Selon Futura Sciences, la pratique controversée du chalutage de fond coûterait près de 16 milliards d’euros chaque année aux États européens, alors que les profits générés ne dépassent pas les 180 millions d’euros. Publiée le 30 avril 2026, une étude menée par des chercheurs affiliés au projet National Geographic Pristine Seas révèle l’ampleur des dégâts écologiques et économiques de cette méthode de pêche industrielle. Une incohérence majeure, alors que la Grèce a déjà pris des mesures pour y mettre un terme dans ses aires marines protégées.
Ce qu'il faut retenir
- Le chalutage de fond en Europe engendrerait un coût net annuel de 16 milliards d’euros pour la société, selon les estimations des chercheurs.
- Cette pratique libère 112 millions de tonnes de CO₂ par an, soit plus du quart des émissions annuelles de la France.
- Les profits de l’industrie s’élèvent à 180 millions d’euros, soit 90 fois moins que le coût réel pour la société.
- Près d’un quart des heures de chalutage en Europe se déroulent dans des aires marines protégées, pourtant censées préserver les écosystèmes.
- La Grèce a interdit le chalutage de fond dans ses parcs marins nationaux d’ici 2026 et dans toutes ses zones protégées d’ici 2030, devenant le premier pays européen à agir ainsi.
Une pratique dévastatrice pour les fonds marins
Le chalutage de fond consiste à traîner de lourds filets sur les fonds marins pour capturer poissons et autres espèces. Cette méthode, largement critiquée par les scientifiques et les ONG, détruit les habitats marins et libère des quantités massives de CO₂. Selon l’étude publiée dans la revue Ocean & Coastal Management, 5,5 millions d’heures de chalutage sont recensées chaque année en Europe, impliquant plus de 4 900 chalutiers. Un quart de ces heures se déroule dans des aires marines protégées (AMP), où cette pratique devrait pourtant être interdite.
Les chercheurs soulignent que les engins utilisés — parfois aussi grands que 12 Boeing 747 — déchirent les fonds marins, perturbant les écosystèmes et libérant du carbone stocké depuis des siècles. Les dommages incluent la réduction de la complexité des habitats, des modifications permanentes des communautés benthiques et une baisse de la productivité des zones touchées. Pire encore, jusqu’à 75 % des animaux capturés sont rejetés morts à la mer, ce qui aggrave encore l’impact écologique.
Un bilan carbone alarmant et des aides publiques controversées
Outre les dégâts directs sur les écosystèmes, le chalutage de fond est une source majeure d’émissions de CO₂. L’étude estime que cette pratique rejette 112 millions de tonnes de CO₂ par an en Europe, incluant les émissions liées à la consommation de carburant des chalutiers et au relargage de sédiments. Ce chiffre représente plus du quart des émissions annuelles de la France. À titre de comparaison, cela équivaut aux émissions du transport aérien mondial, selon une étude signée par 26 experts.
Paradoxalement, les gouvernements européens subventionnent cette industrie à hauteur de 1,17 milliard d’euros par an, notamment pour couvrir la facture énergétique des chalutiers. Pourtant, la pêche artisanale, trois fois plus créatrice d’emplois, ne fournit que 2 % des protéines animales consommées en Europe. Autant dire que le modèle économique du chalutage de fond repose sur une logique de court terme, au détriment de la durabilité.
La Grèce en avance, l’Europe à la traîne
Face à l’inaction des institutions européennes, la Grèce a pris les devants en décidant d’interdire le chalutage de fond dans ses parcs marins nationaux d’ici 2026, puis dans l’ensemble de ses aires marines protégées d’ici 2030. Une première en Europe, saluée par les associations environnementales. « Les aires marines protégées doivent être des havres de vie, pas des zones de pêche intensive », a rappelé l’ONG Oceana dans un communiqué datant de juillet 2024.
Pourtant, la Commission européenne prévoit seulement une élimination progressive du chalutage de fond dans les AMP d’ici 2030. Une lenteur critiquée par les scientifiques, qui rappellent que les données de l’étude sont accablantes : le coût net du chalutage pour la société atteint 16 milliards d’euros par an, contre des profits de seulement 180 millions. « Le chalutage de fond n’est pas seulement un désastre écologique, c’est aussi un échec économique », a conclu l’un des auteurs de l’étude.
Les réactions et perspectives d’avenir
Les associations environnementales, comme Bloom ou L214, appellent à une interdiction totale du chalutage de fond en Europe, dénonçant un système qui « vide les océans tout en bénéficiant de subventions publiques ». En 2025, des images diffusées par L214 avaient révélé l’envers du décor des étals de poissons issus de cette pêche, relançant le débat sur la réglementation de la pêche industrielle. Une protestation avait même eu lieu à Saint-Malo contre l’exploitation du plus grand chalutier du monde, symbolisant les tensions autour de cette pratique.
Du côté des institutions, la Commission européenne a commandé un rapport sur les alternatives au chalutage de fond, qui devrait être publié d’ici fin 2026. Parmi les pistes envisagées : le développement de la pêche artisanale, l’extension des zones interdites au chalutage et l’investissement dans des techniques de pêche moins destructrices. Une chose est sûre : l’inaction a un coût, et il est bien plus élevé que les profits générés par cette industrie.
Les aires marines protégées (AMP) sont censées préserver les écosystèmes, mais les dérogations accordées au chalutage de fond persistent en raison de pressions économiques et de lacunes réglementaires. Selon l’étude de National Geographic Pristine Seas, près d’un quart des heures de chalutage en Europe se déroulent dans ces zones, malgré leur statut protecteur. La Grèce a été le premier pays à agir en interdisant cette pratique dans ses AMP d’ici 2026 et 2030.
Parmi les solutions envisagées, on trouve la pêche artisanale, qui crée trois fois plus d’emplois, ou encore l’utilisation de techniques moins destructrices comme les filets fixes ou les lignes à main. La Commission européenne étudie ces alternatives dans le cadre d’un rapport attendu pour fin 2026. Certaines ONG plaident aussi pour l’expansion des zones interdites au chalutage et le développement de l’aquaculture durable.