L’Union européenne a choisi de ne pas adopter une interdiction formelle des thérapies de conversion à l’échelle du continent, malgré une mobilisation citoyenne sans précédent. Selon Le Monde - Politique, la Commission européenne a préféré adopter une position incitative, laissant aux États membres le soin de légiférer contre ces pratiques controversées. Une pétition, soutenue par plus d’un million de signataires et relayée par des personnalités comme la chanteuse belge Angèle ou l’ancien Premier ministre français Gabriel Attal, avait pourtant fait pression pour un engagement fort de Bruxelles.
Ce qu'il faut retenir
- Une pétition transnationale a recueilli plus d’un million de signatures en 2025 pour demander l’interdiction des thérapies de conversion au niveau européen.
- La Commission européenne ne propose pas de texte contraignant mais encourage les États membres à agir via des recommandations.
- Parmi les soutiens de la pétition figuraient Angèle (chanteuse belge) et Gabriel Attal (ancien Premier ministre français).
- Ces pratiques, visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, restent autorisées dans plusieurs pays de l’UE.
La Commission européenne a justifié sa position par la nécessité de respecter les compétences nationales en matière de santé et de droits des minorités. Dans un communiqué publié ce 16 mai 2026, elle a rappelé que 20 des 27 États membres disposent déjà de cadres légaux ou de projets de loi pour encadrer ou interdire ces méthodes. Bruxelles mise donc sur une approche progressive, plutôt que sur une harmonisation par le haut.
« Les thérapies de conversion sont une violation grave des droits humains », a souligné Vera Jourová, vice-présidente de la Commission chargée des valeurs et de la transparence, lors d’une conférence de presse à Strasbourg. Elle a ajouté que « bien que l’UE ne puisse pas imposer une interdiction générale, nous appelons les États membres à adopter des mesures fortes ». Selon elle, ces pratiques, souvent associées à des violences psychologiques, concernent encore des milliers de personnes chaque année sur le continent.
Les associations LGBTQI+ ont réagi avec prudence à cette annonce. « C’est une avancée, mais insuffisante », a réagi Joël Deumier, président de SOS Homophobie, contacté par Le Monde - Politique. « Sans cadre européen contraignant, les disparités entre pays risquent de persister. En Hongrie ou en Pologne, ces thérapies restent légalement tolérées, voire encouragées dans certains cercles conservateurs. » D’autres organisations, comme l’ILGA-Europe, ont salué l’engagement verbal de la Commission mais réclamé des actes concrets, notamment via un calendrier précis pour les États réticents.
Dans l’immédiat, la pression reste forte sur les pays les plus en retard. En France, où Gabriel Attal avait porté le sujet lors de son mandat, un projet de loi est en discussion à l’Assemblée nationale, avec un vote prévu d’ici l’automne 2026. En Allemagne, une interdiction partielle existe déjà, mais des lacunes subsistent dans son application. Quant aux pays d’Europe centrale, comme la Hongrie, où le gouvernement de Viktor Orbán a multiplié les restrictions contre les personnes LGBTQI+, toute initiative européenne semble vouée à l’échec sans une mobilisation politique plus large.
Pour les militants, l’enjeu dépasse désormais le cadre juridique. « L’interdiction des thérapies de conversion doit s’accompagner de campagnes de sensibilisation », rappelle Joël Deumier. « Sans cela, même les lois les plus strictes resteront lettre morte pour les populations les plus isolées. » La Commission européenne, consciente de ce défi, a annoncé qu’elle financerait à hauteur de 5 millions d’euros sur trois ans des programmes de formation pour les professionnels de santé et de l’éducation, afin de prévenir ces dérives.
Les thérapies de conversion désignent des pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne, souvent en recourant à des méthodes psychologiques ou religieuses. Ces méthodes sont considérées comme des violations des droits humains par l’ONU et la majorité des organisations médicales internationales.
La Commission européenne s’appuie sur le principe de subsidiarité : selon les traités, les questions de santé et de droits des minorités relèvent principalement des États membres. Bruxelles privilégie donc une approche incitative, via des recommandations et des financements, plutôt qu’une interdiction uniforme.