Quelques jours avant la finale de la Ligue des champions 2026, José María Fernández de Brito a reçu un visiteur inattendu chez lui, dans le quartier ouvrier de Pumarín à Gijón. Ce dernier n’était autre que Luis Enrique, l’entraîneur du Paris Saint-Germain, avec qui il partage une amitié de près de cinq décennies. Selon RMC Sport, Brito, son premier mentor, évoque avec affection celui qu’il considère comme un fils, retraçant le parcours du futur technicien du PSG depuis ses années de futsal jusqu’à son ascension dans le football professionnel.

Ce qu'il faut retenir

  • Luis Enrique était déjà un « chef de bande » dès son enfance à Gijón, selon son premier mentor José María Fernández de Brito, qui l’a formé au futsal entre 7 et 11 ans.
  • Il a débuté au Real Sporting de Gijón avant de rejoindre le Real Madrid à 21 ans, un choix imposé par la carrière plutôt que par un rêve personnel.
  • Son passage au Barça en 1996, après des tensions au Real, a marqué un tournant dans sa carrière et sa vie.
  • Brito souligne la sensibilité et les principes inculqués par les parents de Luis Enrique, qu’il conserve malgré les critiques sur son caractère.
  • Depuis son arrivée au PSG en 2023, l’entraîneur a reconstruit l’équipe à son image, malgré les critiques sur son management.
  • Sa popularité à Gijón l’empêche désormais de vivre normalement dans sa ville natale, où il ne peut plus se promener librement.

Sur les étagères de la bibliothèque de Brito, une plaque gravée rappelle l’affection que lui portent Luis Enrique et Abelardo Fernández, deux figures emblématiques du Barça. Selon RMC Sport, ce trophée de futsal des Asturies, remporté il y a 45 ans avec le club du Xeitosa, symbolise le début d’une amitié qui a traversé les décennies. Brito garde précieusement des photos d’enfance de Luis Enrique, qu’il décrit comme un enfant déjà doté d’un tempérament de leader.

Un enfant déjà chef de bande

« Les caractéristiques de Luis Enrique aujourd’hui, il les avait déjà quand il était petit », confie Brito. À ses côtés, Luis formait un trio avec son frère Felipe et Abelardo. « Il était le chef de bande, celui qui dirigeait. Le frère faisait ce qu’il disait, et Abelardo était le trouillard : quand ils faisaient une bêtise, c’est toujours lui qui partait en courant le premier. » Sur le terrain, Luis se distinguait par son esprit combatif, une qualité qu’il a conservée tout au long de sa carrière. « Déjà à l’époque, il avait cet esprit de diriger, de dire : *C’est moi qui commande et on va faire ça comme ça*. » »

Brito se souvient aussi de sa relation étroite avec le futur entraîneur. « Je me définissais comme quelqu’un en qui il avait confiance, quelqu’un dont le caractère était très similaire au sien. On avait une relation très proche. Si proche que, un jour, alors qu’il jouait au Sporting de Gijón, il est venu me voir en février pour m’annoncer : *« J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer. J’ai signé au Real Madrid. »* » Il savait que Brito, supporter du Real, apprécierait l’annonce.

Un choix de carrière dicté par la réalité

Malgré son attachement au Barça, Luis Enrique n’a jamais eu l’opportunité de le rejoindre directement. « Soyons clairs, Luis a toujours eu un penchant pour le Barça », explique Brito. Une anecdote illustre ce lien : lors d’un café avec Abelardo, alors tous deux au Sporting, le propriétaire de l’établissement, un ami de Brito et supporter du Real, avait suggéré à Abelardo que le maillot blanc lui irait bien. Luis Enrique aurait alors bondi de sa chaise pour rétorquer : *« Si tu mets le maillot du Real Madrid, moi j’arrête de te parler. »* Un an plus tard, il signait pourtant au Real Madrid. « Quand tu es aussi jeune et que le Real Madrid arrive… Tu ne vas pas refuser parce que tu es pour le Barça, bon sang ! » »

Son passage au Real, à 21 ans, a été marqué par des difficultés. « Il y a des années que Luis a mal vécu, notamment à cause des ultras du Real Madrid », précise Brito. Arrivé avec une équipe déjà étoilée, il a dû se battre pour s’imposer, jouant à différents postes avant de trouver sa place. « Parfois, c’est comme ça le football. » Son tempérament l’a finalement aidé à s’imposer, malgré un environnement hostile.

Une sensibilité familiale ancrée

Brito évoque une conversation marquante lors d’un trajet en voiture à Barcelone. « Luis m’a dit : *« Brito, un jour j’ai posé la main sur le genou de mon père et je lui ai dit *Papa, je suis tellement reconnaissant envers toi, si tu savais comme je t’aime*. * Et il m’a dit qu’il avait vu des larmes couler sur son visage. » » Pour Brito, cette anecdote résume la sensibilité de Luis Enrique, une qualité rare dans le milieu du football. « Ce gamin que j’ai connu a grandi, mais il continue d’avoir ces principes que ses parents lui ont inculqués depuis tout petit. À 56 ans, il les maintient toujours. » »

Cette authenticité contraste avec les critiques souvent adressées à l’entraîneur parisien. « Quand on parle mal de Luis Enrique, ou qu’on le taxe de prétentieux, d’arrogant, de suffisant… Je me dis que les gens le jugent sans le connaître. Ça ne me met pas en colère, ça me rend triste. » » Brito défend celui qu’il considère comme un fils, soulignant que ses principes, bien que parfois mal perçus, font partie de son identité.

Une reconstruction à Paris, loin des critiques

Depuis son arrivée au PSG en 2023, Luis Enrique a reconstruit l’équipe à son image. « Quand il est arrivé, il s’est retrouvé face à des stars comme Messi, Neymar, Mbappé… Et qu’est-ce qu’il a obtenu ? Rien, parce que c’était imposé. Comme si un chef d’orchestre voulait un pianiste et qu’on lui envoyait un guitariste. Ça ne peut pas fonctionner », explique Brito. « Quand il a dit : *« Attendez, moi je veux construire mon équipe »*, et qu’il a commencé à le faire, il y avait des joueurs que personne ne connaissait. Il leur a inculqué ce qu’il voulait. » »

Ce management a porté ses fruits, avec un titre de champion de France en 2024 et une finale de Ligue des champions en 2026. « Dans ce monde du football, le seul que j’ai vu faire ça jusqu’à présent, c’est le président du PSG. Il a dit : *« Qu’est-ce que tu veux ? De quoi as-tu besoin ? »* Dans la mesure du possible, il le lui a donné. Le résultat, vous le voyez. » » Brito relativise les critiques sur le caractère de l’entraîneur : « Dans cette vie, on trouve toujours des objections à tout, et Luis Enrique ne peut pas faire exception. » »

Des racines asturiennes, un exil forcé

Malgré son succès, Luis Enrique reste profondément attaché à Gijón et aux Asturies. « Quand Luis vient ici, il ne peut plus se balader comme avant dans les rues de la ville », explique Brito. Sa popularité l’empêche désormais de vivre normalement : une simple sortie pour boire un cidre ou manger une tortilla se transforme en une séance d’autographes. « Il me dit qu’il ne sait plus par où passer, qu’il ne peut profiter de rien. » »

Brito reconnaît que cette situation attriste l’entraîneur, bien qu’il minimise l’importance du problème. « Je peux vous dire qu’il ne peut pas profiter comme il voudrait. Nous sommes des privilégiés par rapport à lui sur bien des points. » » Il ajoute, optimiste : « On lui dit de ne pas s’inquiéter, que c’est l’euphorie de quelques années, qu’après il pourra profiter, parce que la vie est longue. Il faut minimiser l’importance de ces choses. » » Pour Brito, cette liberté, Luis Enrique la retrouvera quand il quittera le football.

Et maintenant ?

La finale de la Ligue des champions 2026, programmée ce samedi 30 mai au Stade Santiago-Bernabéu à Madrid, pourrait marquer un nouveau chapitre dans la carrière de Luis Enrique. Si le PSG l’emporte, l’entraîneur pourrait voir sa place au club renforcée pour les saisons à venir. Son avenir en sélection espagnole, après l’Euro 2024, reste également un sujet d’interrogation, bien que Brito estime que « le résultat vous le voyez » sur le terrain parisien. Pour l’heure, Luis Enrique reste concentré sur l’essentiel : mener son équipe vers la victoire, comme il l’a toujours fait depuis le Xeitosa.

Quant à Brito, il continue de veiller sur son « Luisin », comme il l’appelle affectueusement. « Je suis très heureux pour lui, pour sa famille. J’adore le voir heureux. C’est juste cette liberté qui lui manque, et je crois qu’il l’obtiendra quand il arrêtera le football. » »

Selon son premier mentor José María Fernández de Brito, le choix du Real Madrid en 1991, à 21 ans, était davantage une opportunité de carrière qu’un rêve personnel. « Quand le Real Madrid arrive… Tu ne vas pas refuser parce que tu es pour le Barça, bon sang ! » a-t-il expliqué. Luis Enrique, bien que supporter du Barça, a dû saisir cette chance pour progresser dans le football professionnel.

D’après Brito, l’entraîneur parisien a reconstruit l’équipe à son image en s’appuyant sur des joueurs moins connus, leur inculquant sa philosophie. « Quand il a dit : *« Moi je veux construire mon équipe »*, il a obtenu les moyens de le faire », précise-t-il. Cette approche a permis au PSG de remporter le championnat de France en 2024 et de se qualifier pour la finale de la Ligue des champions 2026.