« S’unir ou périr. C’était le choix fatidique auquel furent confrontés, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des milliers d’agriculteurs bretons », déclare Marc Kérangueven, président de la Sica de Saint-Pol-de-Léon, l’une des principales coopératives agricoles du Finistère-Nord.

Depuis le siège de la Sica de Saint-Pol-de-Léon, Marc Kérangueven déroule la genèse de cette union de paysans qui regroupe aujourd’hui 545 exploitations spécialisées dans le légume frais. Derrière la fenêtre, au milieu d’un champ encore gorgé de pluie, deux agriculteurs déposent méthodiquement des têtes de chou-fleur dans une remorque bâchée.

Le contexte historique

Le Haut-Léon, ce territoire côtier au climat doux et aux terres fertiles qui s’étire entre Brest, Roscoff et Morlaix, demeure si attaché à ses coopératives agricoles, c’est qu’elles furent, ici plus qu’ailleurs, le fer de lance d’une révolution agricole qui fit la prospérité de la région. « Ce modèle solidaire gagne bientôt toute la Bretagne et c’est de manière collective, pour se sortir de la misère qui était la leur dans les années 1950, que les paysans ont embrassé la révolution technique des années 1950 à 1980 », rappelle l’historien agricole Pierrick Mellouët.

Désormais deuxième région agricole française après la Nouvelle-Aquitaine, la Bretagne domine les filières laitière, légumière, porcine et avicole, et pèse, à elle seule, 12 % de la production agricole nationale, avec près de 9 milliards d’euros de valeur ajoutée annuelle.

Les coopératives, un modèle solidaire

Les coopératives, qui essaiment dans toute la région, deviennent les courroies de transmission du progrès technique. Dès le milieu des années 1950, des voyages d’étude aux États-Unis sont organisés. L’achat de machines, d’engrais chimiques et de semences améliorées est mutualisé.

« Mon grand-père travaillait encore ses parcelles d’artichauts derrière un cheval », sourit Arnaud Guillerm, aujourd’hui à la tête d’une exploitation légumière de 150 hectares dans l’arrière-pays léonard. « Mon père a pu accéder à la mécanisation grâce aux coopératives locales d’utilisation de matériel agricole (Cuma), qui mettaient tracteurs, récolteuses, planteuses et bineuses à disposition des petits exploitants ».

Les défis actuels

Dans un environnement toujours plus compétitif et contraignant, l’adaptation permanente est devenue un enjeu vital. « Après l’interdiction, en 2021, d’un fongicide très utilisé sur l’échalote, nous avons mis au point une alternative efficace à base de vinaigre », fait par exemple valoir l’agronome.

Prochain outil testé en conditions réelles : un robot dopé à l’intelligence artificielle capable d’éliminer les mauvaises herbes au laser. Quelques dizaines de mètres seulement séparent le Caté de l’Institut supérieur de la formation de chefs de rayons fruits et légumes (Isffel), autre héritage majeur du mouvement coopératif local.

Les perspectives d’avenir

Reste une question, désormais lancinante : ce modèle saura-t-il résister à l’épreuve du temps ? Dans le Finistère-Nord, personne ne cache son inquiétude. À la Sica de Saint-Pol-de-Léon, un adhérent sur deux a plus de 50 ans. La question de la relève hante les esprits.

« Nos aînés ont relevé le défi de la modernisation. À nous de relever celui de la démographie en redonnant de l’attractivité à notre métier », tranche le président de la coopérative. Isolé, l’agriculteur ne dispose pas toujours des moyens propres à assurer une culture intensive de ses terres, et il est souvent obligé d’abandonner à des intermédiaires la plus belle part des bénéfices qu’il pourrait retirer de la vente de ses produits.

Il est, par conséquent, d’un intérêt national de faciliter le groupement des agriculteurs en vue d’acquérir et d’utiliser en commun un matériel et un outillage perfectionnés permettant d’effectuer, dans de meilleures conditions, la transformation et la vente des produits de leurs récoltes.

Les coopératives agricoles offrent de nombreux avantages, notamment la mutualisation des moyens, l’accès à des équipements et des compétences spécialisées, ainsi que la possibilité de négocier des contrats avec des acheteurs plus importants.

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