L’Institut National du Bitcoin (INBi) a publié une note de recherche le 20 mai 2026 pour alerter sur les risques liés à la généralisation des collectes de données dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Cette prise de position intervient après une consultation publique menée par l’Autorité européenne de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (AMLA) jusqu’au 8 mai 2026, dans le cadre du règlement AMLR européen. Selon Cryptoast, l’INBi rappelle que si la lutte contre ces phénomènes reste un objectif légitime, elle ne saurait justifier une collecte indifférenciée de données financières sensibles.
Ce qu'il faut retenir
- L’INBi publie une note de recherche le 20 mai 2026 pour dénoncer la surcollecte de données financières dans le cadre de la lutte contre le blanchiment.
- Cette prise de position fait suite à une consultation publique de l’AMLA, close le 8 mai 2026, dans le cadre du règlement AMLR européen.
- L’INBi estime que détenir ses propres bitcoins ne constitue pas un comportement suspect et ne doit pas être traité comme un signal de risque par défaut.
- Les données cryptographiques, une fois compromises, peuvent révéler des patrimoines, des habitudes transactionnelles ou exposer physiquement les personnes concernées.
- L’INBi craint que cette surcollecte ne renforce les risques pour la sécurité des citoyens plutôt que de les réduire.
Une note de recherche publiée dans un contexte réglementaire tendu
En avril 2026, l’INBi avait déjà publié une première note intitulée « Collecter plus, protéger moins ? », mettant en lumière les dangers d’une collecte excessive de données financières. Cette seconde publication, présentée ce 20 mai, s’inscrit dans la continuité de ses travaux et intervient après une consultation publique de l’AMLA, dont l’objectif était de recueillir les avis sur le règlement AMLR européen. Ce dernier vise à renforcer les mécanismes de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme au sein de l’Union européenne. L’INBi a participé activement à cette consultation, soulignant les limites d’une approche systématique de collecte de données.
Pour l’institut, la lutte contre le blanchiment est un objectif légitime, mais elle ne peut justifier une collecte indifférenciée de données sensibles. L’INBi insiste sur la nécessité de baser ces collectes sur des « critères objectifs de risque », plutôt que sur des présomptions généralisées. Autrement dit, toute mesure de surveillance doit être justifiée par une analyse précise et non par une logique de suspicion automatique.
Détenir ses bitcoins : un acte légitime et non suspect
L’INBi rappelle qu’il existe une différence fondamentale entre détenir ses propres bitcoins et confier ses actifs à un tiers. Dans le premier cas, il s’agit d’une pratique légitime, tandis que dans le second, l’utilisateur s’en remet à un intermédiaire qui devient responsable de la sécurité des fonds. Pourtant, selon l’INBi, certaines réglementations tendent à assimiler la conservation personnelle à un comportement à risque. Une telle approche, estime l’institut, revient à « décourager une pratique légitime » et à enrichir des bases de données dont la compromission peut avoir des conséquences durables, voire irréversibles.
Les données cryptographiques, une fois associées à une identité civile, peuvent révéler un patrimoine, documenter des habitudes transactionnelles ou même exposer physiquement les personnes concernées. Contrairement à une carte bancaire compromise, ces informations ne peuvent pas être révoquées une fois divulguées. L’INBi met ainsi en garde contre les risques d’une surveillance accrue, qui pourrait, paradoxalement, fragiliser la sécurité des utilisateurs plutôt que la renforcer.
Un contexte français marqué par la hausse des crimes liés aux cryptomonnaies
Les propos de l’INBi prennent un relief particulier dans le contexte français actuel. Depuis 2021, le pays connaît une augmentation des enlèvements et agressions liés aux cryptomonnaies, une tendance qui s’est poursuivie en 2026. Cette réalité rend d’autant plus pertinente l’alerte lancée par l’institut : une collecte massive de données pourrait, en effet, exposer davantage les utilisateurs ciblés par des criminels cherchant à exploiter leurs informations financières.
Face à ce constat, l’INBi ne demande pas un relâchement des efforts contre le blanchiment, mais plutôt une clarification du cadre existant. Plutôt que d’ajouter une « nouvelle couche de rigidité » susceptible de générer des effets indésirables, l’institut plaide pour une approche plus ciblée et proportionnée. Son objectif ? Éviter une surcollecte qui, loin de protéger les citoyens, pourrait les rendre plus vulnérables.
Les régulateurs face à un dilemme : sécurité ou protection des données ?
Jusqu’à présent, la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme a souvent servi de levier pour faire adopter des lois toujours plus restrictives. Les déclarations de l’INBi s’inscrivent dans un débat plus large sur l’équilibre entre sécurité et libertés individuelles. En effet, si les régulateurs justifient leurs demandes par la nécessité de traquer les flux illicites, les associations de défense des droits numériques et les acteurs du secteur crypto alertent régulièrement sur les dérives d’une surveillance excessive.
Dans le cas présent, l’INBi propose une alternative : renforcer les contrôles là où ils sont justifiés par des critères objectifs de risque, plutôt que de généraliser une collecte de données qui pourrait s’avérer contre-productive. Une position qui pourrait peser dans les discussions en cours au niveau européen, alors que l’AMLA finalise ses orientations pour les années à venir.
Reste à voir si l’INBi parviendra à faire entendre sa voix auprès des institutions européennes. Une chose est certaine : la question de l’équilibre entre sécurité et protection des données restera au cœur des discussions dans les mois à venir.
Le règlement AMLR (Anti-Money Laundering Regulation) est un texte européen visant à renforcer les mécanismes de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Il s’inscrit dans une démarche de coordination accrue entre les États membres pour harmoniser les pratiques de surveillance des flux financiers, y compris dans le domaine des cryptomonnaies.
L’INBi craint qu’une collecte indifférenciée de données financières sensibles ne expose davantage les utilisateurs, notamment en cas de compromission des bases de données. Selon l’institut, détenir ses propres bitcoins ne constitue pas un comportement suspect et ne devrait pas être traité comme un signal de risque par défaut, sous peine de décourager une pratique légitime et de fragiliser la sécurité des citoyens.