Depuis plusieurs années, les infections fongiques, bien moins médiatisées que les maladies virales ou bactériennes, gagnent en importance sur la scène sanitaire mondiale. Selon Ouest France, les mycoses, causées par des champignons microscopiques comme les levures ou les champignons filamenteux, représentent désormais un enjeu de santé publique majeur. Leur évolution, marquée par l’émergence de souches résistantes aux traitements, soulève des inquiétudes quant à leur impact futur.

Ce qu'il faut retenir

  • 3,5 millions de décès annuels sont attribuables aux mycoses dans le monde, selon une étude publiée dans The Lancet en 2024.
  • Ces infections touchent principalement les personnes immunodéprimées, mais leur prévalence augmente aussi chez les individus en bonne santé.
  • L’Institut Pasteur joue un rôle central dans l’expertise et la surveillance des souches fongiques résistantes.
  • Les mycoses superficielles (ongles, peau, cuir chevelu) restent les plus courantes, mais les formes invasives peuvent être mortelles.
  • Les experts anticipent une hausse de la mortalité liée à ces infections dans les années à venir.

Des infections fongiques aux conséquences sous-estimées

Moins visibles que les épidémies de grippe ou de Covid-19, les mycoses n’en restent pas moins une cause majeure de mortalité. Ouest France rappelle que ces infections, souvent banalisées lorsqu’elles restent superficielles, peuvent s’avérer dramatiques. En effet, les champignons responsables de mycoses — qu’ils soient des levures comme Candida ou des moisissures comme Aspergillus — infectent des millions de personnes chaque année. Leur dangerosité varie selon le statut immunitaire du patient : bénignes chez les personnes en bonne santé, elles deviennent potentiellement mortelles pour les patients atteints de cancers, du VIH ou sous traitement immunosuppresseur.

La plupart des mycoses se manifestent par des symptômes localisés, comme des lésions cutanées ou des infections des ongles. Cependant, les formes invasives, bien que plus rares, peuvent toucher les organes internes et entraîner des septicémies. Une étude publiée en 2024 dans The Lancet estime ainsi que 2,5 millions de décès par an dans le monde sont directement liés à ces infections. À titre de comparaison, ce chiffre est proche de celui des décès causés par la BPCO, quatrième cause de mortalité mondiale.

L’émergence de souches résistantes, un défi pour la médecine

Le phénomène qui préoccupe désormais les spécialistes est l’augmentation des résistances aux antifongiques. Comme le souligne la mycologue Dea Garcia Hermoso, interrogée par Ouest France, « on voit émerger de plus en plus de mycoses dues à des champignons résistants ». Ces résistances, similaires à celles observées avec les antibiotiques, compliquent considérablement la prise en charge des patients. Les traitements existants, déjà limités en nombre, deviennent parfois inefficaces, laissant les médecins sans solution thérapeutique.

Cette résistance s’explique en partie par l’usage massif et parfois inapproprié d’antifongiques, tant en milieu hospitalier qu’en médecine de ville. Les champignons, comme les bactéries, développent des mécanismes d’adaptation pour survivre aux molécules qui les ciblent. Le centre national de référence de l’Institut Pasteur, où Dea Garcia Hermoso examine les cultures fongiques, joue un rôle clé dans la détection de ces souches résistantes. Les échantillons analysés en 2023 révèlent une tendance inquiétante : la proportion de champignons résistants aux traitements standards est en hausse, posant un défi aux systèmes de santé.

Un enjeu de santé publique qui s’aggrave

Les experts s’accordent à dire que la situation pourrait se dégrader dans les années à venir. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution : le vieillissement de la population, l’augmentation des maladies chroniques (diabète, cancers) et la multiplication des traitements immunosuppresseurs. Autant de contextes favorisant le développement de mycoses invasives. De plus, le réchauffement climatique, en modifiant les écosystèmes, pourrait aussi contribuer à la propagation de certains champignons pathogènes.

Pourtant, malgré leur gravité, les mycoses restent une priorité sanitaire secondaire. Elles ne bénéficient pas de la même attention que les épidémies virales ou les résistances aux antibiotiques, alors que leur impact est déjà significatif. « Cette mortalité devrait augmenter », avertit Ouest France, soulignant l’urgence d’une meilleure prévention et d’une recherche accrue sur les traitements antifongiques.

Et maintenant ?

Face à cette menace grandissante, plusieurs pistes sont envisagées pour limiter l’impact des mycoses résistantes. Les autorités sanitaires pourraient renforcer la surveillance épidémiologique, notamment en systématisant les analyses des souches fongiques dans les hôpitaux. La recherche, quant à elle, se tourne vers le développement de nouveaux antifongiques, bien que ce processus soit long et coûteux. Enfin, une meilleure sensibilisation des professionnels de santé et du public sur les risques liés aux mycoses — et sur l’importance d’un usage raisonné des traitements — pourrait contribuer à freiner l’émergence de résistances.

Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance. Une chose est sûre : les mycoses, longtemps reléguées au rang de maladies mineures, sont en passe de devenir un enjeu sanitaire incontournable.

Les mycoses invasives se manifestent par des symptômes variés selon l’organe touché : fièvre persistante, toux (en cas d’atteinte pulmonaire), douleurs abdominales, ou encore des lésions cutanées étendues. Chez les patients immunodéprimés, ces infections peuvent évoluer rapidement vers un choc septique, mettant leur vie en danger. Une prise en charge précoce est cruciale pour améliorer le pronostic.

La prévention repose sur plusieurs leviers : une hygiène rigoureuse (notamment pour les patients à risque), l’usage prudent des antifongiques, et le respect des protocoles de soins. Éviter l’automédication et consulter un médecin en cas de symptômes persistants sont également essentiels. Les campagnes de sensibilisation, comme celles menées par l’Institut Pasteur, jouent un rôle clé dans cette démarche.