Une dizaine de pays de l’Union européenne, menés par la République tchèque, ont réclamé mardi 20 mai 2026 à Bruxelles une réduction des populations de grands cormorans. Selon Le Figaro, ces États – dont la Pologne, la Suède et la Croatie – dénoncent les « impacts croissants » de cet oiseau migrateur sur les stocks de poissons, qu’ils jugent économiquement intenables pour les pêcheurs et les pisciculteurs.

La mesure, portée à l’ordre du jour d’une réunion des ministres de l’Agriculture et de la Pêche, vise à faire passer le cormoran d’une espèce strictement protégée à une espèce chassable, en dehors des périodes de reproduction et d’élevage des petits. Un changement de statut qui, s’il aboutit, permettrait de mieux contrôler sa démographie en Europe, où l’on estime sa population à 2 millions d’individus consommant annuellement 180 kg de poissons par an.

Ce qu'il faut retenir

  • Dix pays de l’UE, dont la République tchèque, la Pologne, la Suède et la Croatie, réclament une réduction des populations de grands cormorans pour limiter leur impact sur les stocks de poissons.
  • Ces États veulent faire passer le cormoran d’une espèce protégée à une espèce chassable, en dehors des périodes de reproduction et d’élevage des petits.
  • La population européenne de grands cormorans est estimée à 2 millions d’individus, avec une consommation annuelle de 180 kg de poissons par oiseau.
  • Le grand cormoran est protégé au niveau européen depuis 1979, mais des dérogations permettent déjà des régulations locales.
  • Cette initiative rappelle le débat récent sur l’assouplissement du statut de protection du loup en 2025, qui avait suscité de vives réactions parmi les défenseurs de la biodiversité.

Un prédateur accusé de menacer les écosystèmes et les activités humaines

Les pays signataires de la demande soulignent les dégâts causés par le grand cormoran, notamment en mer Baltique. La ministre finlandaise de l’Agriculture, Sari Essayah, a ainsi affirmé devant la presse à Bruxelles que cet oiseau « cause beaucoup de problèmes » dans cette région. Les pêcheurs et pisciculteurs dénoncent des pertes économiques liées à la prédation exercée sur des espèces comme le brochet, la truite ou l’ombre commun, des poissons prisés par les professionnels comme par les amateurs.

Pour ces États, la solution passe par une régulation accrue. Actuellement, le grand cormoran bénéficie d’un statut de protection au niveau européen, encadré par la directive « Oiseaux » de 1979. Cependant, des dérogations existent déjà pour limiter ses effectifs dans certaines zones. La proposition en discussion vise à élargir ces possibilités, en autorisant une chasse plus large hors des périodes sensibles pour l’espèce.

Un débat qui s’inscrit dans une tendance européenne de remise en cause des protections strictes

Cette initiative s’inspire directement d’un précédent récent : en 2025, l’Union européenne a assoupli le statut de protection du loup, passant d’une protection « stricte » à une protection « standard ». Cette décision avait été prise pour répondre aux revendications des éleveurs, confrontés à une augmentation des attaques de meutes sur leurs troupeaux. À l’époque, les associations de défense de l’environnement avaient craint que cette évolution n’ouvre la voie à des relâchements similaires pour d’autres espèces, comme le cormoran, l’ours ou le lynx.

Les défenseurs de la biodiversité s’inquiètent donc de cette tendance. Pour eux, réduire les populations de cormorans sans évaluer pleinement l’impact écologique pourrait déséquilibrer les écosystèmes aquatiques. Ces oiseaux jouent en effet un rôle dans la régulation des poissons et participent à la chaîne alimentaire, notamment en limitant la prolifération d’espèces invasives ou en servant de proie à d’autres animaux.

Et maintenant ?

Les discussions entre ministres devraient se poursuivre dans les prochains mois, avec l’objectif de dégager un consensus parmi les États membres. Une décision formelle sur le statut du cormoran n’est pas attendue avant la fin 2026, voire le début 2027. En attendant, les associations environnementales ont déjà annoncé qu’elles mobiliseraient leurs réseaux pour défendre l’espèce. Le débat illustre une fois de plus les tensions entre protection de la biodiversité et impératifs économiques, un équilibre que l’UE tente de trouver depuis plusieurs années.

Un sujet qui divise aussi au-delà des frontières européennes

La question du cormoran n’est pas nouvelle. En France, par exemple, des conflits opposent régulièrement pêcheurs et défenseurs de l’oiseau depuis des décennies. Certains professionnels n’hésitent d’ailleurs pas à prendre des mesures radicales pour protéger leurs stocks : chaque année, des associations dénoncent des tirs illégaux ou des destructions de nids, malgré le statut protégé de l’espèce. En 2023, une étude de l’Office français de la biodiversité avait estimé que la population de grands cormorans en France avoisinait les 60 000 individus, avec une croissance constante depuis les années 1990.

La Commission européenne devra donc arbitrer entre les arguments économiques des pays demandeurs et les exigences écologiques portées par les défenseurs de la nature. Une chose est sûre : le débat ne manquera pas d’alimenter les discussions lors des prochaines négociations sur la politique agricole commune, où la question de la gestion des espèces sauvages est devenue un sujet récurrent.

Des alternatives envisagées pour concilier écologie et économie

Si certains pays misent sur une régulation par la chasse, d’autres solutions sont envisagées pour limiter l’impact du cormoran sur les poissons. Parmi elles, la mise en place de filets de protection autour des zones de ponte des poissons ou l’utilisation de systèmes de dissuasion sonore dans les zones de pêche intensive. Ces méthodes, déjà testées dans plusieurs pays, pourraient être encouragées par l’UE comme alternatives aux prélèvements directs sur les populations de cormorans.

Quoi qu’il en soit, la question dépasse largement le cadre strict des conflits entre pêcheurs et oiseaux. Elle pose, une fois encore, la question de la gestion des espèces sauvages dans un continent où les espaces naturels se réduisent et où les activités humaines empiètent toujours davantage sur les habitats naturels. Reste à savoir si l’Europe parviendra à trouver un équilibre durable, ou si elle continuera à naviguer entre pressions économiques et impératifs écologiques.

Le grand cormoran bénéficie d’une protection au niveau européen depuis 1979, date à laquelle la directive « Oiseaux » a été adoptée. Cette mesure vise à préserver les espèces migratrices menacées par la dégradation de leurs habitats ou la chasse intensive. Des dérogations existent cependant pour réguler les populations dans certaines zones, notamment lorsque des conflits avec les activités humaines sont avérés.

Les ministres de l’Agriculture et de la Pêche de l’UE devront discuter de cette proposition lors de leurs prochaines réunions. Une décision formelle sur le statut du cormoran n’est pas attendue avant la fin 2026 ou le début 2027. En attendant, les États membres devront s’accorder sur les modalités d’une éventuelle régulation, notamment en évaluant son impact écologique et économique.