Le Vatican a présenté lundi 26 mai 2026, dans la salle du synode, sa première encyclique dédiée à l’intelligence artificielle, intitulée Magnifica humanitas. Ce texte, révélé en présence du pape Léon XIV lui-même, marque une prise de position officielle de l’Église sur les enjeux éthiques et sociétaux posés par la révolution technologique en cours. Selon Le Figaro, cette initiative s’inscrit dans la continuité des encycliques sociales, à l’image de *Rerum Novarum* de Léon XIII en 1891, qui avait alerté sur les dérives du capitalisme industriel.
Ce qu'il faut retenir
- Première encyclique de Léon XIV sur l’IA, intitulée Magnifica humanitas, publiée le 26 mai 2026.
- Léon XIV a évoqué la nécessité de réguler l’IA pour éviter « de nouvelles formes d’esclavage », selon ses propres termes.
- Une rencontre inédite au Vatican a rassemblé prélats, chercheurs, universitaires et chefs d’entreprise pour présenter le texte.
- Le pape a échangé avec Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic (créateur du modèle d’IA Claude), spécialiste de l’interprétation des systèmes d’IA.
- L’anglais a dominé les débats, reflétant l’influence croissante de cette langue dans les discussions technologiques au sein de l’institution.
Une encyclique dans la lignée des textes sociaux du Vatican
Lors de la présentation officielle, Léon XIV a rappelé l’héritage de son prédécesseur Léon XIII, qui avait analysé les conséquences sociales de la révolution industrielle. « Cent trente-cinq ans plus tôt, mon vénérable prédécesseur observait la situation des ouvriers d’usine, de leurs familles déracinées et les nouvelles formes de pauvreté engendrées par les transformations rapides de l’industrie », a-t-il déclaré. « Il comprit que l’Église ne pouvait rester indifférente face à ces bouleversements. » Le pape a souligné que la révolution de l’IA, comparable par son ampleur, exigeait une réponse similaire, mêlant éthique et régulation.
Le texte de l’encyclique, dont Le Figaro a eu accès, insiste sur le risque de « nouvelles formes d’esclavage » liées à l’IA, évoquant notamment les biais algorithmiques, l’exploitation des données personnelles ou encore les inégalités d’accès à ces technologies. Le Vatican y défend l’idée que l’innovation technologique doit servir l’humanité sans aliéner l’individu.
Un dialogue inédit entre l’Église et les acteurs de l’IA
Pour la première fois, le Vatican a organisé une réunion publique mêlant religieux, scientifiques et industriels afin de présenter et de discuter cette encyclique. La salle du synode,通常 réservée aux affaires internes de l’Église, a ainsi accueilli une assemblée hétéroclite : des cardinaux en robe pourpre côtoyaient des chercheurs en informatique en costume-cravate, tandis que des dirigeants de start-up spécialisées en IA prenaient part aux débats.
Parmi les invités figuraient Christopher Olah, figure majeure de l’intelligence artificielle, cofondateur de l’entreprise Anthropic et contributeur au développement du modèle Claude. « L’échange avec le pape a été particulièrement riche », a confié Olah à Le Figaro. « Il ne s’agit pas de rejeter la technologie, mais de s’assurer qu’elle soit alignée avec les valeurs humaines. » Les discussions ont notamment porté sur les garde-fous nécessaires pour éviter une utilisation malveillante de l’IA, comme la surveillance de masse ou la manipulation de l’information.
L’usage quasi exclusif de l’anglais lors de cet événement a surpris certains observateurs, habitués à l’italien comme langue dominante au sein du Vatican. « C’est un signe des temps », a commenté un prélat présent, « l’intelligence artificielle est une affaire globale, et son vocabulaire technique s’impose naturellement. »
Une régulation éthique comme priorité
Le texte de l’encyclique Magnifica humanitas n’a pas encore été rendu public en intégralité, mais Le Figaro en révèle les grandes lignes. L’Église y appelle à une régulation internationale de l’IA, en collaboration avec les États, les organisations non gouvernementales et les entreprises privées. « L’IA ne doit pas devenir un outil de domination, mais un levier de progrès partagé », peut-on lire dans un passage cité par le quotidien.
Le Vatican propose plusieurs pistes pour encadrer le développement de ces technologies. Parmi elles :
- La création d’une autorité éthique indépendante, associant scientifiques et philosophes, pour évaluer les risques des nouveaux systèmes d’IA.
- L’obligation pour les entreprises de transparence sur les données utilisées pour entraîner leurs modèles, afin d’éviter les discriminations algorithmiques.
- L’interdiction des applications d’IA destinées à la surveillance de masse ou à la restriction des libertés fondamentales.
Ces propositions s’inscrivent dans un contexte où les États et les organisations internationales peinent à s’accorder sur un cadre juridique commun. L’Union européenne a adopté en décembre 2024 l’AI Act, première législation au monde visant à réguler l’IA, mais son application reste inégale selon les pays.
Dans l’immédiat, les réactions des acteurs du secteur technologique restent mitigées. Certains saluent cette initiative comme une avancée nécessaire, tandis que d’autres critiquent l’absence de propositions concrètes pour financer ces régulations ou pour impliquer davantage les pays en développement. « Le Vatican apporte une voix morale indispensable, mais la mise en œuvre dépendra de la volonté politique », analyse un chercheur en droit numérique interrogé par Le Figaro.
Une chose est sûre : avec cette encyclique, Léon XIV place l’Église au cœur des débats sur l’avenir de l’humanité à l’ère de l’IA. Autant dire que ce texte pourrait bien devenir une référence pour les années à venir.
Une encyclique est une lettre solennelle adressée par le pape à l’ensemble des fidèles, voire au monde entier. Elle traite généralement de questions doctrinales, morales ou sociales. Bien qu’elle ne soit pas un texte de loi contraignant, une encyclique comme Magnifica humanitas a une portée symbolique et morale majeure pour les 1,3 milliard de catholiques. Elle peut influencer les prises de position des évêques, des théologiens et, plus largement, la société civile.