Un week-end de discussions diplomatiques s’est tenu à Lomé, la capitale togolaise, autour d’une question centrale : le rôle que pourrait jouer le Togo dans le rétablissement du dialogue entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et ses partenaires internationaux. Selon RFI, les échanges ont mis en lumière la volonté de Lomé de se positionner comme un acteur clé dans la recherche de stabilité régionale.
Ce qu'il faut retenir
- Une réunion à Lomé a rassemblé des représentants de l’AES, composée du Mali, du Niger et du Burkina Faso.
- Le Togo a proposé sa médiation pour faciliter le dialogue entre l’AES et la communauté internationale.
- Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères, a formellement déclaré cette intention lors de l’événement.
Une médiation togolaise pour apaiser les tensions régionales
C’est lors d’une réunion organisée ce week-end à Lomé que le Togo a officiellement proposé son expertise en médiation pour servir de pont entre l’AES et le reste du monde. L’Alliance des États du Sahel, créée en 2023 par ces trois pays du Sahel, est au cœur des tensions diplomatiques depuis son retrait des partenariats militaires avec la France et d’autres acteurs internationaux. Dans ce contexte, Lomé cherche à capitaliser sur son ancrage régional et sa réputation de stabilité pour jouer un rôle de facilitateur.
Robert Dussey, ministre togolais des Affaires étrangères, a confirmé cette volonté dans une déclaration rapportée par RFI. Il a insisté sur la nécessité de renforcer la stabilité au Sahel, tout en rappelant l’importance de la coopération internationale. « Le Togo est prêt à mettre son expertise en médiation et son ancrage régional au service de la stabilité pour servir de pont entre le Sahel et l'ensemble de la communauté internationale », a-t-il souligné.
Un contexte diplomatique complexe
L’AES, née d’une volonté de ces trois États de se libérer de l’influence occidentale, a multiplié les gestes de rupture avec Paris et d’autres capitales européennes. Le retrait des accords militaires, la réorientation des partenariats vers la Russie ou la Turquie, ainsi que les discours anti-françafrique ont marqué une rupture nette avec l’ancienne puissance coloniale. Pourtant, malgré ces tensions, certains pays africains tentent de maintenir des canaux de dialogue.
Le Togo, souvent perçu comme un acteur modéré dans la région, semble vouloir tirer parti de cette position pour s’imposer comme un médiateur crédible. Son président, Faure Gnassingbé, a déjà été sollicité par plusieurs partenaires internationaux pour faciliter des discussions, notamment lors de crises précédentes au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Quels scénarios pour l’avenir ?
Les prochaines semaines pourraient révéler si le Togo parvient à convaincre les membres de l’AES de s’engager dans un processus de dialogue structuré. Plusieurs défis se posent : la méfiance des juntes militaires envers les anciennes puissances coloniales, la fragmentation des alliances régionales, et la pression des groupes armés qui continuent de déstabiliser la région.
Pour l’instant, aucune date n’a été fixée pour une rencontre officielle entre l’AES et ses partenaires. Cependant, des discussions préliminaires pourraient avoir lieu dans les prochains mois, notamment si Lomé parvient à rallier d’autres États ouest-africains à sa démarche. Le Ghana, la Côte d’Ivoire ou encore le Sénégal pourraient jouer un rôle complémentaire dans cette dynamique.
En attendant, la communauté internationale observe avec attention les initiatives de médiation. La France, qui a récemment réaffirmé son souhait de dialoguer avec les juntes du Sahel, pourrait y voir une opportunité pour relancer des discussions, même indirectes. Pour l’AES, la question reste de savoir si un compromis est encore envisageable avec des partenaires qu’elle a publiquement critiqués.