Alors que plusieurs pays ont récemment durci les restrictions d’âge sur les réseaux sociaux, l’Organisation des Nations unies (ONU) met en garde contre une protection insuffisante des mineurs en ligne. Dans un communiqué publié vendredi, Volker Türk, haut-commissaire des Nations unies aux droits humains, a souligné que « le monde numérique qui relie les enfants à l’apprentissage, à la communauté et à la créativité les expose également à des risques bien réels pour leur sécurité, leur vie privée et leur bien-être ». Selon Le Figaro, cette alerte intervient alors que les atteintes en ligne aux droits des mineurs résultent, selon l’ONU, de « choix de conception et de pratiques commerciales » compromettant leur sécurité, comme les fonctionnalités addictives des plateformes.
Ce qu'il faut retenir
- Volker Türk, haut-commissaire de l’ONU aux droits humains, qualifie la protection des enfants en ligne de priorité urgente.
- L’Australie a interdit en 2025 les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, tandis qu’en France, un projet de loi vise les moins de 15 ans.
- L’ONU publie dix lignes directrices pour encadrer la sécurité des enfants, incluant l’interdiction du micro-ciblage publicitaire et la protection par défaut des données.
- Les géants du numérique sont appelés à intégrer la sécurité « dès la conception » de leurs plateformes, plutôt que de reporter cette responsabilité sur les parents.
Des restrictions d’âge jugées insuffisantes par l’ONU
L’Australie a été l’un des premiers pays à légiférer en 2025 en interdisant l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. En France, le Sénat a adopté un projet de loi visant à étendre cette interdiction aux moins de 15 ans. Pourtant, selon Volker Türk, « se contenter de limiter l’accès aux plateformes qui restent dangereuses ne saurait constituer une fin en soi pour protéger efficacement les enfants ». Le haut-commissaire met en garde contre les risques de contournement de ces restrictions, qui pourraient pousser les mineurs vers des plateformes encore moins régulées.
Pour l’ONU, les interdictions d’âge ne suffisent pas à remédier aux « choix de conception » des plateformes, comme les algorithmes favorisant l’addiction ou les notifications incessantes. « Renforcer la protection des enfants en ligne est une priorité urgente dont nous devons veiller non seulement à ce qu’elle soit mise en œuvre, mais aussi à ce qu’elle le soit correctement », a déclaré M. Türk. Il appelle ainsi les États et les entreprises à agir de manière plus ferme, en intégrant la sécurité dès la conception des outils numériques.
Dix lignes directrices pour encadrer la protection des mineurs
Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a publié un ensemble de dix recommandations destinées à sécuriser l’environnement numérique des enfants. Parmi les mesures phares : garantir par défaut la protection maximale des données des mineurs et interdire le « micro-ciblage » à des fins commerciales. L’ONU s’interroge également sur la nécessité d’imposer des restrictions d’âge pour l’utilisation des robots conversationnels basés sur l’intelligence artificielle (IA) ou des fonctionnalités conçues pour maximiser l’engagement des utilisateurs.
Ces lignes directrices prévoient aussi un contrôle indépendant assorti de sanctions juridiques dissuasives. Les enfants dont les droits seraient bafoués devraient disposer de voies de recours effectives. « Pendant trop longtemps, les plateformes et les applications sociales n’ont pas assumé cette responsabilité en comprenant pleinement les risques qu’elles posent », a critiqué Peggy Hicks, directrice des activités thématiques du Haut-Commissariat, lors d’une conférence de presse. « Souvent, elles ont donné la priorité à leur expansion ou à l’engagement de leurs utilisateurs plutôt qu’au bien-être des enfants. »
Les entreprises technologiques face à un choix stratégique
Selon Peggy Hicks, les géants du numérique se trouvent à un carrefour : soit ils modifient leurs pratiques pour mieux protéger les droits des enfants, soit ils s’exposent à des législations de plus en plus strictes, des décisions de justice ou des amendes imposées par les régulateurs. « Changer la manière dont leurs plateformes sont conçues et exploitées pour mieux protéger les droits et la sécurité des enfants, ou être contraintes de le faire sous l’effet d’une législation de plus en plus restrictive », a-t-elle résumé. Cette pression croissante s’inscrit dans un contexte où les procédures judiciaires et les amendes contre les plateformes se multiplient, notamment aux États-Unis et en Europe.
L’Australie, par exemple, a maintenu en 2026 une amende de 400 000 euros à l’encontre de X (ex-Twitter) pour manquement à ses obligations en matière de protection des mineurs. En France, le débat sur la régulation des réseaux sociaux s’intensifie, avec des propositions visant à imposer des obligations accrues aux plateformes, comme le signalement systématique des contenus à risque.
Une chose est certaine : l’urgence est désormais reconnue par les plus hautes instances internationales. La balle est dans le camp des décideurs politiques et des dirigeants technologiques.
Selon l’ONU, les enfants en ligne sont exposés à des risques pour leur sécurité, leur vie privée et leur bien-être. Ces risques découlent notamment des choix de conception des plateformes, comme les algorithmes favorisant l’addiction (défilement infini, notifications incessantes) ou les pratiques commerciales intrusives, comme le micro-ciblage publicitaire. L’organisation souligne également les dangers liés à l’accès à des contenus inappropriés ou à des interactions avec des inconnus.