Face à la hausse continue des attaques de loups sur les troupeaux, l'Assemblée nationale a adopté mercredi 21 mai 2026 un texte visant à assouplir les conditions de régulation de ces prédateurs. Selon Le Figaro, les députés ont approuvé un régime spécifique pour les élevages victimes de ces attaques, allant au-delà des propositions initialement formulées par le gouvernement. Cette décision s'inscrit dans un contexte marqué par une augmentation significative des incidents impliquant des loups en 2025.
En effet, les chiffres présentés par la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard (LR), lors des débats parlementaires sont éloquents : 4 400 attaques ont été recensées en 2025, soit une hausse de 8 % par rapport à l'année précédente. Ces attaques ont causé 12 500 victimes, avec une progression de 11 %. Les départements concernés par ces conflits se chiffrent désormais à 61, illustrant l'extension géographique du phénomène.
Ce qu'il faut retenir
- Hausse du plafond de tir : passage de 19 % à 21 %, voire 23 % dans certains cas, portant le nombre maximal de loups pouvant être abattus de 192 à 227.
- Simplification des procédures : suppression de l'autorisation préalable pour les tirs en défense des bovins et équins, remplacée par un régime déclaratif sous conditions.
- Renforcement des mesures : le tir de défense est désormais présumé légitime en cas d'attaque imminente ou d'intrusion manifeste, sans nécessiter d'autorisation préalable.
- Extension des moyens de lutte : autorisation des lunettes de tir à visée nocturne ou thermique pour les chasseurs et éleveurs, sous conditions strictes.
- Population lupine estimée : environ 1 082 loups sur le territoire national en 2025, pour environ 190 éliminations l'année précédente.
Un texte qui dépasse les attentes gouvernementales
Le projet de loi d'urgence agricole, tel qu'initialement présenté par le gouvernement, visait à sécuriser juridiquement les mesures déjà mises en place pour lutter contre les attaques de loups. L'objectif affiché était de simplifier les procédures administratives, notamment en instaurant une base légale pour les tirs létaux. Cependant, les députés ont adopté des amendements allant plus loin que les propositions ministérielles, répondant ainsi à une demande pressante des éleveurs.
Annie Genevard a justifié cette décision en soulignant l'urgence de la situation : « Face à une augmentation constante des attaques et des victimes, il est nécessaire d'agir rapidement pour protéger nos élevages », a-t-elle déclaré. Elle a également rappelé que le maintien de l'espèce dans un état de conservation favorable restait une priorité, conformément aux directives européennes.
Des débats marqués par des tensions politiques
Les discussions à l'Assemblée nationale ont révélé des divergences profondes entre les groupes politiques. Les écologistes, soutenus par la députée LFI Manon Meunier, ont dénoncé une « immense opération de communication », estimant que le Conseil d'État avait jugé superflue l'introduction de cet article. Ils ont appelé à privilégier les mesures préventives, comme l'installation de protections adaptées pour les troupeaux, plutôt qu'une augmentation des tirs de régulation.
De son côté, le Rassemblement national a fait adopter un amendement particulièrement controversé. Celui-ci stipule que « le tir de défense est présumé légitime » en cas d'attaque imminente ou d'intrusion manifeste, sans nécessiter aucune autorisation préalable ni récépissé, dès lors que la réalité de l'attaque est constatée a posteriori. Cette mesure a été adoptée avec le soutien des socialistes, contre l'avis du gouvernement. Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a mis en garde contre les « risques » pour la « sécurité publique » que pourraient entraîner ces assouplissements.
Des mesures supplémentaires pour renforcer l'efficacité des tirs
Parmi les autres mesures adoptées, les députés ont autorisé, sous conditions strictes, l'utilisation de lunettes de tir à visée nocturne ou thermique par les chasseurs et les éleveurs. Cette décision vise à améliorer l'efficacité des tirs de défense, notamment dans les zones où les attaques se produisent principalement la nuit. Cependant, cette mesure a également suscité des interrogations quant à la sécurité des riverains et des autres espèces animales.
Le texte prévoit également une harmonisation des règles applicables aux différentes catégories de bétail. Jusqu'à présent, les éleveurs de bovins et d'équins devaient obtenir une autorisation préalable pour procéder à des tirs en défense, contrairement à ceux qui possèdent des ovins. Cette distorsion juridique est désormais supprimée, les tirs en défense des bovins et équins étant désormais soumis à un régime déclaratif, sous conditions similaires à celles applicables aux ovins.
Quoi qu'il en soit, cette décision illustre les tensions persistantes entre la protection des élevages et la préservation des espèces protégées. Elle pourrait également relancer le débat sur la gestion des grands prédateurs en France, un sujet récurrent depuis plusieurs années.
Selon les données présentées par la ministre de l'Agriculture, 61 départements sont concernés par les attaques de loups en 2025. Ces zones géographiques s'étendent principalement dans les régions montagneuses et les zones rurales où l'élevage est une activité économique majeure.
Le texte adopté par les députés doit désormais être examiné par le Sénat. Ce processus législatif pourrait s'étaler sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant une adoption définitive. Les associations et fédérations concernées devraient continuer à peser sur le débat lors de cette phase.