D'après nos confrères de Futura Sciences, le blocage du détroit d'Ormuz pourrait déclencher un choc industriel en Europe. Ce détroit, situé entre l'Iran et l'Arabie saoudite, est un point de passage clé pour les hydrocarbures et les matières premières. La fermeture de ce détroit pourrait avoir des conséquences importantes pour l'industrie européenne, qui dépend fortement des importations de pétrole et de gaz.

Le professeur d'économie Patrice Geoffron, de l'Université Paris Dauphine, explique que la menace de fermeture d'Ormuz prend racine dans les chocs des années 1970, lorsque l'embargo de 1973 a révélé la dépendance extérieure pétrolière des Européens. Le second choc pétrolier de 1979 a renforcé cette prise de conscience, et l'Iran, devenu République islamique, dispose désormais d'un levier exceptionnel avec la rive nord du détroit d'Ormuz.

Ce qu'il faut retenir

  • Le détroit d'Ormuz est un point de passage clé pour les hydrocarbures et les matières premières.
  • La fermeture de ce détroit pourrait avoir des conséquences importantes pour l'industrie européenne.
  • Les secteurs les plus exposés sont la chimie, la sidérurgie, l'agroalimentaire et l'industrie automobile.

Les conséquences d'un blocage

Le blocage du détroit d'Ormuz pourrait déstabiliser l'ensemble des chaînes de valeur industrielles. Les prix de l'énergie, l'approvisionnement en matières premières et le transport maritime seraient affectés. L'économie européenne, qui figure parmi les plus exposées, pourrait subir un choc logistique et industriel majeur.

La chimie et la pétrochimie européennes sont les secteurs les plus directement exposés, car ils sont doublement frappés par le canal des prix du pétrole et par celui du gaz. Le rapport Draghi documente cet écart, qui montre que le prix du gaz industriel en Europe est deux à cinq fois supérieur à celui pratiqué aux États-Unis.

Les facteurs aggravants

La situation au début du conflit de 2026 présente plusieurs facteurs aggravants par rapport à 2022, avec notamment des stocks de gaz historiquement bas. Les directions industrielles ayant intégré la leçon de 2022 peuvent anticiper une durée prolongée du choc et accélérer les décisions de réduction de capacité avant sa pleine matérialisation.

Les marges budgétaires publiques sont plus réduites, car les dispositifs d'amortissement de 2021 à 2023 ont représenté plusieurs centaines de milliards d'euros pour les États membres, creusant des déficits non entièrement résorbés. La crise d'Ormuz de 2026 n'est pas une anomalie imprévisible, mais plutôt une conséquence de la géopolitique de l'énergie mondiale.

Et maintenant ?

La réponse structurelle est la décarbonation industrielle, qui doit être entendue non comme contrainte réglementaire, mais comme stratégie de sécurité économique. Électrifier les processus industriels, développer l'hydrogène bas carbone pour les procédés à haute température non électrifiables et améliorer drastiquement l'efficacité énergétique de la production sont autant de leviers qui réduisent mécaniquement l'exposition de l'industrie aux chocs fossiles exogènes récurrents.

Le général Tom Middendorp, président du Conseil militaire international sur le climat et la sécurité, a souligné que « développer une énergie propre et sûre au niveau national n'est pas une politique climatique, c'est une réduction stratégique des risques ».

En conclusion, le blocage du détroit d'Ormuz pourrait avoir des conséquences importantes pour l'industrie européenne, et la décarbonation industrielle est la réponse structurelle pour réduire l'exposition aux chocs fossiles exogènes. Il est essentiel que les industries et les gouvernements prennent des mesures pour sécuriser leur approvisionnement en énergie et réduire leur dépendance aux hydrocarbures.