La rédaction du Monde lance un appel à témoignages auprès des ménages « à un adulte », ces locataires ou futurs propriétaires qui, faute de disposer que d’un seul revenu, rencontrent des obstacles croissants pour se loger, que ce soit en location ou à l’achat. Selon les dernières données disponibles, ces ménages représentent désormais une part significative des demandes d’emprunt immobilier et des candidatures locatives, un phénomène qui s’accentue avec la hausse des prix et la raréfaction des offres accessibles.

Ce qu'il faut retenir

  • 12,5 % des ménages français étaient composés d’un seul adulte en 2023, selon l’Insee, un chiffre en constante augmentation depuis une décennie.
  • Les parents solo et les personnes célibataires sans enfants subissent des critères de solvabilité plus stricts de la part des propriétaires et des banques, souvent peu adaptés à leur situation financière.
  • Les délais moyens pour obtenir un logement locatif dépassent désormais six mois dans les grandes villes, selon une étude de l’Observatoire des inégalités publiée en 2025.
  • L’accès au crédit immobilier reste deux fois plus difficile pour un ménage mono-parental que pour un couple, d’après la Fédération bancaire française.

Un phénomène qui s’amplifie avec la crise du logement

La situation s’est durcie ces dernières années, avec une hausse de 20 % des loyers dans les zones tendues entre 2020 et 2025, selon les données des notaires. Les ménages à un seul revenu se retrouvent ainsi exclus des centres-villes et contraints de se loger en périphérie, souvent dans des conditions moins adaptées à leurs besoins. « On nous demande systématiquement un garant ou un salaire deux fois supérieur au loyer, alors que notre budget est déjà serré par les charges fixes », témoigne Sophie Martin, mère célibataire de deux enfants à Lyon.

Côté accession à la propriété, les banques appliquent des taux d’effort plus élevés pour les ménages mono-parentaux, en raison d’un risque perçu comme plus important. Une étude du Crédit Foncier, publiée en mars 2026, indique que seulement 15 % des parents solo parviennent à obtenir un prêt immobilier, contre près de 40 % pour les couples sans enfants.

Des dispositifs d’aide insuffisants ou méconnus

Malgré l’existence de mécanismes comme le Prêt à Taux Zéro (PTZ) ou les aides locales au logement, leur accès reste limité pour les ménages les plus précaires. Le PTZ, par exemple, exclut de fait les ménages dont les revenus dépassent un certain seuil, souvent dépassé par les salaires moyens des parents solo. « Les aides existent, mais elles sont soit trop complexes à obtenir, soit insuffisantes pour couvrir le différentiel de coût entre une location et un achat », explique Caroline Dubois, économiste à l’Observatoire de la vie politique et sociale.

Les associations comme la Fondation Abbé Pierre pointent aussi du doigt le manque de logements sociaux adaptés. En 2025, seulement 10 % des logements sociaux étaient réservés aux ménages mono-parentaux, alors qu’ils représentent près de 25 % des demandes dans certaines villes.

Un appel à témoignages pour mieux cerner les réalités du terrain

Pour documenter ces difficultés, la rédaction du Monde invite les personnes concernées à partager leur expérience via un formulaire en ligne. Les récits recueillis permettront d’illustrer, avec des exemples concrets, les obstacles rencontrés – refus de dossiers, surendettement, déménagements forcés – et de nourrir un débat public sur l’adaptation des politiques du logement.

Les témoignages pourront aussi servir de base à une enquête approfondie, prévue pour l’automne 2026. « Nous voulons montrer que derrière les chiffres, il y a des vies bouleversées par l’impossibilité de se loger dignement », précise un journaliste du Monde en charge du projet. Les récits anonymisés pourront être utilisés dans des articles, podcasts ou reportages.

Et maintenant ?

Une fois les témoignages collectés, plusieurs pistes pourraient être explorées. D’abord, une évaluation plus précise des dispositifs existants, comme le PTZ ou les garanties Visale, pour en mesurer l’efficacité réelle. Ensuite, une réflexion sur la création de quotas de logements sociaux dédiés aux ménages mono-parentaux, comme cela existe déjà pour les personnes en situation de handicap. Enfin, un dialogue avec les acteurs bancaires pourrait être engagé pour assouplir les critères d’octroi de crédit, à l’image des négociations menées en 2023 pour les jeunes actifs.

Pour participer à l’appel à témoignages, les intéressés peuvent se rendre sur le site du Monde avant le 30 septembre 2026. Les contributions serviront à alimenter une série d’articles et de reportages, prévue pour le début d’année 2027.

Il suffit de remplir le formulaire disponible sur le site du Monde, dans la rubrique dédiée. Les questions portent sur votre situation familiale, vos difficultés de logement et les solutions que vous avez envisagées. Vos réponses peuvent être anonymes.