ralentissement pourrait atteindre 42 à 58 % d’ici 2100, contre 32 à 37 % estimé précédemment.
  • Un effondrement de l’AMOC est désormais considéré comme quasi inévitable d’ici la fin du siècle, avec un point de non-retour possible dès 2050.
  • En Europe, cela entraînerait des hivers plus froids, des étés plus caniculaires, une montée des eaux de 50 à 100 cm et une multiplication des tempêtes.
  • La France, comme les îles Britanniques et la Scandinavie, serait particulièrement touchée par ces bouleversements climatiques.

L’AMOC, ce géant océanique sous haute surveillance

L’Atlantic Meridional Overturning Circulation (AMOC) est un système de courants marins qui transporte l’eau chaude des tropiques vers l’Atlantique Nord, tempérant ainsi le climat de l’Europe et de l’Arctique. Depuis plusieurs décennies, les scientifiques observent un affaiblissement progressif de ce courant, attribué au réchauffement climatique et à la fonte des glaces polaires. Selon Futura Sciences, cet affaiblissement est désormais confirmé par des mesures directes, écartant les doutes qui subsistaient il y a encore vingt ans.

Les conséquences d’un arrêt ou d’un ralentissement brutal de l’AMOC seraient multiples. En Europe de l’Ouest, les hivers deviendraient plus rigoureux, avec des températures comparables à celles du petit âge glaciaire du XVIIe siècle. Les étés, eux, pourraient être marqués par des vagues de chaleur plus intenses, tandis que les régimes de pluie se modifieraient profondément, exposant certaines régions à des sécheresses prolongées et d’autres à des épisodes de précipitations extrêmes.

Une étude française alerte sur l’urgence climatique

Les travaux publiés dans la revue Science Advances par les chercheurs français apportent des éléments nouveaux et préoccupants. Leurs calculs indiquent que l’AMOC pourrait perdre 60 % de son intensité par rapport aux projections antérieures. « Les modèles climatiques sous-estiment systématiquement l’ampleur du phénomène », souligne l’un des auteurs, cité par Futura Sciences. Cette révision à la hausse des prévisions s’appuie sur des données observationnelles plus précises, intégrant notamment l’impact de l’apport d’eau douce issu de la fonte accélérée des glaces du Groenland.

Stefan Rahmstorf, chercheur au Potsdam Institute for Climate Impact Research en Allemagne, a réagi à ces résultats en déclarant : « Il est fort probable que nous atteignions le point de bascule de l’AMOC, un seuil à partir duquel son effondrement deviendra inévitable, au milieu de ce siècle. » Cette échéance, bien que encore incertaine, place la communauté scientifique devant une réalité urgente : les stratégies d’adaptation devront être revues en conséquence.

L’Europe en première ligne des bouleversements

Parmi les pays européens, la France figure parmi les plus exposés aux conséquences d’un affaiblissement de l’AMOC. Selon les projections, notre pays basculerait vers un climat plus « continental », avec des hivers plus froids et des étés plus chauds. Hervé Douville, chercheur à Météo France, précise : « Ces conclusions contredisent certaines études antérieures, mais elles soulignent l’urgence d’adapter nos politiques climatiques, notamment en Europe occidentale. »

Les impacts ne se limiteraient pas aux températures. Une montée du niveau de la mer de 50 à 100 cm autour de l’Atlantique est également redoutée, menaçant les zones côtières. Les régimes de pluie seraient bouleversés, avec un risque accru de sécheresses en Europe du Nord et de tempêtes plus fréquentes sur les îles Britanniques, qui pourraient déborder vers le nord-ouest de la France. L’agriculture, les infrastructures portuaires et les écosystèmes marins seraient directement affectés, avec des répercussions économiques majeures.

Des incertitudes persistent, mais l’alerte est sérieuse

Malgré la gravité des conclusions, les auteurs de l’étude reconnaissent que leurs projections comportent des marges d’incertitude. Les modèles climatiques divergent encore sur certains paramètres, notamment la vitesse de fonte des glaces et son impact sur la salinité de l’océan. « Les divergences entre les modèles restent importantes », admet un chercheur français interrogé par Futura Sciences. Cependant, ces divergences ne remettent pas en cause la tendance générale : l’AMOC s’affaiblit, et le risque d’un effondrement prématuré augmente.

Certaines études récentes, comme celle publiée en 2025 par une équipe internationale, suggéraient un ralentissement moins brutal. Mais selon Stefan Rahmstorf, les scénarios les plus pessimistes des anciennes projections sont en réalité les plus probables. « Les données observationnelles actuelles confirment que nous nous dirigeons vers un effondrement de l’AMOC bien avant 2100 », explique-t-il. Cette divergence entre modèles souligne l’importance de renforcer les systèmes de surveillance océanique et d’investir dans la recherche climatique.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à affiner les modèles climatiques pour réduire les incertitudes, notamment en intégrant des données plus précises sur la fonte des glaces et les courants profonds. En Europe, les gouvernements devront évaluer la faisabilité de mesures d’adaptation, comme la protection des côtes ou la modernisation des réseaux électriques pour résister aux tempêtes accrues. Une conférence internationale sur la stabilité des courants océaniques est prévue pour 2027, à l’initiative de l’Organisation météorologique mondiale.

Si l’effondrement de l’AMOC est désormais considéré comme un risque majeur, les scientifiques rappellent que les émissions de gaz à effet de serre restent le levier principal pour limiter ce scénario. La réduction rapide des émissions de CO₂ pourrait atténuer, voire retarder, les perturbations du courant océanique. Pour Hervé Douville, « cette étude doit servir de signal d’alarme pour accélérer les politiques de lutte contre le réchauffement climatique, avant que les mécanismes naturels ne deviennent incontrôlables. »

En France, les hivers deviendraient plus froids et les étés plus caniculaires, avec une montée du niveau de la mer de 50 à 100 cm sur les côtes atlantiques. Les régimes de pluie changeraient, exposant certaines régions à des sécheresses et d’autres à des tempêtes plus fréquentes, notamment dans le nord-ouest du pays. L’agriculture et les infrastructures côtières seraient fortement impactées.

Le Gulf Stream fait partie de l’AMOC et transporte des eaux chaudes depuis le golfe du Mexique vers l’Europe. Ce courant tempère le climat européen en hiver, permettant des températures plus douces qu’aux mêmes latitudes en Amérique du Nord. Son affaiblissement réduirait ce transport de chaleur, rendant les hivers européens plus rigoureux et modifiant profondément les régimes météorologiques.