Peu après que le président américain se soit installé pour la première fois à la Maison-Blanche, ses politiques et son soutien affiché à certains candidats ont inspiré toute une génération de dirigeants latino-américains qui esquissent les nouvelles orientations du continent, selon Euronews FR. Certains sont des hommes politiques chevronnés, rompus à toutes les batailles, qui ne sont plus présidents, comme le Brésilien Jair Bolsonaro ; d’autres, au contraire, ont bâti leur immense popularité presque par surprise, comme Nayib Bukele au Salvador.
Tous ont toutefois des points communs : un discours nationaliste, un populisme décomplexé et, surtout, un modèle à suivre bien identifié : Donald Trump. Les derniers exemples de cette poussée de la droite en Amérique latine se trouvent en Colombie et au Pérou, où Abelardo de la Espriella et Keiko Fujimori semblent en passe de mettre un terme à deux des rares gouvernements de gauche qui subsistaient encore dans une région qui, pendant des années, s’est distinguée par ses orientations plus socialistes.
Ce qu'il faut retenir
- Abelardo de la Espriella a remporté l’élection en Colombie en devançant le sénateur de gauche Iván Cepeda de seulement 200 000 voix.
- Keiko Fujimori arrive en tête du dépouillement au Pérou face à Roberto Sánchez, au terme d’une campagne axée sur la fermeté contre la criminalité et l’immigration irrégulière.
- La série de victoires de la droite en Amérique latine remonte à 2019, année où Bukele comme Bolsonaro ont accédé à la présidence de leurs pays respectifs.
Les affinités des trumpistes
Ce ne sont que les deux derniers exemples d’une longue liste qui, outre ceux déjà cités, comprend des noms comme Javier Milei en Argentine, José Antonio Kast au Chili, Daniel Noboa en Équateur, Rodrigo Paz en Bolivie et Santiago Peña au Paraguay. Cette série de victoires de la droite en Amérique latine a été influencée par les politiques et le style de gouvernement de Donald Trump.
Trump est même allé jusqu’à menacer d’imposer des droits de douane de 50 % au Brésil si la procédure judiciaire visant l’ex-président Bolsonaro n’était pas abandonnée. Pour Bukele, ce sont ses propres politiques et sa manière de gouverner qui ont attiré l’attention du locataire de la Maison-Blanche. Sa décision de décréter l’état d’urgence dans tout le pays afin de pouvoir agir plus librement contre les groupes criminels, son ton combatif, qui l’a amené à se présenter lui-même comme « le dictateur le plus cool » et son pari sur les cryptomonnaies lui ont finalement valu la sympathie de figures clés de l’entourage de Trump.
Doctrine « Donroe » ou simple ingérence politique ?
Habitué à ne pas se laisser contraindre par les règles établies, depuis qu’il est descendu de l’escalator doré de la Trump Tower, en 2015, pour annoncer sa candidature, le républicain n’a jamais hésité à afficher ses sympathies et ses aversions, tant sur la scène intérieure qu’à l’international. Cependant, en matière de politique étrangère, ce qui distingue sa première administration (2017-2021) de cette seconde, entamée en janvier 2025, c’est son absence de complexes lorsqu’il s’agit de prendre parti dans les processus électoraux d’autres pays, en particulier en Amérique centrale et du Sud.
Ce changement de stratégie est apparu clairement en novembre dernier, lorsque la Maison-Blanche a dévoilé sa nouvelle Stratégie de sécurité nationale, qui, s’inspirant de la célèbre « doctrine Monroe », défend un retour à un monde divisé en « sphères d’influence ». « Les liens qui se tisseront entre les États-Unis et leurs partenaires bénéficieront aux deux parties, tout en compliquant la tâche des concurrents extérieurs au continent qui souhaitent accroître leur influence dans la région », peut-on lire dans le document, que beaucoup à Washington surnomment la « doctrine Donroe », en référence à Donald J. Trump.
La situation en Amérique latine est complexe et en constante évolution. Il reste à voir comment les nouveaux dirigeants élus vont mettre en œuvre leurs politiques et quelles seront les conséquences de leurs actions sur la région et sur les relations internationales.