Quatre mois après son lancement, le « Conseil de paix » créé par Donald Trump pour reconstruire Gaza n’a toujours reçu aucun financement officiel, malgré des promesses s’élevant à plusieurs milliards de dollars. Selon BFM Business, qui s’appuie sur une enquête du Financial Times, ce projet, censé incarner une initiative majeure pour la reconstruction du territoire palestinien, est aujourd’hui paralysé par des problèmes juridiques et un manque criant de transparence.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Conseil de paix pour Gaza, lancé en janvier 2026 par Donald Trump, n’a reçu aucun dollar sur les fonds promis par les États membres et les États-Unis.
  • Les engagements financiers s’élèvent à 17 milliards de dollars (7 milliards de promesses des États membres et 10 milliards promis par les États-Unis), mais aucun versement n’a été enregistré.
  • L’absence de transparence et l’opacité des mécanismes de financement, notamment un compte ouvert à JPMorgan, suscitent des critiques sur la gestion du projet.
  • La situation humanitaire à Gaza reste « catastrophique », avec des besoins de reconstruction estimés à 71,4 milliards de dollars sur dix ans par l’ONU et l’Union européenne.
  • Les grandes nations européennes et certains pays asiatiques, comme l’Indonésie, ont refusé de participer, jugeant le projet trop opaque ou incompatible avec leurs positions politiques.

Un projet ambitieux déjà en difficulté

Créé en janvier 2026 pour superviser la reconstruction de Gaza après le cessez-le-feu conclu en octobre 2025 entre Israël et le Hamas, le Conseil de paix était présenté comme une initiative clé pour stabiliser la région. Selon BFM Business, le président américain Donald Trump avait annoncé un financement américain de 10 milliards de dollars, tandis que les États membres s’étaient engagés à hauteur de 7 milliards. Pourtant, quatre mois après son lancement, le fonds financier du Conseil, géré par la Banque mondiale et approuvé par l’ONU, n’a reçu aucun versement.

« Aucun dollar n’a été déposé », a confirmé une source proche du dossier au Financial Times. Pire, les fonds récoltés transitent par un compte ouvert à JPMorgan, sans mécanisme de transparence indépendant, ce qui alimente les suspicions sur l’utilisation des futurs financements. « Aucun dispositif de transparence indépendant n’est en place », précise l’enquête du quotidien économique.

Un manque d’adhésion internationale et des critiques persistantes

Le projet, qui exige un milliard de dollars pour obtenir un siège permanent, peine à séduire les grandes puissances. Plusieurs pays européens et asiatiques ont choisi de ne pas y participer, jugeant le processus trop opaque ou incompatible avec leurs intérêts géopolitiques. Récemment, le président indonésien Prabowo Subianto a explicitement exclu que son pays paie le milliard de dollars exigé pour intégrer le Conseil. De même, les Emirats arabes unis ont promis 100 millions de dollars pour former une nouvelle force de police à Gaza, mais ces fonds sont aujourd’hui gelés.

Côté européen, ni l’Union européenne ni les principaux États membres n’ont apporté leur soutien financier ou politique au projet. Cette absence de mobilisation internationale contraste avec l’urgence humanitaire à Gaza, où les besoins de reconstruction sont estimés à 71,4 milliards de dollars sur la prochaine décennie, selon une étude conjointe de l’ONU, de l’Union européenne et de la Banque mondiale publiée en avril 2026.

« Le risque est que le statu quo actuel, basé sur un cessez-le-feu imparfait dans un territoire divisé et ravagé, devienne permanent. » — Nikolaï Mladenov, Haut représentant pour le processus de paix au Moyen-Orient, a mis en garde contre cette possibilité la semaine dernière.

Une situation humanitaire toujours critique

Plus de deux ans après le début du conflit, déclenché par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, la situation à Gaza reste dramatique. Selon les dernières données officielles israéliennes, l’attaque initiale a fait 1 221 morts côté israélien, majoritairement des civils. Côté palestinien, le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas mais dont les chiffres sont jugés fiables par l’ONU, recense plus de 72 800 morts depuis le début de la campagne militaire israélienne de représailles. Depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, plus de 900 Palestiniens supplémentaires ont péri.

Trois ONG internationales ont alerté, jeudi, sur le maintien d’une situation humanitaire « catastrophique », avec des écarts flagrants entre les engagements pris et leur mise en œuvre sur le terrain. Malgré les promesses de reconstruction, les infrastructures de base restent dévastées, et l’accès à l’eau potable, à l’électricité et aux soins reste extrêmement limité.

Un projet qui peine à convaincre, malgré son ambition affichée

Conçu comme un outil de stabilisation régionale, le Conseil de paix de Donald Trump s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe. Le projet accorde une place centrale aux alliés historiques des États-Unis au Moyen-Orient, comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis, ainsi qu’aux pays partageant l’idéologie trumpienne. Pourtant, cette approche sélective a limité son attractivité, notamment auprès des pays européens et asiatiques, qui privilégient des canaux de financement multilatéraux ou des initiatives onusiennes.

Côté américain, l’absence de financement effectif soulève des questions sur la viabilité du projet. Donald Trump a pourtant assuré que le Conseil resterait actif même après son départ de la Maison Blanche, promettant de le diriger personnellement. Mais sans argent et sans soutien international concret, son avenir s’annonce incertain. Pour l’instant, les seuls fonds disponibles proviennent de petits versements, comme ceux ayant permis de rémunérer temporairement le bureau du Haut représentant Nikolaï Mladenov.

Et maintenant ?

La prochaine étape pour le Conseil de paix consistera à clarifier ses mécanismes de financement et à rassurer les partenaires internationaux sur la transparence de sa gestion. Une réunion des États membres est prévue en juin 2026 pour tenter de relancer le projet, mais les chances de succès restent faibles sans un engagement financier immédiat. Parallèlement, la pression sur les États-Unis et les pays du Golfe pour qu’ils honorent leurs promesses pourrait s’intensifier, alors que la situation humanitaire à Gaza continue de se dégrader.

Pour les ONG et les observateurs, l’enjeu est double : éviter que le Conseil ne devienne une coquille vide et garantir que les fonds, lorsqu’ils seront disponibles, soient utilisés de manière efficace et équitable. Reste à voir si les acteurs internationaux parviendront à concilier leurs divergences pour faire de ce projet un levier réel de reconstruction.

Dans un contexte où les besoins de reconstruction dépassent largement les promesses actuelles, l’échec relatif du Conseil de paix de Donald Trump interroge sur les alternatives possibles. Faut-il privilégier des initiatives multilatérales, sous l’égide de l’ONU ou de l’Union européenne ? Ou bien les pays donateurs continueront-ils à agir de manière fragmentée, sans coordination globale ? Autant dire que la question de la reconstruction de Gaza reste entière.