Cluj-Napoca, deuxième ville de Roumanie par sa population, s’impose comme un carrefour culturel et historique de Transylvanie. Selon Libération, elle abrite une œuvre majeure de la dramaturge hongroise Mária Földes, rescapée du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Son roman autobiographique, intitulé « La Promenade », y est aujourd’hui considéré comme une clé pour comprendre non seulement son parcours personnel, mais aussi les traumatismes collectifs subis par les communautés juives de la région. Une lecture qui résonne particulièrement dans cette ville, où les traces de l’histoire hongroise et roumaine se mêlent encore.

Ce qu'il faut retenir

  • Mária Földes, dramaturge et rescapée d’Auschwitz-Birkenau, a consigné son expérience dans « La Promenade », un roman autobiographique.
  • L’œuvre, écrite en hongrois, explore les déambulations physiques et psychologiques de l’autrice à travers l’Europe dévastée par la Seconde Guerre mondiale.
  • Cluj-Napoca, en Transylvanie, est aujourd’hui associée à cette œuvre, qui y est étudiée et mise en avant dans le paysage culturel local.
  • Le livre offre un témoignage unique sur la survie, la mémoire et la reconstruction après la Shoah, notamment dans une région marquée par des tensions ethniques et politiques.
  • Libération souligne l’importance de cette œuvre pour éclairer l’histoire locale et les traumatismes partagés entre communautés.

Une œuvre née de l’horreur et de la résilience

Mária Földes, née en 1925 dans une famille juive de Transylvanie alors sous domination hongroise, a vécu l’enfer des camps nazis dès l’âge de 19 ans. Selon les archives citées par Libération, elle est déportée à Auschwitz-Birkenau en 1944, où elle perd une partie de sa famille. Son récit, « La Promenade », publié bien après la guerre, en 1991, s’inspire directement de ses souvenirs et de ses errances à travers l’Europe d’après-guerre. Le livre décrit moins une « promenade » au sens littéral qu’un voyage intérieur, où chaque étape devient le symbole d’une survie physique et morale.

Côté hongrois, Mária Földes a marqué l’histoire culturelle de son pays en tant que dramaturge, notamment pour ses pièces engagées contre l’antisémitisme et la négation de la Shoah. Comme elle l’a expliqué dans des entretiens ultérieurs, son œuvre visait à « donner une voix à ceux qui n’en avaient plus ». Cette dimension testimoniale, mêlée à une écriture poétique, explique pourquoi « La Promenade » est aujourd’hui étudiée dans les cercles littéraires et historiques, aussi bien en Hongrie qu’en Roumanie.

Cluj-Napoca, une ville au carrefour des mémoires

Cluj-Napoca, anciennement Kolozsvár en hongrois, incarne cette complexité mémorielle. Ville majoritairement roumaine aujourd’hui, elle a longtemps été un bastion de la culture hongroise en Transylvanie, avant d’être intégrée à la Roumanie en 1920, puis à nouveau à la Hongrie entre 1940 et 1944, et enfin définitivement roumaine après 1945. Selon Libération, cette histoire mouvementée explique en partie pourquoi l’œuvre de Mária Földes y est perçue comme un pont entre les communautés, un témoignage qui dépasse les clivages nationaux.

L’université Babeș-Bolyai de Cluj, l’une des plus anciennes et prestigieuses de Roumanie, a d’ailleurs organisé en 2025 un colloque international sur la mémoire de la Shoah en Europe centrale, où « La Promenade » a été présentée comme un texte clé. Les organisateurs ont souligné que cette œuvre permet de « revisiter l’histoire locale à travers le prisme de l’expérience juive », une perspective encore trop rarement explorée dans les débats publics roumains.

Un héritage littéraire et historique encore méconnu

Malgré son importance, « La Promenade » reste peu traduite et peu connue en dehors des cercles universitaires. D’après Libération, seuls deux extraits ont été publiés en français, dans des revues spécialisées, et aucune édition complète n’existe à ce jour en roumain ou en anglais. Pourtant, des universitaires comme Delia Radu, professeure d’histoire contemporaine à l’université de Cluj, insistent sur la nécessité de diffuser cette œuvre : « C’est un document exceptionnel pour comprendre comment la Shoah a été vécue dans une région où les frontières changeaient aussi vite que les régimes politiques. »

La question de la traduction se pose avec acuité, d’autant que la ville de Cluj mise aujourd’hui sur son rayonnement culturel pour attirer des touristes et des chercheurs. En 2026, un projet de mise en ligne d’archives orales, incluant des enregistrements de Mária Földes, est en discussion au musée d’Histoire de Transylvanie. Une initiative qui pourrait, à terme, donner un nouvel écho à son œuvre.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient permettre à « La Promenade » de gagner en visibilité dans les années à venir. D’abord, une traduction intégrale en roumain, soutenue par des institutions culturelles locales, pourrait être envisagée pour 2027, à l’occasion du 80e anniversaire de la déportation de Mária Földes. Ensuite, des représentations théâtrales, inspirées de son œuvre, sont à l’étude par des troupes hongroises et roumaines de Cluj. Enfin, l’inscription de son nom sur les murs de la ville, via des plaques commémoratives ou des fresques, est évoquée par des associations mémorielles. Reste à voir si ces projets verront le jour dans un contexte où les questions de mémoire historique restent souvent sensibles.

Pour conclure, « La Promenade » de Mária Földes offre bien plus qu’un récit autobiographique : elle constitue un miroir tendu vers l’histoire mouvementée de la Transylvanie, où les fantômes du passé et les espoirs du présent se croisent encore.

À ce jour, seuls deux extraits de « La Promenade » ont été traduits et publiés en français, dans des revues spécialisées comme Les Temps Modernes. Aucune édition complète n’est disponible en France. Une traduction intégrale serait donc une première.