« La mesure la plus efficace pour stimuler la fertilité » : c'est ainsi que Nicholas Bloom, auteur d'une étude de l'université de Stanford, qualifie le télétravail. En effet, les travaux des chercheurs montrent une hausse de 0,32 enfant par femme (+14%) lorsque les deux partenaires télétravaillent au moins un jour par semaine dans les 38 pays étudiés.

Cette étude intervient à un moment où le gouvernement français, sous l'impulsion d'Emmanuel Macron, appelle à un « réarmement démographique » et multiplie les propositions pour tenter de faire remonter la natalité en France. Avec 1,56 enfant par femme en 2025, l'indice de fécondité en France est tombé à son plus bas niveau depuis plus d'un siècle. Un rapport parlementaire publié le 11 février suggère même une « révolution » de la politique familiale, avec le versement d'un chèque de 250 euros par naissance, un prêt à taux zéro pour se loger, et surtout un congé universel de naissance de 12 mois, mieux rémunéré.

Les résultats de l'étude

L'effet mesuré est très fort, sachant que les politiques natalistes ont généralement un impact modeste sur le taux de fécondité. Aux États-Unis, la hausse est même de 0,45 enfant par femme (+18% de plus). Selon les auteurs, le télétravail serait ainsi responsable de 8% des naissances américaines, soit 291 000 par an.

Pour éviter les biais, les auteurs ont tenté d'isoler la variable télétravail en comparant des personnes de la même catégorie socio-professionnelle, exercant le même métier avec le même revenu. À chaque fois, la seule différence était que l'un avait accès au télétravail et l'autre pas. Néanmoins, l’étude ne peut pas exclure totalement la possibilité que les familles avec enfants choisissent des emplois avec télétravail, ce qui invaliderait la thèse.

Les explications

Les chercheurs pointent surtout le temps gagné sur les trajets comme facteur explicatif de cette hausse de la fertilité. Le télétravail permet de « réduire le temps et les coûts de coordination nécessaires pour concilier vie professionnelle et vie familiale ». En supprimant les heures de trajet, le télétravail permet de libérer du temps en famille. Selon l'analyse de l'économiste Adam Ozimek et du démographe Lyman Stone, les parents télétravailleurs consacrent 18% de leur temps de trajet économisé à la garde d'enfants et 15% aux tâches ménagères.

Le télétravail permet aussi d'être à la maison pour gérer certaines tâches ménagères comme lancer une lessive. Grâce au télétravail, l'un des parents peut tout simplement être présent pour garder les enfants (à condition qu'ils soient autonomes), gérer une livraison de colis ou l'intervention d'un plombier...

Les limites de l'étude

Mais attention, le télétravail n'est pas toujours corrélé au désir d'enfants, surtout chez les hommes. C'est le constat plus subtil que fait la chercheuse Thea Jansen dans une étude publiée en avril 2025. Ainsi, dans les ménages où seul l'homme télétravaille, les intentions d’avoir un enfant augmentent chez les femmes mais diminuent chez les hommes. On peut supposer que les femmes anticipent un meilleur partage des responsabilités familiales. À l'inverse, les hommes anticipent une augmentation de leur charge domestique.

Les perspectives

Les résultats de cette recherche sont corroborés par d'autres études, documentant une hausse de la natalité. En Norvège, le confinement de 2020 a entraîné « une augmentation significative et persistante des naissances neuf mois plus tard », selon une étude. Les auteurs de l'étude ont cherché à mesurer de combien certains pays pourraient augmenter leur taux de fécondité en accélérant sur le télétravail. Ils supposent que les gains potentiels en termes de naissances seraient plus élevés dans les pays où le télétravail est peu répandu.

Selon leurs extrapolations, si le télétravail se développait davantage au Japon, le gain serait modeste mais tout de même de 0,057 enfant par femme, soit 31 800 naissances supplémentaires par an. Les gains de fécondité seraient aussi de 0,042 en France et en Italie (17 000 bébés français et 12 800 bébés italiens supplémentaires chaque année).

En conclusion, cette étude soulève des enjeux plus larges sur la manière dont les politiques publiques peuvent influencer la démographie. Le télétravail, souvent perçu comme un outil de flexibilité et de confort, pourrait ainsi jouer un rôle dans la stimulation de la fertilité. Cependant, il est important de prendre en compte les limites de l'étude et les facteurs complexes qui influencent la décision d'avoir des enfants. Le débat sur la politique familiale et la démographie est loin d'être clos, et il faudra continuer à explorer les différentes solutions pour répondre aux défis démographiques actuels.