Selon nos confrères de Le Figaro, le Vanuatu, un archipel du Pacifique, mise sur une idée ingénieuse pour protéger ses forêts : la tradition du namele. Cette plante, en forme de plume, est si sacrée qu’elle orne le drapeau de l’archipel. Les défenseurs de l’environnement l’utilisent aujourd’hui pour lutter contre l’exploitation forestière illégale.

La zone protégée de Vatthe, candidate au classement au patrimoine mondial de l'Unesco, abrite une riche biodiversité sur la grande île d'Espiritu Santo. Cependant, un seul garde forestier, le chef coutumier Bill Tavue, surveille les 2.720 hectares du site. Le manque de financements pour les programmes de protection de la nature et les besoins en terres agricoles y rendent l’exploitation forestière illégale courante.

Ce qu'il faut retenir

  • Le namele est une plante sacrée qui orne le drapeau du Vanuatu.
  • La zone protégée de Vatthe abrite une riche biodiversité sur la grande île d'Espiritu Santo.
  • Un seul garde forestier, Bill Tavue, surveille les 2.720 hectares du site.

Contexte historique

Le navigateur portugais Pedro Fernandez de Quiros avait posé le pied sur l’île en 1606, pensant avoir découvert Terra Australis, un continent imaginaire de l’hémisphère sud. À l’époque, les populations du Vanuatu utilisaient la feuille de namele pour tracer des limites interdites à franchir sous peine de mort, notamment après des conflits pour garantir le respect d’accords de paix.

Aujourd’hui, des habitants de Matantas ont signalé la présence de la feuille de namele dans la zone protégée de Vatthe, avec comme objectif de tenir les intrus à l’écart. L’idée a pris, si bien que le gouvernement milite aujourd’hui pour que les dirigeants d’autres localités usent de ces traditions pour protéger la nature.

Faits actuels

Des partisans du namele affirment que la feuille taboue a contribué à préserver l’essentiel de la zone de Vatthe, où peu de mesures de protection de la nature sont appliquées. Néanmoins, après un récent cyclone, des bûcherons chinois travaillant au Vanuatu ont reçu l’autorisation de ramasser du bois mort dans cette réserve naturelle, ce que certains habitants ont vu comme une couverture pour abattre des arbres illégalement.

Bill Tavue compte donc sur la feuille verte et brillante du namele pour l’aider à protéger ce qui subsiste des bois. Le tabou du namele est aussi important dans l’ouest montagneux d’Espiritu Santo. Des défenseurs de la nature du Réseau environnemental de Santo Sunset y visitent des villages souvent isolés, à plusieurs heures de bateau.

Reactions et conséquences

Quiconque enfreint le tabou encourt ainsi une amende : un poulet ou un cochon. Pour Joses Togase, chef de projet du réseau, la pauvreté favorise la déforestation. Les populations locales « ont besoin d’argent mais ne comprennent pas l’impact négatif sur les ressources », observe-t-il.

À Matantas, les parents du garde forestier Bill Tavue - le chef émérite Solomon et son épouse Purity - se désolent de voir la forêt « endommagée ». « Nous avons des tabous. Nous ne détruisons pas nos rivières. Nous ne détruisons pas nos ressources », affirme Purity.

Et maintenant ?

Les défenseurs de l’environnement attendent avec impatience les prochaines décisions du gouvernement pour protéger les forêts du Vanuatu. Le chef coutumier Bill Tavue plaide pour obtenir des financements, comme notamment des crédits carbone pour aider à la protection de la zone : « si l’on n’a pas d’argent, on ne peut pas continuer ».

Le sort des forêts du Vanuatu reste incertain, mais la tradition du namele offre une lueur d’espoir pour leur préservation. Les actions des défenseurs de l’environnement et des chefs coutumiers comme Bill Tavue sont cruciales pour protéger ces écosystèmes fragiles.