Le festival international du film du Sahara (FiSahara) a appelé, vendredi 3 juillet 2026, au boycott du prochain film de Christopher Nolan, *L'Odyssée*, dont une partie du tournage s’est déroulée à Dakhla, au Sahara occidental. Selon Franceinfo - Culture, cette initiative s’appuie sur le fait que ce territoire, disputé depuis des décennies, est majoritairement contrôlé par le Maroc, une situation contestée par une partie de la communauté internationale.
Ce qu'il faut retenir
- Le film *L'Odyssée* de Christopher Nolan a été en partie tourné à Dakhla, dans le Sahara occidental, un territoire sous contrôle marocain.
- Le FiSahara dénonce une violation du droit international et du droit du peuple sahraoui à disposer de son territoire.
- Le festival appelle à un boycott général du film, estimant que sa sortie légitimerait l’exploitation des ressources du Sahara occidental par le Maroc.
- Le Sahara occidental est considéré comme un territoire non autonome par l’ONU et le théâtre d’un conflit opposant le Maroc au Front Polisario depuis 1975.
- Le casting du film inclut Matt Damon, Anne Hathaway, Tom Holland, Zendaya et Charlize Theron.
Un territoire au cœur d’un conflit ancien et non résolu
Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole jusqu’en 1975, est aujourd’hui un territoire disputé. Les Nations unies le classent comme non autonome, mais le Maroc en revendique la souveraineté intégrale depuis des décennies. Un conflit armé opposa le Maroc au Front Polisario, mouvement indépendantiste soutenu par l’Algérie, jusqu’à un cessez-le-feu en 1991. Depuis, des négociations sous l’égide de l’ONU tentent de trouver une issue, sans succès pour l’instant. Le territoire, riche en ressources naturelles comme les phosphates et les pêcheries, reste un enjeu économique et politique majeur dans la région.
C’est dans ce contexte que *L’Odyssée*, adaptation de l’épopée homérique par Christopher Nolan, a choisi de tourner une partie de ses scènes à Dakhla, ville côtière du Sahara occidental. Une décision qui n’est pas passée inaperçue, notamment auprès des défenseurs des droits humains et des organisations culturelles engagées pour la cause sahraouie.
Le FiSahara dénonce une légitimation du contrôle marocain
Dans un communiqué publié le 3 juillet 2026, la directrice exécutive du festival, Maria Carrión, a vivement critiqué le choix de Christopher Nolan. Elle estime que « lorsque Christopher Nolan foulera le tapis rouge en se rendant à la première, il piétinera également le droit international, en particulier le droit du peuple sahraoui à son territoire et à ses ressources, qui sont exploités illégalement par le Maroc ». Le FiSahara, qui se tient chaque année dans les camps de réfugiés sahraouis en Algérie, défend depuis sa création une approche culturelle et militante en faveur de la cause sahraouie.
L’organisation ne se contente pas de critiquer : elle appelle explicitement le public à boycotter le film. « Nous exhortons le public à un boycott général après que Christopher Nolan a choisi la ville de Dakhla (...) comme l’un des lieux de tournage », précise le communiqué. Cette position n’est pas nouvelle : en 2025, le FiSahara avait déjà interpellé le réalisateur pour l’inciter à éviter les images filmées dans ce territoire.
Un appel soutenu par des personnalités engagées
Le communiqué du FiSahara est également étayé par des soutiens de taille. Javier Bardem, acteur espagnol connu pour son engagement en faveur des droits humains, a ainsi déclaré : « J’encourage Christopher Nolan à s’informer sur l’histoire de la répression exercée par le régime marocain contre le peuple sahraoui ». Bardem, qui a produit en 2012 le documentaire *Sahara Marathon*, rappelle ainsi que le conflit sahraoui s’accompagne de violations des droits humains, régulièrement dénoncées par des ONG comme Amnesty International.
Le casting de *L’Odyssée*, qui inclut des stars internationales comme Matt Damon, Anne Hathaway, Tom Holland, Zendaya ou encore Charlize Theron, confère une visibilité médiatique accrue au film. Pour ses détracteurs, cette visibilité pourrait indirectement servir de caution à la politique marocaine dans le Sahara occidental. Une crainte que partage une partie de la société civile, y compris au sein de l’industrie cinématographique.
Un festival au service d’une cause humanitaire et culturelle
Le FiSahara, qui se déroule chaque année dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf (Algérie), est bien plus qu’un simple festival de cinéma. Fondé en 2003, il combine projections de films, ateliers culturels et débats pour sensibiliser la communauté internationale au conflit du Sahara occidental. Les films projetés, souvent liés à des enjeux sociaux ou politiques, sont sélectionnés pour leur capacité à éclairer des réalités méconnues, comme celle des Sahraouis vivant dans des camps depuis plus de quarante ans.
Pour les organisateurs, boycotter *L’Odyssée* relève d’une démarche cohérente avec leur mission : refuser toute forme de normalisation d’une situation perçue comme illégitime. « Notre festival est un espace de résistance culturelle », explique Maria Carrión. « Nous ne pouvons pas accepter que le cinéma, outil de soft power, devienne un relais de propagande pour un régime qui viole le droit international ».
Cette affaire illustre une fois de plus la manière dont la culture, et notamment le cinéma, peut devenir un terrain de confrontation politique. Entre liberté artistique et responsabilité sociale, le débat reste ouvert : jusqu’où un réalisateur peut-il aller dans le choix de ses lieux de tournage sans risquer de cautionner, même indirectement, des situations contestées ?