Le ministère américain de la Justice, dirigé par un gouvernement dirigé par Donald Trump, a ouvert une enquête pénale contre E. Jean Carroll, l’auteure et ancienne chroniqueuse du magazine Elle qui l’a accusé d’agression sexuelle en 1996. Selon Le Figaro, cette enquête vise à déterminer si Carroll a menti sous serment lors de ses dépositions dans deux procédures civiles distinctes intentées contre l’ancien président américain.

Ce qu'il faut retenir

  • Une enquête pénale a été ouverte par le ministère américain de la Justice contre E. Jean Carroll, âgée de 82 ans, qui accuse Donald Trump d’agression sexuelle.
  • Les procureurs cherchent à vérifier si Carroll a commis un parjure dans le cadre de deux affaires civiles liées à ses accusations contre Trump.
  • La première affaire concerne un viol allégué en 1996 dans une cabine d’essayage d’un grand magasin new-yorkais, où Trump a été jugé responsable au civil.
  • La seconde porte sur une action en diffamation engagée après les dénégations de Trump en 2019, remportée par Carroll.
  • Les médias américains évoquent un financement partiel des frais juridiques de Carroll par le milliardaire Reid Hoffman, ce qui pourrait étayer les accusations de parjure.

Une accusation remontant à près de trente ans

Les faits reprochés à Donald Trump remontent à l’été 1996, lorsque E. Jean Carroll affirme avoir été violée par l’ancien président dans une cabine d’essayage d’un grand magasin de Manhattan. Trump, alors homme d’affaires, a toujours nié ces accusations, qualifiant Carroll de « menteuse » lors d’une conférence de presse en 2019. Ces allégations ont resurgi dans le débat public après la publication, en juin 2019, d’un article dans lequel Carroll détaillait les circonstances de l’agression présumée.

En 2023, un tribunal civil new-yorkais a statué en faveur de Carroll, estimant que Trump l’avait diffamée en 2019 et lui a attribué 5 millions de dollars de dommages et intérêts. Trump a fait appel de cette décision, tout comme dans l’affaire liée au viol présumé, où il conteste également le verdict civil rendu en sa défaveur.

Des soupçons de parjure et un financement extérieur

Selon les informations rapportées par CNN et Le New York Times, repris par Le Figaro, les procureurs fédéraux s’appuient sur une déclaration sous serment faite par Carroll en 2022. Dans ce document, elle affirmait n’avoir reçu aucun soutien financier extérieur pour financer ses procédures judiciaires. Or, des éléments ultérieurs ont révélé que le milliardaire Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn, avait pris en charge une partie des frais juridiques et des dépenses liées à son combat judiciaire.

Cette révélation pourrait constituer une base pour une accusation de parjure, un délit pénal aux États-Unis. À ce stade, le ministère de la Justice n’a pas communiqué officiellement sur cette enquête, se contentant de confirmer son existence à travers des fuites médiatiques.

Un contexte politique marqué par des tensions judiciaires

Cette enquête s’inscrit dans une série d’initiatives judiciaires menées par le ministère de la Justice depuis le retour de Donald Trump à la présidence en 2025. Pam Bondi, ministre de la Justice jusqu’à son limogeage début avril 2026, avait déjà été écartée après plusieurs échecs à faire aboutir des poursuites pénales ciblées contre des adversaires politiques de Trump, comme l’ancien directeur du FBI James Comey ou la procureure générale de l’État de New York, Letitia James.

Depuis l’arrivée de Todd Blanche à la tête du ministère en qualité de procureur général par intérim, les procédures contre les détracteurs de Trump se sont multipliées. Ancien avocat personnel de l’ancien président dans l’affaire Carroll, Blanche s’est récusé de cette enquête pour éviter tout conflit d’intérêts, une décision saluée par les observateurs. Cette stratégie judiciaire, qualifiée de « représailles » par plusieurs médias américains, soulève des questions sur l’instrumentalisation politique des institutions fédérales.

Un financement controversé et des répercussions judiciaires

Le rôle joué par Reid Hoffman dans le financement des procédures de Carroll ajoute une dimension supplémentaire à cette affaire. Bien que le milliardaire n’ait pas été directement mis en cause, son implication financière pourrait être utilisée pour étayer l’accusation de parjure portée contre l’auteure. Hoffman, connu pour ses engagements progressistes, a toujours nié toute intention de nuire à Trump, soulignant que son soutien visait uniquement à défendre une victime d’agression sexuelle.

Pour Carroll, cette enquête représente une nouvelle offensive judiciaire après des années de combat pour faire reconnaître sa version des faits. À 82 ans, elle incarne une figure symbolique de la lutte contre les violences sexuelles, mais aussi de la résistance face à l’un des hommes les plus puissants des États-Unis.

Et maintenant ?

Si les procureurs parviennent à établir la matérialité d’un parjure, E. Jean Carroll pourrait faire l’objet de poursuites pénales, ce qui ajouterait une nouvelle dimension à un dossier déjà complexe. Une décision dans cette affaire pourrait intervenir d’ici la fin de l’année 2026, en fonction de l’avancement des investigations. Dans l’immédiat, Donald Trump reste engagé dans des procédures d’appel dans les deux affaires civiles, tandis que le ministère de la Justice poursuit ses investigations sans communiquer publiquement sur leur état d’avancement.

Cette affaire illustre par ailleurs les tensions persistantes autour de la politisation de la justice aux États-Unis, où les institutions fédérales sont régulièrement accusées d’être utilisées comme des outils au service des intérêts présidentiels. Les prochains mois pourraient voir émerger de nouvelles révélations ou décisions judiciaires, avec des répercussions potentielles sur la campagne pour l’élection présidentielle de 2028.

Les procureurs fédéraux doivent d’abord rassembler des preuves suffisantes pour établir un éventuel parjure. Si cette étape est franchie, Carroll pourrait être inculpée, ce qui pourrait entraîner un procès pénal. Parallèlement, les appels de Trump dans les deux affaires civiles pourraient aboutir à de nouvelles audiences d’ici la fin 2026.