Les fonderies européennes, prises en étau entre une énergie coûteuse, des clients en difficulté et une concurrence chinoise toujours plus agressive, risquent de disparaître sans un soutien protectionniste de l’Union européenne. C’est le constat alarmant dressé par Chiara Danieli, présidente de la Fédération européenne des fonderies et directrice générale de la fonderie Bouhyer, située à Ancenis-Saint-Géréon, comme le rapporte Ouest France.
Ce qu'il faut retenir
- Hausse des droits de douane et énergie chère pèsent sur la compétitivité des fonderies européennes.
- Les clients industriels, en crise, réduisent leurs commandes, aggravant la situation.
- La concurrence des fonderies chinoises, moins chères, exerce une pression accrue sur les acteurs locaux.
- Chiara Danieli, dirigeante d’une fonderie en Loire-Atlantique, alerte sur le risque de disparition du secteur sans mesures urgentes.
- La Fédération européenne des fonderies sollicitera prochainement l’UE pour obtenir un soutien ciblé.
Une filière industrielle en péril
Les fonderies européennes, ces usines qui transforment le métal en pièces essentielles pour l’industrie automobile, l’aéronautique ou encore l’énergie, traversent une crise sans précédent. Selon les professionnels du secteur, l’énergie représente désormais jusqu’à 30 % des coûts de production, contre 10 % il y a dix ans. « Le prix de l’électricité et du gaz a explosé, et nos clients, déjà fragilisés par la baisse de la demande, ne peuvent plus absorber ces hausses », a expliqué Chiara Danieli à Ouest France.
Autre difficulté majeure : la concurrence des fonderies chinoises. Ces dernières, bénéficient de coûts de main-d’œuvre bien inférieurs et de subventions étatiques massives, leur permettant de proposer des prix jusqu’à 40 % moins chers que leurs homologues européens. Résultat, les commandes en provenance d’Asie inondent le marché, mettant en péril la survie des sites locaux.
Des droits de douane en hausse, mais insuffisants
Pour tenter de protéger le secteur, l’Union européenne a récemment augmenté les droits de douane sur certains produits métallurgiques en provenance de Chine. Une mesure saluée par les industriels, mais jugée insuffisante par Chiara Danieli. « Ces droits de douane sont un premier pas, mais ils ne suffiront pas à sauver nos fonderies. Il faut une stratégie globale, incluant des aides directes et des investissements dans l’innovation pour rester compétitifs », a-t-elle souligné.
La Fédération européenne des fonderies, qu’elle préside, prépare actuellement un dossier détaillé à destination de la Commission européenne. L’objectif ? Obtenir un soutien financier et réglementaire pour moderniser les outils de production et sécuriser l’approvisionnement en énergie à des tarifs maîtrisés. « Sans cela, plusieurs centaines d’emplois sont directement menacés en Europe, et certaines fonderies pourraient fermer d’ici deux ans », a-t-elle mis en garde.
Un secteur clé pour l’industrie française et européenne
Les fonderies jouent un rôle stratégique dans plusieurs filières industrielles. En France, le secteur emploie directement près de 30 000 personnes et génère un chiffre d’affaires annuel de 8 milliards d’euros. Les pièces produites – blocs moteurs, turbines, pièces pour le ferroviaire – sont indispensables à des secteurs comme l’automobile, où la transition vers l’électrique ne supprime pas le besoin en pièces métalliques.
« Si nous perdons nos fonderies, ce n’est pas seulement une question d’emplois. C’est toute une chaîne de valeur qui est en jeu : les sous-traitants, les équipementiers, et finalement, la souveraineté industrielle de l’Europe », a rappelé Chiara Danieli. Pour elle, l’enjeu dépasse le cadre économique : il s’agit de préserver une expertise unique, transmise depuis des décennies.
Comment l’UE compte-t-elle concilier protectionnisme et respect des règles de concurrence ? La réponse pourrait façonner l’avenir de milliers d’emplois en Europe.
Les fonderies européennes subissent une combinaison de facteurs : la hausse des coûts de l’énergie (jusqu’à 30 % des coûts de production), la concurrence agressive des fonderies chinoises (prix jusqu’à 40 % moins chers), la baisse de la demande de leurs clients industriels en crise, et l’insuffisance des droits de douane actuels pour protéger le marché européen.