Le président de la Maif, Yves Pellicier, a choisi de ne pas participer au déjeuner organisé lundi 20 avril par Jordan Bardella avec le Medef, une rencontre qui s’inscrit dans le cadre des échanges entre le parti d’extrême droite et le monde patronal à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Selon Le Figaro, cette absence assumée reflète une prise de position publique contre une potentielle accession du Rassemblement national au pouvoir, jugée porteuse de « risques politiques majeurs » sur les plans économique, écologique et social.
Ce qu'il faut retenir
- Yves Pellicier, président de la Maif, a refusé de participer au déjeuner organisé par Jordan Bardella avec le Medef le 20 avril 2027.
- Il évoque un « risque politique majeur » si le RN accède au pouvoir, citant des dangers économiques, écologiques et sociaux.
- La Maif justifie cette décision par une volonté de ne pas cautionner des positions incompatibles avec ses engagements, comme le « dividende écologique » de 18,3 millions d’euros en 2025.
- Pellicier rappelle que cette prise de position a été validée à l’unanimité par la direction et le conseil d’administration.
- Il met en garde contre les coupes budgétaires envisagées par des élus RN dans le secteur associatif et critique le soutien du parti aux énergies fossiles.
Cette décision intervient alors que plusieurs responsables économiques ont récemment accepté de dialoguer avec le RN, perçu comme un parti désormais « fréquentable ». Cependant, Yves Pellicier rejette cette idée, soulignant les positions du parti sur l’Europe, son alignement avec la politique de Donald Trump, ou encore son opposition aux énergies renouvelables. « Quand on voit les prises de position affirmées au niveau de l’Europe, le soutien affiché à la politique de Trump, leur programme économique qui oscille entre renationalisation et ultralibéralisme, leur opposition aux énergies renouvelables… la méfiance est de mise », a-t-il déclaré.
Le dirigeant de la Maif s’appuie sur une analyse partagée par sa direction et son conseil d’administration. « Se taire à ces moments précis, c’est déjà prendre position », a-t-il lancé, insistant sur l’importance de ne pas rester neutre face à des enjeux qu’il juge cruciaux pour l’avenir du pays. Cette posture s’inscrit dans une stratégie plus large de l’assureur mutualiste, qui refuse de céder sur ses engagements, comme celui du « dividende écologique ». Créé il y a quatre ans, ce dispositif consacre 10 % du résultat net de l’entreprise — soit 18,3 millions d’euros en 2025 — à des actions en faveur de la régénération de la nature et d’aides aux sociétaires les plus touchés par le dérèglement climatique. « Rien ne nous interdit demain, si le besoin se présentait, d’agir avec ce dividende ou avec un autre outil pour flécher ce que l’on veut faire avec une partie de nos résultats », a précisé Pellicier.
Parmi les risques pointés par le président de la Maif figure la menace budgétaire pesant sur le secteur associatif. Il rappelle que « plus de 12 000 emplois associatifs ont été détruits en un an », une tendance qu’il attribue en partie aux positions de certains élus RN au Parlement et dans les collectivités locales. « Quelques députés et sénateurs, quelques présidents de région fortement alimentés par l’extrême droite, ont déjà préconisé des coupes budgétaires », a-t-il dénoncé. Pellicier s’inquiète également des conséquences environnementales d’un possible gouvernement RN, évoquant les dangers liés au dérèglement climatique et à la promotion d’une « société de la performance avide d’énergies fossiles », que le parti soutiendrait selon lui.
Le dirigeant ne cache pas son objectif : contrer le récit de l’extrême droite, qu’il juge fondé sur « la peur, le recroquevillement, la fermeture des frontières et d’autres sujets très anxiogènes ». Pour lui, il est essentiel de « redonner de l’espoir » en affichant des valeurs opposées à celles portées par le RN. Cette prise de position publique s’ajoute à celle d’autres acteurs économiques, certains ayant choisi de dialoguer avec le parti pour anticiper ses potentiels changements de cap, tandis que d’autres, comme Pellicier, préfèrent marquer une distance claire.
Interrogé sur la réaction des autres membres de France Assureurs — l’organisation professionnelle à laquelle appartient la Maif —, Yves Pellicier précise que sa déclaration est pour l’instant isolée au sein du secteur. Cependant, il insiste sur le fait que sa position a été validée à l’unanimité en interne, ce qui renforce la crédibilité de son message. « Il s’agit de redonner de l’espoir car une énorme partie du récit de l’extrême droite est fondée sur la peur », a-t-il ajouté, soulignant l’importance de la responsabilité des dirigeants dans le débat public.
« Avec l’extrême droite, il n’y a pas seulement un risque d’instabilité sociale, mais également un risque économique, écologique et social. »
— Yves Pellicier, président de la Maif
Cette posture tranchée de la Maif contraste avec celle d’autres acteurs du monde économique, certains ayant choisi de rencontrer Jordan Bardella pour évaluer ses intentions. Guillaume Tabard, dans une chronique publiée par Le Figaro, évoque d’ailleurs un « éloge du réalisme » de la part de ces dirigeants. Cependant, Pellicier balaye cette approche, estimant que les positions du RN sur la scène internationale — notamment son soutien à la politique de Donald Trump — et son programme économique rendent toute normalisation prématurée.
Dans ce contexte, la Maif pourrait devenir un symbole de résistance face à une possible radicalisation des politiques économiques. Reste à voir si cette position sera perçue comme un avertissement salutaire ou comme une prise de risque inutile par ses concurrents et partenaires. Une chose est sûre : à l’approche de 2027, les lignes de fracture entre les acteurs économiques et les forces politiques ne feront que s’accentuer.
Le président de la Maif, Yves Pellicier, a justifié ce refus par la crainte de « risques politiques majeurs » si le Rassemblement national accédait au pouvoir. Il évoque des dangers économiques, écologiques et sociaux, ainsi que des incompatibilités avec les engagements de l’assureur, comme son « dividende écologique ».
Le « dividende écologique » est un dispositif mis en place par la Maif qui consacre 10 % du résultat net de l’entreprise — soit 18,3 millions d’euros en 2025 — à des actions en faveur de la régénération de la nature et d’aides aux sociétaires les plus touchés par le dérèglement climatique.