Lors de sa participation à la Conférence internationale sur la sécurité organisée à Moscou le 27 mai 2026, le Premier ministre malgache, Mamitiana Rajaonarison, a dévoilé les contours d’un nouvel accord stratégique avec la Russie. Selon Courrier International, cet accord prévoit notamment la création d’une zone économique commune (ZEC) entre les deux pays, facilitant la libre circulation des biens et des capitaux.
Ce partenariat, présenté comme une avancée majeure, repose en réalité sur un volet énergétique ambitieux. Antananarivo et Moscou ont entamé des discussions pour l’agrandissement des installations de stockage de carburant à Madagascar. L’objectif affiché est de sécuriser l’approvisionnement énergétique de la Grande Île, actuellement dépendante des importations de pétrole et vulnérable aux perturbations géopolitiques dans le Golfe, comme l’explique Business Insider Africa dans son analyse.
Ce qu'il faut retenir
- Signature prochaine d’un accord pour une zone économique commune (ZEC) entre Madagascar et la Russie, incluant la libre circulation des biens et capitaux.
- Projet d’agrandissement des infrastructures de stockage de carburant à Madagascar, visant à réduire la dépendance aux routes maritimes du Golfe.
- La Russie renforce son influence en Afrique de l’Est via des accords préférentiels sur les carburants et l’accès à des minerais stratégiques comme le graphite, le nickel ou le cobalt.
- Un partenariat déjà initié en février 2026 lors d’une visite officielle du président malgache, le colonel Michaël Randrianirina, à Moscou.
Un projet énergétique présenté comme une solution aux vulnérabilités de Madagascar
Madagascar, dont l’économie dépend fortement des importations de carburant, cherche depuis des années à diversifier ses sources d’approvisionnement. La question énergétique est devenue encore plus pressante après la chute du précédent chef d’État, Andry Rajoelina, en octobre 2025, en partie due à des tensions liées aux pénuries de carburant. News Mada soulignait d’ailleurs, quelques jours avant l’annonce du 27 mai, les limites des capacités actuelles de stockage de l’île, qualifiant le financement du projet d’« un défi de taille » pour le gouvernement.
Pour pallier cette fragilité, Antananarivo mise désormais sur Moscou. L’accord en discussion prévoit non seulement l’extension des capacités de stockage, mais aussi la création d’un stock stratégique, comme l’a confirmé l’Office malgache des hydrocarbures (OMH) dans un communiqué. 2424.mg, un média indépendant malgache, y voit la confirmation d’une volonté de « sécuriser durablement ses approvisionnements ».
Au-delà de la simple sécurisation, ce partenariat pourrait positionner Madagascar comme une plateforme logistique majeure dans l’océan Indien. Selon des analystes cités par Business Insider Africa, l’île dispose d’un emplacement stratégique pour servir de hub de stockage et de distribution de carburant, notamment pour les régions d’Afrique de l’Est et du Sud, si le projet aboutit.
Un rapprochement Moscou-Antananarivo au cœur d’une stratégie russe en Afrique
Cette coopération énergétique s’inscrit dans une dynamique plus large, initiée dès février 2026 lors d’une visite officielle du président malgache, le colonel Michaël Randrianirina, en Russie. À l’époque, il avait déclaré : « L’arrivée d’aides financières et d’investissements à Madagascar nous aidera à redresser le pays. C’est pour cela que nous sommes venus ici », comme le rapportait l’Express de Madagascar. Quelques semaines plus tard, le président de l’Assemblée nationale malgache, Siteny Randrianasoloniaiko, annonçait l’arrivée de nouveaux distributeurs russes de pétrole sur l’île, selon 2424.mg.
Pour la Russie, ce partenariat représente une opportunité de renforcer son influence sur le continent africain. Moscou propose des accords préférentiels sur les prix des carburants russes — voire un soutien militaire — en échange d’un accès à des ressources naturelles stratégiques. Madagascar, riche en graphite, nickel, cobalt et terres rares, constitue ainsi une cible de choix dans une compétition accrue pour le contrôle des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, essentielles à la transition énergétique mondiale.
Cette manœuvre suscite des inquiétudes chez les autres puissances mondiales, qui intensifient leurs efforts pour sécuriser des routes maritimes stratégiques et des approvisionnements en ressources. Lors d’une conférence de presse donnée le 28 mai 2026, le secrétaire du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, Sergueï Choïgou, s’est d’ailleurs félicité de la « recrudescence de l’intérêt des pays africains pour une coopération avec la Russie », depuis la crise au Moyen-Orient, comme le rapportait Interfax, l’agence officielle de presse russe.
Un partenariat critiqué pour son manque de transparence
Malgré les annonces officielles, plusieurs observateurs s’interrogent sur la nature réelle de cet accord. Business Insider Africa évoque un « partenariat opaque », soulignant que les détails financiers et juridiques de l’accord restent flous. News Mada avait d’ailleurs pointé du doigt les difficultés de financement du projet, qualifiant l’initiative d’« un défi de taille » pour un gouvernement malgache déjà en proie à des tensions sociales et économiques.
Un économiste cité par l’Express de Madagascar met en garde contre les risques d’un partenariat déséquilibré, « en défaveur de Madagascar ». « Des balises solides sont nécessaires afin d’éviter qu’il n’engendre un déséquilibre structurel », a-t-il déclaré, sans que le gouvernement ne précise les garanties prévues pour protéger les intérêts du pays.
En attendant, les autorités malgaches devront clarifier les modalités de ce partenariat, notamment sur les garanties de transparence et les retombées concrètes pour la population. La Russie, de son côté, renforcera probablement sa présence économique et militaire dans l’océan Indien, dans un contexte où la compétition pour l’influence en Afrique s’intensifie.
Madagascar dépend à plus de 90 % des importations de carburant, ce qui le rend vulnérable aux fluctuations des prix et aux perturbations géopolitiques, notamment dans le Golfe. La crise énergétique a joué un rôle dans la chute du précédent gouvernement en octobre 2025, poussant les autorités à chercher des solutions alternatives.
Madagascar dispose de vastes réserves de graphite, nickel, cobalt et terres rares, des minerais essentiels à la fabrication des batteries pour véhicules électriques et aux technologies vertes. La Russie, en échange de son soutien énergétique, cherche à sécuriser l’accès à ces ressources dans un contexte de compétition mondiale pour les chaînes d’approvisionnement critiques.