D'apres nos confreres de Courrier International, le Sénégal s'apprête à émettre un sukuk, un instrument obligataire islamique, après le Bénin et l'Algérie en janvier. Selon l'économiste Ibrahima Ndiaye, « les sukuks sont, selon l'Organisation mondiale de la finance islamique, "des titres de copropriété représentatifs d'un actif tangible, dont le rendement est lié à la performance d'un actif sous-jacent" ».

Ce type d'emprunt est associé à un actif réel, tel qu'un projet d'infrastructure, d'énergie ou d'eau, et l'investisseur reçoit une part des revenus générés par l'exploitation de l'actif auquel l'obligation est adossée. Le Sénégal, pionnier de ce type d'opération financière dans l'espace économique monétaire ouest-africain (UEMOA), a déjà utilisé ces fonds pour développer le pôle urbain de la ville nouvelle de Diamniadio.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Sénégal s'apprête à émettre un sukuk, après le Bénin et l'Algérie en janvier.
  • Les sukuks sont des titres de copropriété représentatifs d'un actif tangible.
  • Le Sénégal a déjà utilisé ces fonds pour développer le pôle urbain de la ville nouvelle de Diamniadio.

Le contexte économique

Le choix du sukuk pourrait apporter une respiration au Sénégal, qui est confronté à une « dette abyssale », selon les termes employés par le Premier ministre, Ousmane Sonko, le 24 février face aux députés. Les conditions d'accès aux instruments de financement classiques sont de plus en plus corsées, et le pays a déjà commencé à se tourner vers le marché régional et les diaspora bonds pour se financer.

Comme le rapporte Deutsche Welle, les diaspora bonds visent à mobiliser l'épargne des Sénégalais de l'extérieur. Selon l'économiste sénégalais Serigne Moussa Dia, « les investisseurs du Golfe, de Malaisie, d'Indonésie, de Turquie, tous ont des portefeuilles d'islamic bonds [ou sukuk]. Le Sénégal, pays musulman stable, avec des traditions financières islamiques, est un excellent débouché ».

Le marché des sukuks en Afrique

Selon l'agence de presse Reuters, le marché des sukuks a « explosé » en Afrique, passant de 112 millions de dollars en 2024 à 3 milliards de dollars en 2025. Fin janvier, le Bénin a créé la surprise en émettant un sukuk international de 500 millions de dollars, devenant ainsi le tout premier État du continent à s'imposer sur ce marché spécifique avec une telle envergure.

Le 27 janvier, l'Algérie a procédé à sa première émission de sukuks souverains d'un montant de 296,65 milliards de dinars, rapporte le site d'information économiques et financières Ecofin. Ces émissions de sukuks pourraient marquer le début d'une nouvelle ère pour les finances islamiques en Afrique.

Les défis à relever

Mais les défis à relever sont encore nombreux. Les pays africains doivent encore convaincre les investisseurs de la solidité de leurs économies et de la fiabilité de leurs systèmes financiers. De plus, les sukuks ne sont pas encore très bien compris par les investisseurs traditionnels, ce qui pourrait freiner leur développement.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines et mois seront cruciaux pour déterminer l'avenir des sukuks en Afrique. Les pays qui ont déjà émis des sukuks devront démontrer leur capacité à les rembourser, tandis que les autres pays devront décider s'ils veulent suivre leur exemple. Selon les économistes, les sukuks pourraient devenir un outil clé pour financer les projets de développement en Afrique, mais il faudra encore du temps pour que cela se concrétise.

En conclusion, les sukuks gagnent du terrain en Afrique, mais il reste encore beaucoup à faire pour que ces instruments financiers deviennent vraiment populaires. Les pays africains doivent continuer à travailler pour améliorer leur système financier et convaincre les investisseurs de la solidité de leurs économies.