Selon Franceinfo - Sciences, le secteur français de la lutte contre les nuisibles connaît une croissance soutenue depuis plusieurs années, portée par l’augmentation des espèces invasives et les effets du réchauffement climatique. Les entreprises spécialisées enregistrent une hausse inédite de 8 à 10 % par an de leurs interventions, un phénomène qualifié par les professionnels d’« invasion silencieuse ».
Ce qu'il faut retenir
- 8 à 10 % d’augmentation annuelle des interventions des entreprises de lutte contre les nuisibles depuis 2020.
- Le moustique tigre, vecteur de maladies comme le chikungunya, a généré 20 000 interventions en 2025, contre une activité quasi inexistante il y a quelques années.
- 80 départements sur 96 sont désormais concernés par la présence du moustique tigre.
- Près de 10 000 salariés employés dans le secteur en 2026, contre 8 200 en 2020.
- Plusieurs dizaines de milliers de nids de frelons asiatiques détruits chaque année.
- De nouvelles espèces, comme le triatoma (vecteur d’une maladie potentiellement mortelle), menacent d’arriver sur le territoire via les transports.
Un secteur en mutation face à l’expansion d’espèces invasives
Le réchauffement climatique et la mondialisation des échanges favorisent la prolifération d’espèces nuisibles autrefois absentes du territoire français. Selon Stéphane Bras, porte-parole de Prosane, fédération des entreprises du secteur, cette situation s’apparente à une « invasion silencieuse ». « Il y a quelques années, l’activité liée au moustique tigre était inexistante », rappelle-t-il. « Depuis qu’il est arrivé, on intervient de plus en plus, et maintenant, une écrasante majorité des départements, 80 sur 96, sont concernés. »
Le moustique tigre, aujourd’hui présent dans la quasi-totalité du pays, est particulièrement surveillé en raison des maladies qu’il transmet, comme le chikungunya. En 2025, il a été à l’origine de 20 000 interventions, un chiffre qui illustre l’ampleur de la menace. Stéphane Bras souligne également l’impact du frelon asiatique, dont les nids sont détruits par dizaines de milliers chaque année, une espèce qui décime les populations d’abeilles.
Des menaces émergentes et une réponse sectorielle en renforcement
Au-delà des espèces déjà établies, de nouveaux risques font leur apparition. « De nouvelles espèces entrent sur notre territoire via les ports, les voies aériennes, ferroviaires ou routières », explique Stéphane Bras. Parmi elles, le triatoma, une punaise capable de transmettre une maladie potentiellement mortelle, figure parmi les plus redoutées. Pour y faire face, les entreprises du secteur se forment et renforcent leurs effectifs. En 2020, le secteur employait 8 200 salariés. Aujourd’hui, ce chiffre a dépassé les 9 000 emplois.
Cette croissance s’accompagne d’une professionnalisation accrue. Les entreprises, autrefois sollicitées principalement pour des interventions ponctuelles, doivent désormais gérer des problématiques complexes et variées, allant de la désinsectisation ciblée à la destruction de nids, en passant par la surveillance des espèces invasives. « C’est une évolution majeure pour le secteur », commente Stéphane Bras. « On passe d’un modèle réactif à une approche proactive, avec une veille constante et des formations adaptées. »
Un marché dopé par le climat et les échanges internationaux
Le réchauffement climatique joue un rôle clé dans cette dynamique. Les hivers doux et les étés de plus en plus chauds créent un environnement propice à la multiplication des moustiques et autres insectes nuisibles. « Les conditions climatiques actuelles sont idéales pour ces espèces », confirme Stéphane Bras. « Et avec l’augmentation des températures, leur expansion devrait se poursuivre. »
Parallèlement, la mondialisation des échanges facilite l’arrivée de nouvelles espèces. Les ports, aéroports et gares deviennent des points d’entrée pour des nuisibles jusqu’alors absents du continent européen. Cette porosité des frontières impose une vigilance accrue et une coordination renforcée entre les acteurs publics et privés. « Il faut surveiller en permanence les nouveaux arrivages », insiste Stéphane Bras. « Une seule punaise ou un seul moustique peut suffire à déclencher une épidémie. »
Autant dire que cette « invasion silencieuse » n’est pas près de s’arrêter. Bref, les acteurs du secteur ont du pain sur la planche pour les années à venir.
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En France, le moustique tigre (Aedes albopictus) peut transmettre plusieurs maladies, dont le chikungunya, la dengue et le virus Zika. Bien que les cas de transmission autochtone restent limités à ce jour, la vigilance reste de mise, notamment dans les zones où l’insecte est implanté.
