Le ministre italien de la Culture, Alessandro Giuli, a annoncé qu’il boycotterait l’inauguration de la 61e édition de la Biennale de Venise, prévue le 9 mai 2026, pour protester contre la participation du pavillon russe. Dans un communiqué, le ministère précise que Giuli ne se rendra pas à Venise dans les jours précédant l’événement, ni à la cérémonie d’ouverture, marquant ainsi une opposition frontale à la décision de la Fondation de la Biennale.

Ce qu'il faut retenir

  • La Russie, absente de la Biennale depuis 2022, revient cette année avec un pavillon autorisé par la Fondation, malgré l’opposition du gouvernement italien et de plusieurs pays européens.
  • Le pavillon russe restera fermé au public du 9 mai au 22 novembre 2026, n’étant accessible aux médias que du 6 au 8 mai.
  • Le jury de la Biennale a exclu la Russie et Israël de la compétition pour les prix principaux, invoquant les mandats d’arrêt de la CPI contre leurs dirigeants.
  • La Commission européenne a menacé de retirer son financement de deux millions d’euros si la participation russe n’était pas jugée conforme aux sanctions de l’UE.

Un boycott politique et culturel

Le ministre Giuli justifie son absence par son opposition catégorique à la présence de Moscou. Dans le communiqué officiel, il souligne que sa décision s’inscrit dans une logique de fermeté face à la guerre en Ukraine et aux positions du Kremlin. « Le ministre Alessandro Giuli ne se rendra pas à Venise les jours précédant l’ouverture de la 61e Biennale de Venise et n’assistera pas non plus à la cérémonie d’ouverture, prévue le 9 mai », peut-on lire dans le texte publié par son ministère.

Cette position place Giuli en désaccord avec une partie de la majorité gouvernementale. Matteo Salvini, ministre des Infrastructures et des Transports, s’est en effet prononcé en faveur de la participation russe. « Ceux qui font de l’art, de la culture, du sport doivent rassembler les gens, s’unir, inclure. Je ne suis pas pour l’exclusion de qui que ce soit », a-t-il déclaré, ajoutant que la Biennale devait « se tenir » malgré les tensions géopolitiques. Une prise de position qui reflète les divisions au sein de l’exécutif italien.

Tensions institutionnelles et autonomie de la Biennale

La polémique autour du pavillon russe a mis en lumière les fractures entre le gouvernement et la Fondation de la Biennale, dirigée par Pietrangelo Buttafuoco. Ce dernier défend une vision de l’événement comme une « institution que l’on peut considérer comme l’ONU de l’art, dont aucune nation ne peut être exclue ». Une position qu’il a réaffirmée auprès de députés du Mouvement 5 Étoiles, tout en assurant avoir agi « en pleine conformité avec l’accord conclu avec l’Agence exécutive européenne pour l’éducation et la culture (EACEA) ».

Le différend a atteint son paroxysme en mars, lorsque Giuli a demandé la démission de Tamara Gregoretti, représentante du ministère au conseil d’administration de la Biennale. Gregoretti, qui n’avait ni alerté sur la possible présence russe ni bloqué sa participation, a refusé de quitter son poste, invoquant l’autonomie de l’institution. « Je suis sereine et n’ai aucune intention de démissionner », a-t-elle écrit dans une note, rappelant que les membres du conseil « ne représentent pas ceux qui les ont nommés ».

Exclusion des prix et pressions européennes

Le jury de la Biennale a pris une décision inédite en excluant la Russie et Israël des récompenses officielles. Dans un communiqué signé par sa présidente Solange Farkas et ses membres Zoe Butt, Elvira Dyangani Ose, Marta Kuzma et Giovanna Zapperi, le jury explique cette exclusion par les mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI) à l’encontre de Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu. « En tant que membres du jury, nous ressentons également une responsabilité envers le rôle historique de la Biennale, plateforme reliant l’art aux enjeux urgents de notre époque », ont-ils souligné, réaffirmant leur engagement « en faveur de la défense des droits humains » pour cette édition.

Cette exclusion des prix s’ajoute aux pressions exercées par Bruxelles. La Commission européenne, qui finance à hauteur de deux millions d’euros la Biennale, avait prévenu qu’elle pourrait suspendre ou retirer cette aide si la participation russe n’était pas justifiée de manière satisfaisante. Dans une note publiée en mars, Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission, et Glenn Micallef, commissaire à la Culture, avaient rappelé que « les États membres, les institutions et les organisations doivent agir conformément aux sanctions de l’UE et éviter de donner une tribune à des individus qui ont activement soutenu ou justifié l’agression du Kremlin contre l’Ukraine ».

Vingt-deux pays de l’Union européenne avaient également adressé une lettre à Buttafuoco et au conseil d’administration de la Biennale, exigeant un réexamen de la participation russe. Une démarche qui illustre l’ampleur des tensions autour de cet événement culturel majeur.

Un pavillon russe sous haute surveillance

Malgré l’autorisation accordée par la Fondation, le pavillon de la Fédération de Russie ne sera pas accessible au grand public pendant la durée de la Biennale. Selon Adnkronos, il restera fermé du 9 mai au 22 novembre 2026, soit toute la durée de l’événement. Seuls les médias pourront s’y rendre du 6 au 8 mai, avant l’ouverture officielle au public. Une mesure qui reflète les compromis trouvés pour concilier la présence russe avec les exigences politiques et sécuritaires.

Cette configuration particulière soulève des questions sur la portée réelle de la participation russe. Si Moscou obtient une visibilité médiatique, elle reste exclue de la compétition et du public, limitant ainsi son impact symbolique. Une situation qui illustre les équilibres complexes entre diplomatie culturelle et enjeux géopolitiques.

Et maintenant ?

La polémique autour du pavillon russe pourrait s’étendre au-delà de l’inauguration. La décision du jury d’exclure Moscou et Israël des prix pourrait donner lieu à des contestations, tandis que la position de la Commission européenne sur le financement reste en suspens. Pour l’heure, la Biennale s’ouvre le 9 mai dans un climat tendu, où culture et politique s’entremêlent sans compromis apparent. La prochaine étape consistera à observer la réaction des autres pays participants et l’évolution des débats au sein des instances européennes.

Alors que la 61e édition de la Biennale de Venise s’annonce sous le signe des divisions, une question reste en suspens : dans quelle mesure un événement culturel majeur peut-il échapper aux tensions géopolitiques contemporaines ? Les prochaines semaines diront si la Biennale parviendra à maintenir son rôle de plateforme de dialogue, ou si elle sera durablement affectée par les clivages internationaux.

La participation du pavillon russe a été autorisée par la Fondation de la Biennale, présidée par Pietrangelo Buttafuoco, qui considère l’événement comme une institution ouverte à toutes les nations, comparable à l’ONU pour l’art. Buttafuoco a affirmé avoir agi « en pleine conformité avec l’accord conclu avec l’Agence exécutive européenne pour l’éducation et la culture (EACEA) ». Cette décision a cependant suscité de vives critiques au sein du gouvernement italien et de plusieurs pays européens.