Avec un déficit commercial record de 359,9 milliards d’euros en 2025, l’Europe cherche à moins dépendre de la Chine pour ses industries stratégiques. Selon Euronews FR, la Commission européenne a officiellement acté, le 29 mai dernier, sa volonté de rééquilibrer ses relations économiques avec Pékin, jugeant « l’état actuel des relations commerciales et d’investissement n’est plus soutenable ».

Cette dépendance expose l’Union européenne à des risques majeurs : ruptures d’approvisionnement, fluctuations des prix, voire pressions géopolitiques. Pour y remédier, Bruxelles privilégie désormais une stratégie de « réduction des risques » plutôt que d’un découplage total, en ciblant des secteurs clés comme l’automobile, les technologies vertes ou encore les machines. Autant dire que la transition s’annonce complexe.

Ce qu'il faut retenir

  • Déficit commercial UE-Chine : 359,9 milliards d’euros en 2025, en hausse de 2,7 % par rapport à 2024 (559,4 milliards d’importations chinoises, soit 22,3 % du total des importations européennes).
  • 64 produits stratégiques sur 204 dépendants de pays tiers proviennent de Chine, selon une étude de la Commission européenne publiée en 2024.
  • La Chine fournit 100 % des terres rares lourdes, 98 % des panneaux solaires, 54,4 % des machines et véhicules et 9,8 % des produits chimiques à l’UE.
  • Bruxelles mise sur une diversification des chaînes d’approvisionnement, un renforcement des stocks et une augmentation des capacités de production locales.
  • Quatre réglementations européennes — règlement sur les matières premières critiques, règlement sur l’accélération industrielle, EU Chips Act et Net Zero Industry Act — visent à réduire ces vulnérabilités.

Une dépendance qui s’aggrave malgré les alertes

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, les importations européennes en provenance de Chine ont progressé de 6,4 % par rapport à 2024, atteignant 559,4 milliards d’euros. Un niveau qui représente 22,3 % de l’ensemble des importations du bloc, selon les données communiquées par Euronews FR. Face à cette situation, la Commission européenne a tiré la sonnette d’alarme dès le 29 mai, estimant que « l’état actuel des relations commerciales et d’investissement n’est plus soutenable ».

Cette dépendance n’est pas seulement économique. Elle touche des secteurs vitaux pour la transition verte et la sécurité économique de l’UE. La Chine contrôle aujourd’hui 100 % des terres rares lourdes, des minerais indispensables à la fabrication des batteries et des éoliennes. Elle domine également 98 % du marché des panneaux solaires, 54,4 % de celui des machines et véhicules, et 9,8 % des produits chimiques. Une concentration des approvisionnements qui laisse l’Europe vulnérable aux chocs d’offre ou aux décisions politiques de Pékin.

Bruxelles mise sur la réduction des risques plutôt que sur un découplage brutal

Plutôt que d’envisager un découplage total avec la Chine, l’Union européenne opte pour une approche pragmatique : la réduction des risques. Cette stratégie, officiellement annoncée fin mai, vise à traiter les « goulets d’étranglement » là où Pékin détient un levier important. L’objectif ? Limiter la surexposition de l’Europe à des secteurs critiques, tout en évitant un choc économique brutal.

Plusieurs mesures concrètes sont envisagées. D’abord, l’augmentation des capacités de production européennes dans les secteurs ciblés, notamment les technologies vertes et l’automobile. Ensuite, le renforcement des stocks stratégiques pour éviter les ruptures d’approvisionnement. Enfin, la diversification des chaînes d’approvisionnement, avec une attention particulière portée aux matières premières et aux intrants des technologies propres. « Nous devons agir là où notre dépendance est la plus forte », a souligné un porte-parole de la Commission, cité par Euronews FR.

Des outils réglementaires déjà en place, mais une transition coûteuse

L’UE ne part pas de zéro. Plusieurs textes législatifs ont déjà été adoptés pour réduire sa vulnérabilité. Parmi eux, le règlement sur les matières premières critiques, qui vise à sécuriser l’approvisionnement en minerais stratégiques, ou encore le Net Zero Industry Act, qui soutient la production locale de technologies propres. L’EU Chips Act, adopté en 2023, cherche quant à lui à relocaliser une partie de la production de semi-conducteurs, tandis que le règlement sur l’accélération industrielle doit faciliter les investissements dans les secteurs clés.

Pourtant, cette transition ne sera pas sans conséquences. Selon les experts, elle pourrait entraîner des coûts plus élevés, une montée en puissance plus lente des industries européennes, et une longue période de transition avant que l’UE ne puisse se passer des capacités chinoises. « Remplacer du jour au lendemain les importations chinoises n’est pas réaliste », reconnaît un haut fonctionnaire européen sous couvert d’anonymat. « Cela prendra des années, et coûtera cher. »

Et maintenant ?

La Commission européenne devrait détailler dans les prochains mois les mesures concrètes de sa stratégie de réduction des risques. Une consultation publique est déjà en cours, et des propositions législatives pourraient être présentées d’ici la fin de l’année 2026. Par ailleurs, les États membres sont appelés à accélérer leurs investissements dans les secteurs stratégiques, notamment via des partenariats public-privé. Reste à voir si ces efforts suffiront à réduire significativement la dépendance européenne à la Chine, sans pénaliser la compétitivité du continent.

Pour approfondir le sujet, Euronews FR propose un chatbot d’intelligence artificielle permettant de poser des questions sur les mesures déjà mises en place par l’UE pour renforcer son autonomie stratégique.

Les secteurs les plus concernés sont les terres rares (100 % de la production chinoise), les panneaux solaires (98 %), les machines et véhicules (54,4 %) et les produits chimiques (9,8 %). Ces domaines sont cruciaux pour la transition verte et la sécurité économique de l’UE.