Selon Euronews FR, le gouvernement ukrainien a réitéré sa volonté d'accélérer le processus d'adhésion à l'Union européenne en demandant l'ouverture dès juin des six groupes de négociation, initialement prévue pour juillet. Cette demande s'inscrit dans un contexte où Kyiv estime avoir déjà accumulé un retard significatif sur le calendrier initialement établi par Bruxelles.
Ce qu'il faut retenir
- Kyiv souhaite l'ouverture des six groupes de négociation dès juin, contre une échéance initialement fixée à juillet, selon les déclarations de Taras Kachka, vice-Premier ministre ukrainien chargé de l'Intégration européenne.
- L'Ukraine considère que le travail préparatoire est déjà achevé, ce qui explique son impatience face aux délais administratifs.
- La Hongrie, sous le gouvernement précédent de Viktor Orbán, avait bloqué le processus, notamment en raison des tensions autour de la minorité hongroise en Transcarpatie.
- Le nouveau gouvernement hongrois, dirigé par Péter Magyar, affirme désormais vouloir adopter une position plus constructive, sans pour autant lever officiellement son veto.
- Kyiv rejette catégoriquement toute proposition de statut de membre associé, réaffirmant son droit à une adhésion complète et rapide.
Une accélération sous pression du calendrier européen
Dans une déclaration à Euronews FR, Taras Kachka a souligné que les six groupes de négociation pourraient être ouverts dès juin, alors que la Commission européenne avait évoqué une ouverture progressive, avec un premier groupe en juin sous la présidence chypriote, suivie des cinq autres d'ici juillet sous la présidence irlandaise. « Nous pensons que les six groupes peuvent être ouverts dès le mois de juin », a-t-il affirmé. « Selon notre calendrier, nous avons déjà pris du retard sur l'échéance. »
Ces propos interviennent alors que Marta Kos, commissaire européenne à l'Élargissement, avait indiqué que Bruxelles pourrait ouvrir officiellement les négociations dès le mois prochain, malgré les blocages passés. Les groupes de négociation couvrent des domaines clés comme l'État de droit, la réforme judiciaire ou encore la gestion du budget, chacun devant être validé par les 27 États membres à l'unanimité.
La Hongrie, obstacle récurrent ou partenaire inattendu ?
Le principal frein au processus d'adhésion ukrainien ces dernières années n'était autre que la Hongrie, dirigée jusqu'en avril 2025 par Viktor Orbán. Budapest s'était opposée à l'ouverture des négociations en raison des tensions persistantes avec Kyiv autour de la région de Transcarpatie, où vit une importante minorité hongroise. La question des droits de cette communauté reste un sujet sensible, bien que Taras Kachka ait assuré que l'Ukraine traite cette minorité « avec le plus grand respect ».
Pourtant, depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement hongrois dirigé par Péter Magyar, les signaux semblent plus encourageants. Anita Orbán, ministre hongroise des Affaires étrangères, a déclaré que Budapest « ne bloquera rien » concernant le processus d'adhésion ukrainien. Une déclaration que Kyiv prend au sérieux, même si les discussions sur les droits des minorités n'en sont qu'à leurs débuts. « Ce que nous avions proposé au précédent gouvernement, et que nous continuons de proposer à l'actuel, c'est d'ajuster la législation afin que chacun sache que cette ambiance extrêmement positive ne changera pas à terme », a précisé Taras Kachka.
Un travail préparatoire déjà réalisé, selon Kyiv
L'Ukraine affirme avoir déjà rempli l'essentiel des critères requis pour l'adhésion, ce qui rend le retard accumulé d'autant plus frustrant pour ses dirigeants. « Tout est déjà fait, et c'est pour cela que nous sommes déjà en retard sur le calendrier », a reconnu Taras Kachka. Selon lui, trois groupes de négociation étaient prêts à être ouverts il y a un an, avant que la Hongrie ne commence à bloquer officiellement le processus. En mars 2026, Bruxelles avait indiqué, de manière officieuse, qu'elle pourrait ouvrir les six groupes, couvrant notamment les réformes internes, le budget et la justice.
Le vice-Premier ministre ukrainien a également pointé du doigt ce qu'il qualifie de « préjugé » envers son pays, estimant que le processus d'adhésion ukrainien a en réalité débuté il y a plus de quinze ans, lors des négociations sur l'accord d'association. « Pour l'Ukraine, ce processus a commencé il y a environ 15 ans, voire plus tôt, lorsque nous avons négocié l'accord d'association pendant de très nombreuses années », a-t-il expliqué. Il a ajouté que tous les critères définis par l'UE pourraient être remplis en 8 à 12 mois si les négociations étaient enfin lancées.
Le rejet catégorique d'un statut de membre associé
La proposition du chancelier allemand Friedrich Merz, évoquant la possibilité d'accorder à l'Ukraine un statut de « membre associé » sans droit de vote, a été balayée d'un revers de main par Kyiv. Taras Kachka a qualifié cette idée d'« inacceptable », rappelant que le président Volodymyr Zelensky avait déjà rejeté cette option. « Il n'y a pas d'alternative à une adhésion rapide, fondée sur les mérites, mais complète à l'Union européenne », a-t-il martelé. Pour l'Ukraine, seule une pleine intégration est envisageable, et toute autre solution serait perçue comme une régression.
Cette position s'inscrit dans une dynamique où l'Ukraine mise sur une adhésion accélérée, notamment en raison du contexte géopolitique actuel. Depuis le début de l'invasion russe en février 2022, Kyiv a fait de l'adhésion à l'UE une priorité stratégique, symbolisant son ancrage vers l'Occident. Pourtant, malgré les avancées législatives réalisées, les blocages politiques persistent, rappelant que le chemin vers Bruxelles reste semé d'embûches.
Reste à savoir si les 27 États membres parviendront à surmonter leurs divergences d'ici l'été. Une chose est sûre : pour l'Ukraine, chaque mois de retard équivaut à une perte de temps dans un contexte où chaque jour compte face à l'agression russe.
La Hongrie, sous la présidence de Viktor Orbán, s'opposait à l'ouverture des négociations en raison des tensions persistantes avec l'Ukraine autour de la région de Transcarpatie, où vit une importante minorité hongroise. Budapest exigeait des garanties sur les droits de cette communauté avant d'approuver le processus. Depuis l'arrivée au pouvoir de Péter Magyar en avril 2025, Budapest a adopté une position plus ouverte, sans pour autant lever officiellement son veto.