Selon Futura Sciences, le marché du smartphone, après quinze ans de domination sans partage, montre des signes d’essoufflement. Les géants de la tech, d’Elon Musk à Mark Zuckerberg en passant par Bill Gates, misent désormais sur un successeur potentiel : les lunettes connectées. Un pari technologique qui pourrait transformer radicalement notre interaction avec le numérique, à condition que les obstacles réglementaires et sociétaux soient levés.

Ce qu'il faut retenir

  • 950 millions de paires de lunettes sont vendues chaque année dans le monde, un marché bien plus dynamique que celui du smartphone.
  • Les lunettes connectées pourraient reproduire les fonctions du smartphone tout en ajoutant des usages inédits comme la traduction orale en temps réel ou la navigation tête haute (HUD).
  • Le marché du smartphone stagne, avec une croissance quasi nulle, principalement portée par les renouvellements et la seconde main.
  • L’écosystème technologique est désormais mature : composants miniaturisés, logiciels, opérateurs réseau et IA sont prêts à soutenir cette innovation.
  • L’Europe impose un cadre réglementaire strict, notamment via le RGPD et l’IA Act, limitant certaines fonctionnalités comme la reconnaissance faciale ou la notation sociale.
  • Meta a déjà reporté le lancement européen de ses Ray-Ban Display en raison d’une demande jugée trop forte, signe d’un engouement précoce.

Un marché du smartphone en perte de vitesse

Le smartphone, malgré sa domination incontestée depuis le milieu des années 2010, voit sa croissance s’essouffler. Selon Futura Sciences, les innovations restent incrémentales : capteurs photo améliorés, reconnaissance faciale plus performante ou intelligence artificielle embarquée. Rien de suffisamment révolutionnaire pour relancer un marché dont l’indice de concentration, mesuré par l’indice de Herfindahl-Hirschman, stagne autour de 1058. Autrement dit, le secteur est désormais oligopolistique, stable et peu dynamique.

Ce ralentissement pousse les acteurs du numérique à chercher une alternative crédible. Les lunettes connectées cochent plusieurs cases : elles peuvent reproduire les usages du smartphone — appels, musique, navigation — tout en intégrant des fonctionnalités inédites. Traduction orale en temps réel, affichage d’informations contextuelles dans le champ de vision ou partage social enrichi en sont quelques exemples. « Quand un utilisateur aura adopté des lunettes connectées performantes, la probabilité qu’il renouvelle son smartphone devient franchement faible », souligne Futura Sciences. Un scénario déjà observé avec la disparition de l’iPod après l’arrivée de l’iPhone.

Des investissements colossaux pour un marché en devenir

Contrairement aux tentatives avortées des années 2010, comme les Google Glass, la situation actuelle est structurellement différente. L’écosystème est désormais complet : fabricants de composants miniaturisés, développeurs de logiciels, opérateurs réseau, plateformes d’IA et acteurs de l’optique traditionnelle collaborent pour accélérer le développement. Quatre milliards de personnes dans le monde portent des lunettes, avec un cycle de renouvellement de deux à deux ans et demi. Un vivier de consommateurs potentiels que les géants de la tech ne peuvent ignorer.

Meta, Samsung, Google et Apple ont tous réorienté des ressources considérables vers ce segment. Meta a même décalé le lancement européen de ses Ray-Ban Display en raison d’une demande jugée trop forte trop tôt. « Les lunettes connectées ne sont plus un gadget anecdotique, mais une disruption technologique en préparation », explique Futura Sciences. Les rumeurs autour des futures Apple Glass ou Galaxy Glasses de Samsung alimentent un engouement médiatique et industriel sans précédent.

L’Europe, un terrain miné par la réglementation

Si les lunettes connectées promettent de révolutionner notre quotidien, leur adoption en Europe se heurte à un cadre juridique strict. Le RGPD impose un consentement explicite pour toute captation d’image ou d’enregistrement sonore continu. Plus contraignant encore, l’IA Act européen classe la reconnaissance faciale, la notation sociale et la manipulation inconsciente parmi les risques inacceptables. Les applications médicales ou éducatives, bien que moins controversées, relèvent du « haut risque » et font l’objet d’une surveillance étroite.

Concrètement, certaines des fonctionnalités les plus spectaculaires des lunettes connectées — comme la reconnaissance faciale en temps réel ou l’analyse comportementale — sont aujourd’hui illégales ou très limitées sur le territoire européen. « Ce cadre réglementaire réduit mécaniquement la valeur d’usage perçue par les consommateurs », note Futura Sciences. Le design, le prix et l’acceptation sociale joueront également un rôle clé. Les lunettes restent un objet identitaire : personne ne souhaite ressembler à un prototype de laboratoire.

Un défi technologique et sociétal

La vraie question n’est plus de savoir si les lunettes connectées remplaceront le smartphone, mais à quelle vitesse les régulateurs, les industriels et les usagers trouveront un équilibre entre innovation utile et protection des libertés individuelles. Les enjeux sont multiples : respect de la vie privée, acceptation sociale, accessibilité financière et performance technique. Les lunettes connectées doivent surmonter ces obstacles pour s’imposer comme le prochain terminal grand public.

Pour l’heure, le smartphone conserve une longueur d’avance. Mais l’histoire technologique a montré que les ruptures surviennent souvent plus vite qu’attendu. Les lunettes connectées pourraient bien incarner la prochaine grande disruption, à condition que les freins réglementaires et sociétaux soient levés.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants. Plusieurs lancements sont attendus en 2026, notamment ceux de Meta et Samsung, qui pourraient accélérer l’adoption de cette technologie. En Europe, les discussions autour de l’IA Act et du RGPD devraient préciser le cadre juridique, tandis que les fabricants travailleront à des designs plus acceptables socialement. Si les obstacles réglementaires sont levés, les lunettes connectées pourraient devenir un produit grand public d’ici deux à trois ans.

Pour l’instant, le smartphone reste roi. Mais autant dire que son règne pourrait être bien plus éphémère qu’on ne l’imagine.

Rien n’indique pour l’instant que les lunettes connectées coûteront moins cher qu’un smartphone haut de gamme. Les premières générations, comme les Ray-Ban Meta de Meta ou les Galaxy Glasses de Samsung, devraient se positionner dans une fourchette similaire à celle des téléphones premium, soit entre 300 et 600 euros. Les acteurs du marché misent davantage sur l’innovation et l’ergonomie que sur un prix d’entrée abordable.