Voilà six ans que l’Union européenne s’est engagée à réduire d’au moins 55 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, par rapport aux niveaux préindustriels. Un objectif devenu juridiquement contraignant en 2021 et qui s’inscrit dans la stratégie de neutralité carbone visée pour 2050. Pourtant, alors que le compte à rebours est lancé, les États membres peinent à tenir leurs engagements nationaux, comme l’explique Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • Objectif global de l’UE : réduire d’au moins 55 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, avec une neutralité carbone prévue pour 2050.
  • Objectif intermédiaire : réduire de 90 % les émissions nettes d’ici 2040, par rapport à 1990, avec la possibilité d’utiliser des crédits internationaux à partir de 2036.
  • L’Allemagne risque de dépasser ses projections d’émissions de CO₂ de 100 millions de tonnes d’ici 2030, malgré un objectif de -65 % et un plan en 67 points.
  • La France doit accélérer sa réduction d’émissions (-50 % d’ici 2030), principalement freinée par le secteur des transports, responsable d’un tiers des émissions nationales.
  • L’Italie reporte la fermeture de ses centrales à charbon à 2038, un choix critiqué par les ONG et l’opposition, alors que la transition énergétique reste insuffisante.
  • L’Espagne, en revanche, pourrait dépasser son objectif (-32 %) en atteignant -41,4 % d’ici 2030 grâce à un bouquet électrique déjà largement décarboné.
  • Les Pays-Bas sont en retard sur leurs objectifs, avec une réduction de 55 % des émissions « extrêmement improbable » d’ici 2030, selon un rapport de 2025.

Des objectifs contraignants, mais des trajectoires nationales divergentes

L’Union européenne a acté en 2020 un objectif de réduction des émissions de 55 % d’ici 2030, un engagement devenu obligatoire pour ses 27 États membres en 2021. Cet objectif s’accompagne d’une feuille de route vers la neutralité carbone en 2050, et d’une étape intermédiaire : une réduction de 90 % des émissions nettes d’ici 2040, par rapport à 1990. Pour y parvenir, Bruxelles a ouvert une porte à l’utilisation de crédits internationaux de haute qualité, à partir de 2036, dans la limite de 5 % des émissions nettes de l’UE en 1990. Ces crédits, issus de projets de réduction d’émissions à l’étranger, permettraient aux États de compenser une partie de leurs propres émissions.

« C’est un recul risqué qui sape le principe selon lequel les objectifs climatiques doivent entraîner de réelles réductions d’émissions sur le territoire national. »
Sarah Heck, Climate Action Tracker

L’Allemagne, locomotive économique en difficulté

Première économie de l’UE, l’Allemagne s’est fixée un objectif de réduction de 65 % de ses émissions d’ici 2030, inscrit dans sa loi fédérale sur la protection du climat. En mars 2026, le chancelier Friedrich Merz a présenté un plan en 67 mesures pour tenter de rattraper le retard accumulé. Parmi les actions prévues : le renforcement des énergies renouvelables avec l’ajout de 12 gigawatts de capacités éoliennes terrestres, des incitations pour les véhicules électriques, et des mesures de protection des forêts et des sols. Pourtant, selon un rapport du Conseil d’experts pour le changement climatique, le pays risque de dépasser ses projections d’émissions de CO₂ de jusqu’à 100 millions de tonnes.

En 2025, les émissions de gaz à effet de serre en Allemagne sont restées quasi stables, avec une baisse dans l’industrie et l’énergie, compensée par des hausses dans les secteurs du bâtiment et des transports. Le secteur de l’utilisation des terres, des changements d’affectation des terres et de la foresterie (UTCATF) n’est plus considéré comme un puits de carbone, mais comme une source d’émissions, une tendance qui devrait se poursuivre jusqu’en 2045. Par ailleurs, Berlin a récemment assoupli un projet de loi visant à remplacer les chaudières à énergies fossiles par des solutions plus propres, une décision dénoncée par la cheffe des Verts, Katherina Droege, comme un « renoncement complet aux objectifs climatiques de l’Allemagne ».

La France, freinée par les transports et un rythme trop lent

La France s’est engagée à réduire de 50 % ses émissions d’ici 2030. En 2025, le pays a été le premier fournisseur d’électricité propre de l’UE, grâce à son parc nucléaire, avec seulement 5,2 % d’électricité produite à partir d’énergies fossiles. Selon le think tank Ember, la part des énergies renouvelables dans le bouquet électrique français a fortement progressé, mais les émissions continuent de baisser à un rythme insuffisant : 1,5 % en 2025, après 1,8 % en 2024 et 6,8 % en 2023.

Pour atteindre son objectif, la France doit réduire ses émissions de 4,6 % par an, soit plus de trois fois le rythme actuel. Le secteur des transports, responsable d’un tiers des émissions nationales, n’a vu ses émissions baisser que de 1,4 % en 2025, loin de l’objectif annuel de 5 %. Lors de la conférence sur la transition énergétique de Santa Marta en avril 2026, Paris a présenté une feuille de route nationale pour sortir des énergies fossiles : arrêt du charbon d’ici 2030, du pétrole d’ici 2045 et du gaz pour la production d’électricité d’ici 2050. Cependant, l’incertitude persiste quant à la capacité du pays à respecter ces échéances, en particulier pour l’objectif 2030.

L’Italie, entre retard sur le charbon et avancées limitées

L’Italie doit réduire ses émissions de 43,7 % d’ici 2030. Le pays a enregistré une progression notable des énergies renouvelables, avec 41 % de sa consommation électrique issue de sources propres en 2025, dont 14,5 % provenant du solaire. Pourtant, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) souligne qu’une « accélération significative » des renouvelables reste nécessaire pour atteindre les objectifs fixés. Malgré cela, Rome a décidé de repousser la fermeture définitive de ses centrales à charbon à 2038, soit treize ans après le calendrier initial, une décision vivement critiquée par les ONG et l’opposition.

« Une négligence climatique. »
Angelo Boneli, chef du parti écologiste Europa Verde

Un rapport 2026 de l’Institut supérieur pour la protection et la recherche environnementales (ISPRA) met en garde contre les « problèmes critiques » rencontrés par l’Italie dans sa transition énergétique, notamment pour la décarbonation des transports et l’efficacité des systèmes de production. Selon l’ISPRA, il est peu probable que le pays respecte son objectif pour 2030.

L’Espagne, modèle de transition énergétique en Europe

L’Espagne, souvent citée comme l’une des économies les plus avancées en matière de transition énergétique, vise une réduction de 32 % de ses émissions d’ici 2030. Le pays a déjà dépassé la moyenne européenne avec 75 % de son électricité produite à partir de sources propres en 2025, dont une part importante d’éolien et de solaire. En vingt ans, les émissions du secteur électrique espagnol ont chuté de plus des deux tiers.

Madrid a récemment présenté un plan de transition énergétique de 9 milliards d’euros, incluant des mesures pour améliorer l’efficacité énergétique des logements, encourager le partage d’électricité entre communautés, et offrir des transports publics quasi gratuits aux ménages à faibles revenus. Selon l’Observatoire européen de la neutralité climatique (ECNO), l’Espagne pourrait dépasser son objectif et atteindre une réduction de 41,4 % de ses émissions d’ici 2030, à condition de maintenir ses politiques d’absorption du carbone et de renforcement des énergies propres. Le Premier ministre Pedro Sánchez a rappelé que la transition verte ne réussirait que si elle est « juste », mettant en garde contre les risques liés à la « rhétorique climatosceptique ».

Les Pays-Bas, un bilan contrasté et des défis persistants

Les Pays-Bas, souvent perçus comme un pays vert, affichent un bilan contrasté selon l’AEE. Amsterdam est devenue en 2026 la première capitale mondiale à interdire la publicité pour les produits nocifs pour le climat dans l’espace public, rejointe par plusieurs autres communes comme Utrecht ou La Haye. Avec 46 % de son électricité produite à partir de l’éolien et du solaire en 2025, le pays se distingue par sa production solaire par habitant, la plus élevée d’Europe.

Pourtant, les Pays-Bas restent très dépendants des combustibles fossiles, notamment du gaz. Les émissions d’azote, jugées excessives depuis une décision du Conseil d’État en 2019, continuent de freiner l’agriculture et la construction. Un rapport de 2025 de l’agence PBL Netherlands Environmental Assessment Agency estime qu’il est « extrêmement improbable » que le pays atteigne une réduction de 55 % de ses émissions d’ici 2030. Le déploiement des grands projets de durabilité est en panne, avec des retards dans les parcs éoliens en mer, et les réductions d’émissions prévues après 2030 restent très limitées.

Et maintenant ?

L’échéance de 2030 se rapproche, et les États membres de l’UE doivent accélérer leurs efforts pour respecter leurs engagements. Pour les plus en retard, comme l’Allemagne ou les Pays-Bas, des mesures supplémentaires pourraient être nécessaires, sous peine de sanctions ou de recours à des mécanismes de compensation moins vertueux. À l’inverse, des pays comme l’Espagne pourraient servir de modèle, en prouvant qu’une transition énergétique ambitieuse est possible sans sacrifier la justice sociale. Une réunion du Conseil européen est prévue en décembre 2026 pour faire un premier bilan collectif et ajuster les stratégies nationales. Reste à voir si les bonnes intentions se traduiront par des actions concrètes.

Si les objectifs climatiques de l’UE restent un cap essentiel pour lutter contre le réchauffement, leur réussite dépendra de la capacité des États à dépasser les contradictions et à aligner leurs politiques sur l’urgence de la situation.

L’UE a mis en place un système de surveillance et de reporting des émissions, mais les sanctions financières pour non-respect des objectifs restent limitées. En revanche, les États pourraient être tenus de présenter des plans correctifs plus ambitieux ou de compenser leurs retards via des projets internationaux. La Commission européenne peut aussi engager des procédures d’infraction, bien que celles-ci soient souvent longues et complexes.

Ces crédits permettent aux États de financer des projets de réduction d’émissions dans d’autres pays (reboisement, énergies renouvelables, etc.) et de comptabiliser ces réductions dans leurs propres objectifs nationaux. Ils sont plafonnés à 5 % des émissions de l’UE en 1990 et ne pourront être utilisés qu’à partir de 2036 pour atteindre l’objectif 2040. Une partie des experts craint qu’ils ne servent à retarder les réductions d’émissions au niveau national.