Les Labubu, les mèmes viraux ou encore les défilés de mode qui s’enchaînent à un rythme effréné : ces phénomènes éphémères, aussi soudains qu’ils disparaissent, façonnent aujourd’hui une grande partie de nos cultures collectives. Benjamin Simmenauer, philosophe spécialisé dans l’analyse des dynamiques sociales, s’empare de ce sujet dans son dernier essai, « Tendance(s). Mythologies de la mode et autres engouements passagers », publié chez Seuil. Comme le rapporte Le Monde, l’auteur y explore les mécanismes de l’émergence, de la propagation et de la chute des tendances, offrant une réflexion à la fois accessible et profonde sur ce qui pousse les sociétés à adopter, puis abandonner, des objets, des styles ou des comportements en l’espace de quelques semaines.
Ce qu'il faut retenir
- Benjamin Simmenauer publie « Tendance(s). Mythologies de la mode et autres engouements passagers » aux éditions Seuil, un essai consacré à l’analyse des phénomènes de mode éphémères.
- L’auteur s’intéresse aux engouements collectifs soudains, qu’ils concernent les objets (comme les Labubu), les mèmes en ligne ou les défilés de mode.
- L’essai propose une réflexion sur la durée limitée de ces tendances, souvent remplacées par de nouveaux engouements avant même d’être pleinement intégrées.
Une analyse des mécanismes de l’éphémère
Dans son ouvrage, Simmenauer décortique ce qu’il qualifie de « mythologies de la mode », c’est-à-dire l’ensemble des récits, symboles et discours qui entourent l’émergence d’une tendance. Comme l’explique Le Monde, il ne s’agit pas seulement de comprendre pourquoi un objet ou un style devient soudainement populaire, mais aussi pourquoi cette popularité s’éteint aussi vite qu’elle est apparue. Pour l’auteur, ces cycles reflètent une quête permanente de nouveauté, alimentée par les réseaux sociaux et une économie de l’attention toujours plus vorace. « Les tendances sont des respirations collectives », écrit-il. « Elles permettent à une société de marquer une pause avant de repartir dans une autre direction. »
De la culture internet aux podiums : des Labubu aux défilés
Parmi les exemples cités par Simmenauer, les Labubu, ces figurines en silicone devenues virales en 2023, illustrent parfaitement cette logique. Leur succès fulgurant, porté par les plateformes comme TikTok, a rapidement cédé la place à d’autres engouements, comme les filtres Instagram ou les NFT. Le philosophe souligne que ces phénomènes ne sont pas anodins : ils reflètent une société en quête de sens, mais aussi de distraction. « On pourrait croire que ces tendances sont futiles », a-t-il déclaré au Monde. « Pourtant, elles révèlent des mécanismes profonds de notre rapport au temps, à l’identité et à la belonging. »
Les défilés de mode, eux aussi, sont analysés sous cet angle. Simmenauer rappelle que l’industrie de la mode, souvent critiquée pour son impact environnemental, fonctionne sur un modèle où l’obsolescence est programmée. Chaque saison apporte son lot de nouveautés, reléguant les collections précédentes au rang de « has been » avant même qu’elles ne soient usées. « C’est un système qui se nourrit de l’éphémère », note-t-il. « Et ce n’est pas près de changer. »
Un essai entre philosophie et sociologie
Formé à la philosophie contemporaine, Benjamin Simmenauer puise dans les travaux de penseurs comme Roland Barthes ou Pierre Bourdieu pour étayer son analyse. Le Monde relève que l’auteur ne se contente pas de décrire les phénomènes : il cherche à en comprendre les racines, qu’elles soient économiques, psychologiques ou culturelles. Dans son essai, il interroge notamment le rôle des algorithmes dans l’accélération des tendances. « Les plateformes comme TikTok ou Instagram ne font pas que relayer les tendances », explique-t-il. « Elles les fabriquent en temps réel, en fonction des interactions des utilisateurs. »
Pour Simmenauer, cette mécanisation de l’éphémère pose question. Si les tendances deviennent des produits de consommation comme les autres, que reste-t-il de leur dimension spontanée et collective ? « On assiste à une industrialisation du futile », estime-t-il. « Et cela a des conséquences sur notre manière de penser, de consommer, et même de nous définir. »
Alors que les réseaux sociaux continuent de redéfinir les règles du jeu, l’essai de Benjamin Simmenauer invite à une prise de recul salutaire. Entre fascination et critique, il offre un éclairage inédit sur un phénomène qui, bien que souvent moqué, structure une part importante de nos vies collectives.
Benjamin Simmenauer est un philosophe français spécialisé dans l’analyse des dynamiques sociales et culturelles. Il a publié plusieurs essais, dont « Tendance(s). Mythologies de la mode et autres engouements passagers » aux éditions Seuil, où il explore les mécanismes de l’émergence et de la chute des tendances.