Pour la première fois, une institution religieuse de premier plan s’engage de manière aussi systématique dans le débat technologique mondial. Selon Le Figaro, l’encyclique publiée lundi 26 mai 2026 par le pape Léon XIV marque un tournant : elle place l’Église catholique comme un acteur intellectuel capable de fixer des limites face à l’intelligence artificielle, un domaine jusqu’ici dominé par les géants de la Silicon Valley. Le texte, intitulé « Magnifica humanitas » et centré sur les enjeux éthiques de l’IA, dépasse le cadre strictement confessionnel pour s’adresser à l’humanité entière.
Ce qu'il faut retenir
- Le pape Léon XIV a publié le 26 mai 2026 une encyclique intitulée « Magnifica humanitas » sur l’intelligence artificielle, un texte inédit par son ambition et son rayonnement mondial.
- Cette encyclique est la première d’une institution religieuse majeure à s’emparer aussi frontalement des questions technologiques contemporaines.
- Gilles Gressani, directeur de la revue Le Grand Continent, y voit une volonté de l’Église de réintroduire des limites face à une technologie en accélération continue, sans reconnaissance de légitimité autre que la sienne.
- Le cinquième volume papier de Le Grand Continent, intitulé « L’Ennemi qui nous désigne. Apprendre à résister aux prédateurs », est publié le 28 mai 2026 aux Éditions Gallimard.
Un texte historique pour l’Église et le monde
Selon Gilles Gressani, directeur de la revue Le Grand Continent et interrogé par Le Figaro, l’encyclique de Léon XIV marque une rupture. « Depuis lundi, des laïcs et des non-croyants discutent d’une encyclique, c’est-à-dire d’une lettre circulaire interne à l’Église », souligne-t-il. Pour la première fois, une autorité religieuse — en l’occurrence le pape — s’impose comme un acteur intellectuel bien au-delà de sa propre confession. Le texte se distingue par son ambition systématique : il ne se contente pas de commenter l’IA, mais entend en définir les cadres éthiques et moraux.
Pour Gressani, cette initiative prend une dimension géopolitique majeure. « Léon XIV apparaît comme la seule autorité religieuse à exercer un rôle intellectuel qui va bien au-delà de sa propre confession », explique-t-il. Le directeur de Le Grand Continent insiste sur le caractère inédit de la démarche : jamais une institution de cette envergure n’avait osé s’opposer aussi frontalement à l’accélération technologique, perçue comme une force autonome et sans limites.
L’Église face à la Silicon Valley : une confrontation symbolique
Le pape Léon XIV, élu en 2023, s’inscrit dans une tradition où l’Église catholique cherche à peser sur les grands débats de société. Mais cette encyclique sur l’IA rompt avec le passé. Jusqu’ici, les questions technologiques étaient rarement abordées sous l’angle moral par les institutions religieuses, sauf de manière marginale. « Pour la première fois, une institution de premier plan affronte de manière aussi systématique les enjeux de l’IA », précise Gressani. Le texte de Léon XIV intervient alors que les débats sur la régulation de l’intelligence artificielle font rage, notamment en Europe et aux États-Unis, où les législateurs peinent à encadrer une technologie en constante évolution.
Le choix de l’IA comme sujet central de cette encyclique n’est pas anodin. Cette technologie, souvent présentée comme neutre et universelle, est aujourd’hui au cœur des tensions entre innovation, éthique et pouvoir. Les géants de la tech, comme Google, Meta ou Microsoft, défendent une vision où l’IA doit être développée sans contraintes autres que techniques et économiques. L’Église, elle, propose une lecture où la technologie doit servir l’humanité et non l’asservir. « Une volonté de Léon XIV de réintroduire une limite face à une technologie qui, en dehors de sa propre accélération, ne reconnaît aucune autre légitimité », analyse Gressani.
Un numéro spécial de Le Grand Continent pour décrypter l’encyclique
Le débat autour de l’encyclique de Léon XIV prend une nouvelle dimension avec la publication, ce jeudi 28 mai 2026, du cinquième volume papier de la revue Le Grand Continent, aux Éditions Gallimard. Intitulé « L’Ennemi qui nous désigne. Apprendre à résister aux prédateurs », ce numéro est dirigé par Giuliano da Empoli. L’ouvrage s’inscrit dans la lignée des travaux de la revue, qui mêle géopolitique, philosophie et analyse des rapports de force internationaux. « Placée sous la direction de Giuliano da Empoli, cette édition interroge notre capacité collective à résister aux dynamiques prédatrices, qu’elles soient technologiques, économiques ou politiques », précise Le Figaro.
Ce volume papier arrive à point nommé pour prolonger le débat ouvert par l’encyclique. Il propose une lecture critique des enjeux soulevés par Léon XIV, tout en offrant des pistes pour penser une IA au service de l’intérêt général. Pour Gressani, cette concomitance n’est pas un hasard : « Le timing est crucial. L’encyclique donne une légitimité morale à des questions que beaucoup jugeaient trop techniques ou trop complexes pour être abordées autrement que par des experts ».
Quoi qu’il en soit, le geste de Léon XIV marque un précédent. Pour la première fois, une institution traditionnelle — l’Église — tente de jouer un rôle de contre-pouvoir face aux forces disruptives de la Silicon Valley. Si l’encyclique ne fera probablement pas l’unanimité, elle a le mérite de rappeler que la technologie, aussi puissante soit-elle, ne peut ignorer les questions de sens et de valeurs.
Cette encyclique est la première d’une institution religieuse majeure à s’emparer aussi frontalement des enjeux de l’intelligence artificielle. Elle dépasse le cadre confessionnel pour s’adresser à l’humanité entière, proposant une vision éthique de la technologie face à une approche purement technique et économique portée par les géants de la tech.