Dans les anciens locaux de l’usine Dopla, à Manfredonia, en province de Foggia (Pouilles), la production de vaisselle jetable a repris après trois ans d’interruption. Ce retour à l’activité, effectif depuis mai 2026, est le fruit d’un « workers buyout », une reprise par les salariés eux-mêmes, qui ont racheté et relancé l’établissement après sa fermeture en 2023. Selon Euronews FR, cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de reconversion industrielle, mêlant préservation de l’emploi et transition écologique.

Ce qu'il faut retenir

  • 67 salariés licenciés en août 2023 ont relancé l’usine Dopla sous forme de coopérative, Coopla Green, en rachetant le site de production.
  • La fermeture initiale était liée à l’interdiction en 2021 de la vaisselle jetable en plastique en Europe (« Single Use Plastic »).
  • La nouvelle production mise sur des matériaux recyclés, compostables et à zéro émission, dans une logique d’économie circulaire.
  • Un financement de 650 000 euros a été mobilisé, incluant des fonds publics italiens (NASpI) et des prêts à taux zéro.
  • Cette expérience illustre l’essor des reprises d’entreprises par les salariés en Italie, un modèle encore rare dans le sud du pays.

Une fermeture qui a donné naissance à un projet coopératif

Spécialisée dans la vaisselle jetable en plastique, l’usine Dopla de Manfredonia a cessé ses activités en 2021, date à laquelle l’Union européenne a interdit la vente d’articles à usage unique en plastique. Après deux ans de chômage technique, les 67 salariés ont été licenciés en août 2023. Plutôt que de voir leur savoir-faire disparaître, une partie d’entre eux a décidé de se mobiliser pour racheter l’outil de production. En avril 2024, ils ont créé la coopérative Coopla Green, qui a finalisé le rachat des actifs en 2025 et relancé la fabrication en mai 2026.

« Aujourd’hui, nous ne célébrons pas seulement une réouverture, mais un nouveau départ », a déclaré Giovanni Guerra, président de Coopla Green, lors de l’inauguration. « Nous avons traversé des mois difficiles, mais nous avons choisi de rester, d’investir sur nous-mêmes et sur le territoire. Coopla Green est née avec l’objectif de concilier emploi, innovation et durabilité, en misant sur des productions toujours plus respectueuses de l’environnement et sur un modèle industriel appelé à durer. »

Une production repensée pour l’économie circulaire

Contrairement à l’ancienne activité, désormais interdite, la nouvelle gestion de Coopla Green mise sur des matériaux durables. La coopérative produit désormais de la vaisselle jetable en plastique recyclé, en bioplastique certifié et en matériaux compostables. « De nombreuses machines, de nombreuses lignes de production peuvent continuer à être utilisées pour produire aussi des matériaux compostables, moyennant des adaptations liées aux nouvelles technologies et l’acquisition de matières premières adaptées à ce type de produit », a souligné Matteo Robustelli, directeur général de Coopla Green.

Ce virage s’inscrit dans une logique d’économie circulaire, où les déchets sont réutilisés ou compostés. Coopla Green mise également sur l’innovation pour adapter ses procédés aux nouvelles normes environnementales, tout en maintenant une partie de sa production traditionnelle pour répondre à une demande encore présente sur certains marchés.

Un modèle économique soutenu par des financements publics et privés

La reprise de Coopla Green n’aurait pas été possible sans un soutien financier et technique multiple. Selon Euronews FR, les travailleurs ont mobilisé leurs indemnités de chômage (NASpI), versées par l’État italien, pour investir dans le projet. Ils ont également convaincu les autorités publiques de la viabilité de leur initiative, permettant ainsi d’accéder à des subventions et à des prêts avantageux.

Parmi les partenaires financiers figurent Coopfond (fonds de développement coopératif), Banca Etica, MPS et Fin4Coop, qui ont contribué à un plan d’investissement global. La Cooperazione Finanza Impresa (Cfi), un fonds mutualiste créé en 1986 pour soutenir les entreprises coopératives, a accordé un prêt à taux zéro sur sept ans. « Cfi elle-même a pris la position de socio-financeur et a approuvé l’octroi d’un prêt en faveur de la coopérative », a expliqué Robustelli. « Elle a en outre souscrit une part de capital remboursable sur un nombre d’années suffisamment long pour permettre à la coopérative de l’utiliser comme une bouffée d’oxygène pour mener à bien ses objectifs. »

Un worker buyout encore marginal, mais prometteur

En Italie, le « worker buyout » – la reprise d’une entreprise en difficulté par ses salariés – reste une pratique rare, surtout dans le sud du pays. À Manfredonia, l’expérience a été rendue possible grâce à un écosystème local engagé. Legacoop Puglia, la fédération régionale des coopératives, a joué un rôle clé en soutenant le projet, avec l’aide de Scs Consulting, qui a élaboré un plan industriel viable.

« La réouverture des usines de Manfredonia représente un résultat extraordinaire, non seulement pour le territoire, mais pour l’ensemble du système coopératif », a déclaré Carmelo Rollo, président de Legacoop Puglia. « Cette expérience montre comment le worker buyout peut être un outil concret de politique industrielle, capable de préserver l’emploi, les compétences et la dignité, tout en accompagnant la transition vers des modèles de production plus durables. »

Et maintenant ?

À court terme, Coopla Green prévoit d’étendre sa gamme de produits et d’optimiser ses procédés pour réduire encore son empreinte environnementale. La coopérative entend également renforcer ses partenariats locaux, notamment avec des acteurs agricoles pour s’approvisionner en matières premières compostables. Une montée en puissance progressive est attendue, avec pour objectif de stabiliser l’emploi des 67 salariés initiaux, voire d’en embaucher de nouveaux dans les deux ans. La réussite du projet pourrait inspirer d’autres initiatives similaires dans la région des Pouilles, où l’industrie manufacturière cherche à se reconvertir face aux défis environnementaux.

Un symbole de résilience pour Manfredonia et les Pouilles

La relance de Coopla Green est bien plus qu’un retour à l’activité industrielle pour Manfredonia. Elle redonne un souffle à un territoire marqué par le chômage et le déclin de certains secteurs traditionnels. Avec un capital social de 650 000 euros et une gouvernance coopérative, l’usine incarne désormais un modèle de développement économique alternatif, fondé sur la responsabilité sociale et la durabilité.

« Nous sommes fiers de ces travailleurs. Les Pouilles sont fières, car avec détermination, avec engagement et, surtout, avec beaucoup de courage, ils ont décidé de prendre en main leur entreprise », a commenté Antonio Decaro, président de la région des Pouilles, lors de l’inauguration. « Ils ont protégé leurs emplois et sont eux-mêmes devenus entrepreneurs à travers un parcours de coopération. C’est aussi un parcours lié à la durabilité, car ici sont produits des éléments associés à la protection de l’environnement. Ils ont considéré la durabilité, la transition écologique, non pas comme une pénalisation, mais comme une opportunité de grandir et de devenir compétitifs sur le marché. »

Alors que l’Union européenne renforce ses exigences en matière de réduction des plastiques, l’expérience de Manfredonia pourrait servir d’exemple pour d’autres régions confrontées à des fermetures d’usines liées à des réglementations environnementales. Pour l’heure, Coopla Green mise sur la pérennité : « Nous avons choisi de croire en nous et en notre territoire. Aujourd’hui, c’est une victoire pour tous », a résumé Guerra.

Un worker buyout désigne la reprise d’une entreprise en difficulté par ses salariés, qui deviennent ainsi actionnaires et gestionnaires. En Italie, ce modèle reste marginal, notamment dans le sud du pays, en raison de difficultés d’accès au financement, de la complexité juridique et de la méconnaissance du dispositif par les travailleurs. Selon Legacoop Puglia, seulement quelques dizaines de cas sont recensés chaque année dans l’ensemble du pays, contre plusieurs centaines dans des pays comme l’Espagne ou la France.

Coopla Green doit relever plusieurs enjeux : adapter ses machines pour produire des matériaux compostables, sécuriser ses approvisionnements en matières premières durables, et maintenir sa compétitivité face à des concurrents utilisant encore du plastique traditionnel. La coopérative mise sur l’innovation et les partenariats locaux pour surmonter ces obstacles, tout en bénéficiant d’un soutien public et associatif.