Le président bélarusse Alexandre Loukachenko, souvent qualifié de « dernier dictateur d’Europe », s’est à nouveau illustré en s’immisçant dans les débats diplomatiques européens. Lors d’un entretien téléphonique avec Emmanuel Macron le 24 mai 2026, il a affirmé que le président français, et non Giorgia Meloni, était le mieux placé pour incarner la voix de l’Europe face à Moscou. Ces déclarations, rapportées par l’agence officielle bélarusse Belta, interviennent alors que l’Union européenne réfléchit à la nomination d’un envoyé spécial pour négocier avec la Russie, selon Euronews FR.
Ce qu'il faut retenir
- Loukachenko a accepté de recevoir un représentant français à Minsk, à la demande d’Emmanuel Macron, tout en critiquant l’absence de visites de ce dernier à Moscou ou Minsk.
- Le dirigeant bélarusse a explicitement écarté Giorgia Meloni comme interlocutrice européenne avec le Kremlin, évoquant son genre comme un obstacle.
- Il a désigné Macron comme la figure centrale pour dialoguer avec Moscou, louant son « expérience politique » et son statut de « doyen » parmi les dirigeants européens.
- Ces propos relancent les spéculations sur la nomination d’un envoyé spécial européen, un poste qui pourrait revenir à d’anciennes figures politiques comme Angela Merkel.
- La France maintient une position ferme : elle ne reconnaît pas la légitimité de Loukachenko, dont l’ambassadeur a été expulsé en octobre 2025.
Un entretien téléphonique aux accents contradictoires
Selon les comptes-rendus de Belta, Loukachenko a d’abord reproché à Macron de ne pas se rendre en Russie ou au Bélarus après sa visite à Erevan. Le président français aurait alors sollicité la réception d’un conseiller français pour expliquer sa position. « Monsieur le Président, pourriez-vous donc recevoir mon conseiller et lui parler, afin qu’elle vienne m’expliquer tout cela ? », aurait-il déclaré, d’après Loukachenko. Ce dernier aurait accepté, déclarant : « Pas de soucis, si tu as peur de te rendre à Minsk, envoie ta personne de confiance ».
Pourtant, les versions alternatives de cet entretien, relayées par TV5Monde Info, peignent un tableau moins conciliant. Emmanuel Macron y aurait exhorté Loukachenko à ne pas « entraîner » son pays dans la guerre en Ukraine. Dans l’entourage du chef de l’État français, on précise qu’il a aussi « engagé Alexandre Loukachenko à faire les gestes nécessaires pour améliorer les relations entre le Bélarus et l’Europe ».
Meloni écartée, Macron courtisé : un message politique ciblé
Le point le plus marquant de cet échange réside dans les propos de Loukachenko concernant Giorgia Meloni. Le président bélarusse a clairement signifié son opposition à ce qu’une femme, en l’occurrence la Première ministre italienne, endosse le rôle d’émissaire européen auprès de Moscou. « En Italie, il y a une femme Première ministre. Tu veux mettre un tel poids sur les épaules d’une femme ? », aurait-il lancé à Macron, selon Belta.
Cette remarque intervient dans un contexte où l’Europe envisage de désigner un envoyé spécial pour coordonner la position de l’Union face à la Russie. Giorgia Meloni, qui soutient cette initiative, a à plusieurs reprises plaidé pour une approche unifiée de l’Europe, évitant les initiatives diplomatiques isolées. Emmanuel Macron partage cette vision, tout en insistant sur la nécessité que tout dialogue avec le Kremlin s’inscrive dans une stratégie européenne collective.
La piste Merkel et les spéculations sur un envoyé spécial
Les déclarations de Loukachenko ont inévitablement relancé les débats sur les personnalités susceptibles de jouer ce rôle. Parmi les noms évoqués, celui d’Angela Merkel, ancienne chancelière allemande, revient avec insistance en raison de son expérience historique des relations avec Vladimir Poutine. Mario Draghi, ancien Premier ministre italien, figure également parmi les hypothèses. À ce stade, aucune décision officielle n’a été prise par l’Union européenne, et aucune candidature n’a été formalisée.
Le paradoxe est flagrant : alors que Loukachenko exclut explicitement les femmes de ce rôle, Merkel, figure féminine la plus souvent citée, est précisément l’une des personnalités les plus expérimentées sur le dossier russe. Une ironie qui souligne l’anachronisme de ses propos.
Un appel à Macron pour incarner le leadership européen
Au-delà de la polémique sur le genre, Loukachenko semble poursuivre un objectif politique précis : inciter Macron à s’imposer comme l’interlocuteur principal de l’Europe face à la Russie et au Bélarus. « Tu es la figure principale et la force motrice de l’Europe aujourd’hui », aurait-il déclaré au président français, l’encourageant à se rendre à la fois à Moscou et à Minsk pour engager un dialogue direct.
Cette stratégie vise clairement à marginaliser les autres dirigeants européens, comme le chancelier allemand Friedrich Merz ou le Premier ministre britannique Keir Starmer, que Loukachenko qualifie de « politiquement plus jeunes » que Macron. Le président bélarusse a également salué l’expérience politique de ce dernier, le qualifiant d’« aksakal » — un terme turc désignant une personne âgée et respectée.
La position française : fermeté et absence de reconnaissance
Paris maintient une ligne dure à l’égard de Loukachenko. Le ministère français des Affaires étrangères rappelle sur son site que « la France ne reconnaît pas la légitimité d’Alexandre Loukachenko ». En octobre 2025, l’ambassadeur français a ainsi été contraint de quitter Minsk, illustrant la rupture diplomatique entre les deux pays. Le dernier contact téléphonique entre Macron et Loukachenko remontait à 2022, peu après le début de l’invasion russe en Ukraine, lorsque le président français avait demandé le retrait des troupes russes stationnées au Bélarus.
Le Bélarus, entre pression russe et isolement international
Depuis le début de la guerre en Ukraine, Minsk est devenu un allié incontournable pour Moscou, fournissant un soutien logistique et stratégique à l’effort de guerre russe. Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, a progressivement transformé son pays en un État vassal de la Russie, au prix d’une répression interne sans relâche et d’un isolement croissant sur la scène internationale. Ses dernières déclarations confirment sa stratégie : se présenter comme un acteur clé, voire incontournable, tout en exploitant les divisions européennes.
Dans ce contexte, l’Europe devra arbitrer entre la nécessité de rouvrir des canaux de communication avec Moscou et le maintien de ses principes démocratiques. La question de l’envoyé spécial reste donc ouverte, tout comme l’influence réelle que Loukachenko pourra exercer sur les décisions européennes.
Ce surnom lui a été attribué bien avant la guerre en Ukraine, en raison de son régime autoritaire et répressif. Contrairement à d’autres dirigeants autrefois qualifiés de « dictateurs », Loukachenko a maintenu un contrôle absolu sur son pays, écrasant toute opposition et verrouillant les institutions. Son alignement inconditionnel sur Moscou depuis 2022 a encore renforcé cette image.
L’Union européenne considère Loukachenko comme un dirigeant illégitime depuis les élections truquées de 2020. Les sanctions contre son régime se sont multipliées, et les contacts diplomatiques sont réduits au minimum. La question d’un éventuel dialogue reste donc très controversée au sein des Vingt-Sept.