L’activité manufacturière en France a reculé en mai, avec un indice PMI qui est tombé sous la barre des 50 pour la première fois depuis novembre 2025, signe d’une contraction du secteur. Selon BFM Business, cet indice calculé par S&P Global a chuté à 49,7 contre 52,8 en avril, passant ainsi dans le rouge après plusieurs mois de croissance.
Ce qu'il faut retenir
- L’indice PMI manufacturier français passe de 52,8 en avril à 49,7 en mai, soit un repli sous le seuil de 50.
- Cette contraction s’explique par une baisse de la production et des nouvelles commandes, liée à la constitution de stocks par les clients.
- Les délais de livraison des fournisseurs se sont allongés comme jamais depuis janvier 2023.
- 57 % des entreprises interrogées signalent une hausse de leurs coûts, atteignant un pic depuis quatre ans.
- Les prix de vente ont connu leur plus forte progression depuis plus de trois ans.
- Le moral des entrepreneurs reste mesuré, avec seulement un quart anticipant une amélioration de leur activité dans l’année.
Ce retournement de tendance intervient dans un contexte marqué par la flambée des prix de l’énergie et les perturbations des transports, directement liées au conflit au Moyen-Orient. « Cette baisse marque un renversement de tendance par rapport à la plus forte amélioration de la conjoncture depuis presque quatre ans enregistrée le mois dernier », souligne S&P Global dans son enquête mensuelle. L’indice français s’inscrit désormais dans une dynamique plus large : la zone euro, après avoir atteint 52,2 en avril, recule à 51,6 en mai, tandis que l’Allemagne, première économie européenne, frôle la contraction avec un indice à 50,1.
En France, la diminution de la production et des nouvelles commandes en mai s’explique en partie par des « constitutions de stocks chez les clients », selon les auteurs de l’étude. Mais c’est surtout l’aggravation des tensions sur les chaînes d’approvisionnement qui pèse sur l’industrie. « Les pénuries de matières premières et de transports, le coût élevé du carburant et les commandes anticipées des clients ont pesé sur la capacité des fournisseurs », expliquent les quelque 400 entreprises manufacturières interrogées pour ce panel.
Ces perturbations ont amplifié les tensions inflationnistes au deuxième trimestre. Plus de la moitié des répondants (57 %) font état d’une augmentation de leurs coûts en mai, et le prix des achats a atteint un sommet depuis quatre ans. En réaction, les entreprises ont répercuté ces hausses sur leurs tarifs : les prix de vente ont connu leur progression la plus marquée depuis plus de trois ans. Un cercle vicieux qui se répercute sur l’emploi : le secteur manufacturier enregistre un recul de ses effectifs pour le quatrième mois consécutif.
Le climat d’incertitude, aggravé par la guerre au Moyen-Orient, influence également le moral des entrepreneurs. Leur optimisme reste mesuré : seulement un quart d’entre eux anticipent une hausse de leur activité dans l’année à venir, un niveau à peine supérieur aux 24 % qui prévoient au contraire un repli. « Les entreprises font preuve d’un optimisme mesuré », résument les analystes de S&P Global.
Des délais de livraison records et des coûts en forte hausse
Le phénomène le plus préoccupant reste sans doute l’allongement des délais de livraison des fournisseurs. En mai, ces retards ont atteint leur niveau le plus élevé depuis janvier 2023, selon les entreprises interrogées. Cette situation reflète les difficultés persistantes des chaînes logistiques, déjà mises à mal par les tensions géopolitiques et la hausse des coûts énergétiques. Les pénuries de matières premières, conjuguées à l’augmentation du prix du carburant, limitent la capacité des fournisseurs à honorer les commandes dans les temps impartis.
Cette dégradation des conditions d’approvisionnement a des répercussions directes sur la production. Les industriels, contraints de constituer des stocks en prévision de pénuries futures, réduisent leurs commandes et ajustent leurs plans de production. « Les clients anticipent et stockent, ce qui freine les nouvelles commandes », précise l’enquête. Résultat : la production manufacturière recule, et l’industrie française, pilier traditionnel de l’économie, entre dans une phase de contraction inédite depuis près de six mois.
L’Europe manufacturière dans le même mouvement
La France n’est pas un cas isolé. L’ensemble des pays européens connaissent une détérioration de leur activité manufacturière en mai. Après avoir atteint 52,2 en avril, l’indice de la zone euro recule à 51,6, tandis que l’Allemagne, locomotive économique du continent, voit son indicateur frôler la zone de contraction avec 50,1. Ces chiffres confirment une tendance de fond : l’Europe manufacturière, après une embellie passagère, fait face à un ralentissement généralisé.
Les raisons de ce retournement sont multiples. Outre les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les industriels européens subissent de plein fouet la hausse des coûts énergétiques et les perturbations des flux logistiques. En Allemagne, où l’industrie représente près de 20 % du PIB, la situation est particulièrement scrutée. Un indice à 50,1 signifie que le secteur est au bord de la récession, avec des conséquences potentielles sur l’emploi et la croissance.
En attendant, les industriels français restent prudents. Leur optimisme mesuré reflète une prudence compréhensible dans un contexte où les incertitudes géopolitiques et économiques s’accumulent. Une chose est sûre : l’industrie, après des mois de reprise fragile, entre dans une phase de vigilance accrue.
L’indice des directeurs d’achats (PMI) est un indicateur économique qui mesure l’activité dans le secteur manufacturier. Un indice supérieur à 50 signale une expansion, tandis qu’un indice inférieur à 50 indique une contraction. Il est suivi de près par les décideurs politiques et économiques car il offre une vision rapide et synthétique de la santé du secteur industriel, qui représente un pilier de l’économie.
Les prochaines publications de l’indice PMI, attendues début juillet, seront déterminantes pour évaluer la persistance de cette contraction. Par ailleurs, les annonces de la Banque centrale européenne sur sa politique monétaire, ainsi que l’évolution du conflit au Moyen-Orient, pourraient influencer la trajectoire de l’industrie dans les mois à venir.