Le secteur du transport routier a connu des changements significatifs depuis le début du XXIe siècle, impactant notamment le métier de routier. Selon d'après les informations disponibles, cette évolution est due en partie à l'ouverture à la concurrence du transport de marchandises transnational, qui a redirigé les entreprises françaises vers des trajets plus courts, nationaux ou régionaux.

Ces changements ont conduit à une modification des conditions de travail des routiers. Comme le souligne Eric, 53 ans et trente ans de métier, basé dans la Meuse, « Au début de ma carrière, quand je discutais avec des anciens, ils me faisaient rêver avec des récits de voyage, un peu façon aventuriers de la route. Aujourd’hui, notre boulot ressemble plus à un boulot comme les autres, avec des chefs et des objectifs à remplir. »

Le rôle des outils numériques dans la perte d'autonomie

Les outils numériques, tels que le chronotachygraphe numérique, ont joué un rôle clé dans cette évolution. Le chronotachygraphe numérique, obligatoire depuis 2006, est un appareil embarqué dans le camion qui enregistre l’état et la vitesse de celui-ci, permettant ainsi un meilleur contrôle des temps de travail. Cependant, comme le précise Patrick Blaise, secrétaire général de l’Union fédérale route de la CFDT, « Ce n’est plus le routier du passé, qui réglait seul ce qu’il pouvait faire, pouvait quitter l’autoroute pour se faire un bon restaurant. Maintenant il est pisté, ne peut pas s’arrêter où il souhaite, il y a beaucoup d’indicateurs chiffrés. »

Le sociologue Anatole Lamy, auteur d’une thèse sur le sujet, explique que « le chronotachygraphe change le mythe d’un chauffeur maître du temps, car il impose un temps de travail maximal précis. Mais comme les employeurs essaient d’optimiser leurs itinéraires pour qu’ils se rapprochent du temps maximum, les routiers doivent juguler leur temps de conduite pour bien rester dans les clous. »

Les conséquences de l'optimisation des trajets

L’optimisation des trajets par le management a des conséquences directes sur les conditions de travail des routiers. Chaque minute compte, et les conducteurs doivent gérer leur temps de conduite de manière très précise. Comme le souligne Patrick Blaise, « Lorsqu’on fait attendre un conducteur lors d’un chargement ou déchargement de marchandises, c’est beaucoup de stress car c’est du temps qu’il doit rattraper derrière. »

D’après l’Insee, entre 2021 et 2023, les routiers travaillent 44,3 heures en moyenne par semaine. Cette charge de travail, combinée à la perte d’autonomie due aux outils numériques et à l’optimisation des trajets, a un impact significatif sur la qualité de vie et les conditions de travail des routiers.

Les perspectives d'avenir pour les routiers

Les changements dans le secteur du transport routier et l’évolution du métier de routier soulèvent des questions sur les perspectives d’avenir pour ces professionnels. Alors que le secteur continue de se moderniser et de se numériser, il est essentiel de prendre en compte les besoins et les préoccupations des routiers pour assurer des conditions de travail équitables et une qualité de vie satisfaisante.

Les prochaines étapes attendues incluent une poursuite de la modernisation du secteur et une adaptation aux nouvelles technologies, tout en tenant compte de l’impact sur les routiers. Il est crucial de trouver un équilibre entre l’efficacité économique et la protection des droits et des conditions de travail des routiers.

Les principaux facteurs incluent l’ouverture à la concurrence du transport de marchandises transnational, l’utilisation d’outils numériques tels que le chronotachygraphe numérique, et l’optimisation des trajets par le management.