Le Monténégro est sur le point de réaliser un exploit unique dans l'histoire de l'Union européenne (UE). Selon nos confrères de BFM Business, ce petit pays des Balkans est en effet le premier à être sur le point de rejoindre l'UE tout en utilisant l'euro depuis 2002, sans pour autant être membre de la zone euro. Cette situation atypique soulève plusieurs questions et pose un casse-tête pour les institutions européennes.
Ce phénomène trouve ses racines dans l'histoire récente du Monténégro. Dans les années 1980 et 1990, la dislocation de l'ex-Yougoslavie a entraîné des conflits armés et des crises économiques dans les Balkans. Le deutschemark s'est imposé comme monnaie parallèle dans la région, jouant le rôle d'unité de repère et d'épargne pour les habitants préoccupés par la dépréciation des monnaies nationales. L'économiste Alexandre Sokic, enseignant-chercheur à l'ESCE International Business School, explique que « plusieurs épisodes d'hyperinflation majeurs ont complètement sapé la confiance des agents économiques dans le dinar yougoslave ».
Ce qu'il faut retenir
- Le Monténégro est le premier pays à rejoindre l'UE en utilisant l'euro sans en être membre.
- L'euro est utilisé au Monténégro depuis 2002.
- Le pays a connu une inflation à 314 000 000 % en janvier 1994.
Contexte historique
Le Monténégro a adopté le mark allemand en 1999, puis l'euro en 2002, sans accord officiel avec les institutions européennes. Cette décision a été motivée par la volonté de stabiliser l'économie et de se protéger contre l'hyperinflation. Le pays a également connu une période d'hyperinflation majeure en 1992-1994, avec un pic mensuel de 314 000 000 % en janvier 1994.
Le Monténégro a déposé sa demande d'adhésion à l'UE en décembre 2008 et a ouvert les négociations avec Bruxelles en juin 2012. Le pays espère décrocher deux tickets pour 2028 ou 2029 au plus tard. Selon le président du Monténégro, Jakov Milatović, « le scénario de référence est que le Monténégro puisse adhérer au bloc d’ici à la fin du mandat de la Commission actuelle [en 2029] ».
Enjeux et conséquences
L'arrivée du Monténégro dans l'UE soulève plusieurs questions. Les institutions européennes doivent déterminer si le pays peut rejoindre la zone euro sans avoir à respecter les critères de Maastricht, qui exigent une participation d'au moins deux ans au mécanisme de taux de change européen (MCE II) sans connaître de « tensions graves ». Cependant, comme le Monténégro utilise déjà l'euro, il est difficile de comparer sa capacité à maintenir un taux de change stable.
Les Européens doivent également éviter de créer un précédent qui pourrait inciter d'autres États non-membres de l'UE à introduire l'euro de manière unilatérale, avec l'intention d'obtenir ensuite une entrée accélérée dans la zone euro. L'Union européenne « ne peut juridiquement pas empêcher un État souverain d'introduire l'euro de manière unilatérale », mais elle peut « envoyer un signal politique fort » pour décourager de tels pays.
Reactions et perspectives
Les autorités monténégrines sont déterminées à intégrer le bloc européen et à respecter les normes communes. Le pays a réalisé des efforts soutenus pour se conformer aux exigences de l'UE et a démontré une volonté politique constante pour rejoindre l'UE. Selon un fonctionnaire européen, « l'arrivée imminente du Monténégro suscite peu de craintes au sein de l'UE ».
Cependant, les institutions européennes doivent encore résoudre plusieurs questions, notamment la date d'entrée du Monténégro dans la zone euro. Un fonctionnaire européen a indiqué que « l'entrée du Monténégro dans la zone euro ne pourra se faire qu'en 2030-2031 au plus tôt, et c’est une hypothèse optimiste ».
En conclusion, l'adhésion du Monténégro à l'UE est un événement unique qui soulève plusieurs questions et défis. Les institutions européennes devront trouver des solutions pour intégrer le pays dans la zone euro tout en respectant les critères de Maastricht et en évitant de créer un précédent pour d'autres États non-membres de l'UE.
