Selon Courrier International, la crise alimentaire en Afrique s’aggrave sous l’effet des blocus maritimes au Moyen-Orient, deux mois après le déclenchement du conflit dans la région. Les perturbations du trafic maritime via les détroits d’Ormuz et de Bab El-Mandeb, instaurés respectivement par les États-Unis et les milices houthistes soutenues par l’Iran, ralentissent voire empêchent l’acheminement de l’aide alimentaire vers les pays les plus vulnérables.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, 266 millions de personnes dans 47 pays ou territoires ont subi une insécurité alimentaire aiguë, soit près du double par rapport à 2016.
  • Les blocus du détroit d’Ormuz et de Bab El-Mandeb perturbent gravement les chaînes d’approvisionnement, aggravant les pénuries en Afrique de l’Est et en Afrique centrale.
  • La Somalie et le Soudan du Sud figurent parmi les pays les plus exposés, avec une situation qualifiée de « question de vie ou de mort » par des observateurs locaux.
  • Le « Rapport mondial sur les crises alimentaires », publié le 24 avril 2026, alerte sur l’urgence de la situation.

Des blocus stratégiques aux conséquences humanitaires

Les deux détroits, l’un reliant le golfe Persique au golfe d’Oman, l’autre reliant la mer Rouge à l’océan Indien, sont devenus des zones de tensions géopolitiques majeures. Le détroit d’Ormuz, contrôlé par l’Iran et ses alliés, est depuis avril 2026 le théâtre d’un blocus américain visant à asphyxier l’économie iranienne. De son côté, le détroit de Bab El-Mandeb, stratégique pour le trafic maritime mondial, est sous la pression des milices houthistes, qui ciblent les navires liés à Israël ou aux États-Unis.

Ces blocages ont un impact direct sur les approvisionnements alimentaires en Afrique, où de nombreux pays dépendent à plus de 30 % des importations pour nourrir leurs populations. Selon les Nations unies, plus de 100 millions d’Africains risquent désormais une aggravation de leur insécurité alimentaire, notamment en Somalie, au Soudan et en Éthiopie.

La Somalie en première ligne face à la famine

Dans ce contexte, la Somalie apparaît comme l’un des pays les plus menacés. Le pays, déjà fragilisé par des décennies de conflits internes et de sécheresses répétées, subit de plein fouet les conséquences des perturbations maritimes. Les livraisons de blé, de riz et d’huile, traditionnellement acheminées depuis l’Ukraine, la Russie ou l’Inde, arrivent désormais avec des retards de plusieurs semaines, voire ne parviennent pas à destination.

« La guerre au Moyen-Orient est devenue une question de vie ou de mort pour nous », a déclaré un responsable humanitaire sous couvert d’anonymat à l’agence Reuters, cité par Courrier International. Les stocks s’épuisent, les prix flambent, et la malnutrition touche désormais plus de 40 % des enfants de moins de cinq ans dans certaines régions du sud du pays, selon les dernières estimations de l’ONU.

Le « Rapport mondial sur les crises alimentaires » alerte sur l’ampleur de la catastrophe

Publié le 24 avril 2026, le « Rapport mondial sur les crises alimentaires » dresse un bilan alarmant. Pour la première fois depuis sa création en 2016, le document recense 266 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë dans 47 pays ou territoires, soit une augmentation de près de 100 % par rapport à 2021. Les pays africains représentent à eux seuls plus de la moitié des cas identifiés, avec des pics en Somalie (+40 % de cas en un an), au Soudan (+35 %) et au Soudan du Sud (+25 %).

Le rapport souligne que les conflits armés, les crises économiques et les chocs climatiques, exacerbés par les perturbations logistiques, sont les principaux moteurs de cette dégradation. « Les systèmes alimentaires mondiaux sont sous tension comme jamais auparavant », a précisé un expert de l’Union européenne ayant contribué à l’étude, sans pour autant pouvoir quantifier l’impact exact des blocus maritimes.

Des solutions en débat, mais peu de marges de manœuvre

Face à l’urgence, plusieurs pistes sont évoquées pour atténuer la crise. L’ONU a lancé un appel à la levée des blocus, tout en reconnaissant que la résolution politique du conflit au Moyen-Orient semble lointaine. « Il n’y a pas de solution miracle, mais chaque jour compte », a indiqué un porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) lors d’une conférence de presse à Genève.

En parallèle, certains pays africains tentent de diversifier leurs sources d’approvisionnement. Le Kenya a ainsi signé des accords avec le Brésil pour importer davantage de maïs, tandis que l’Éthiopie mise sur une augmentation de sa production locale. Cependant, ces mesures restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins. Les coûts du transport maritime ont, par ailleurs, été multipliés par quatre depuis le début de l’année, rendant les denrées de base inaccessibles pour les populations les plus pauvres.

Et maintenant ?

La situation devrait continuer de se dégrader dans les semaines à venir, à moins qu’une trêve dans les blocus maritimes ne soit trouvée rapidement. Le PAM a d’ores et déjà prévenu qu’il pourrait devoir réduire ses distributions de nourriture dans plusieurs pays africains d’ici la fin du mois de mai 2026, faute de financements et de livraisons suffisantes. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU est prévue pour le 15 mai afin d’examiner des mesures concrètes, notamment l’envoi de convois humanitaires sous escorte militaire.

D’ici là, les organisations humanitaires appellent à une mobilisation internationale accrue. « Le temps presse, et chaque jour de retard coûte des vies », a rappelé un représentant de l’ONG Médecins Sans Frontières lors d’un point presse à Nairobi. Reste à savoir si la communauté internationale parviendra à agir avant que la crise ne bascule dans une famine de grande ampleur.

Le détroit d’Ormuz est la principale voie maritime pour l’exportation de pétrole depuis le golfe Persique, tandis que Bab El-Mandeb contrôle l’accès à la mer Rouge et au canal de Suez, point de passage obligé pour les navires reliant l’Asie à l’Europe. Environ 30 % du commerce maritime mondial transite par ces deux détroits, dont une part importante des céréales et denrées alimentaires à destination de l’Afrique de l’Est et du Moyen-Orient.

Selon le « Rapport mondial sur les crises alimentaires 2026 », la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, l’Éthiopie et le Kenya figurent parmi les pays les plus vulnérables. La Somalie, en particulier, dépend à plus de 60 % des importations pour son approvisionnement en blé, dont les livraisons sont désormais bloquées ou fortement ralenties.