Selon Capital, un phénomène émergent intrigue les observateurs du marché de l’emploi : de nombreux jeunes salariés, notamment parmi les générations millennials et Z, espèrent secrètement être mis à la porte par leur employeur. Une étude menée par la plateforme d’éducation en ligne ELVTR auprès de 2 000 personnes révèle que 37 % des milléniaux sont insatisfaits de leur poste actuel, tandis que 55 % se sentent instables dans leur carrière. Plus surprenant encore, près de six jeunes sur dix déclarent rechercher une excuse externe pour quitter un emploi qu’ils jugent sans issue.

Ce qu'il faut retenir

  • 37 % des milléniaux sont insatisfaits de leur emploi actuel selon une étude ELVTR citée par Fast Company.
  • 55 % des jeunes actifs estiment que leur carrière est instable, et 60 % espèrent un licenciement pour s’extraire d’un poste sans perspective.
  • Le phénomène, baptisé « dysmorphie professionnelle » par Roman Peskin, PDG d’ELVTR, reflète un désenchantement face aux promesses non tenues des parcours professionnels traditionnels.
  • 76 % des professionnels des RH interrogés par Avature estiment que l’IA réduira significativement les embauches de juniors d’ici les prochaines années.
  • L’automatisation menace les postes d’entrée de gamme, poussant les jeunes à privilégier une sortie subie plutôt qu’un départ volontaire, souvent impossible financièrement.

Un marché de l’emploi en pleine mutation

L’instabilité actuelle du marché du travail, marquée par l’essor de l’intelligence artificielle et la disparition progressive des postes juniors, explique en partie ce phénomène. Selon Roman Peskin, PDG d’ELVTR, « nous leur avons vendu une vision de carrière qu’ils n’atteindront probablement jamais ». Il souligne que les jeunes actifs, souvent endettés pour leurs études, se retrouvent dans une situation où l’idée même de démissionner pour retrouver un emploi ailleurs relève de l’utopie.

Jessi Jean, créatrice de contenu reconvertie à 35 ans, illustre ce paradoxe. Dans les colonnes de Capital, elle dénonce les « fausses promesses » faites aux jeunes : « On nous a répété : va à l’école, choisis une carrière responsable, travaille dur… et tu seras récompensé. Mais aujourd’hui, beaucoup se heurtent à des récessions, des dettes étudiantes colossales et une flambée des coûts de logement. À cela s’ajoute l’avancée fulgurante de l’IA, qui redéfinit les métiers d’entrée de gamme. »

L’IA et la fin des pyramides hiérarchiques traditionnelles

Les structures d’entreprise, autrefois organisées en pyramide avec des échelons clairs, laissent désormais place à des modèles plus plats, voire disparates sous l’effet de l’automatisation. Un rapport récent d’Avature, société spécialisée dans les logiciels RH, révèle que 76 % des responsables des ressources humaines dans le monde anticipent une réduction drastique des embauches juniors grâce à l’IA. Dimitri Boylan, fondateur et PDG d’Avature, va jusqu’à prédire que cette pyramide hiérarchique « n’existera plus à l’avenir » pour de nombreux secteurs.

Cette évolution se traduit par un durcissement des critères de recrutement dès l’embauche. Les jeunes actifs qui parviennent à décrocher un poste voient leur marge d’erreur se réduire comme peau de chagrin. « La génération qui arrive sur le marché du travail, les 18-25 ans, va être très fortement touchée », avertit Dimitri Boylan. Les processus de sélection, déjà exigeants, deviennent encore plus sélectifs, laissant peu de place aux profils en début de carrière.

Le coût de la reconversion et l’impossibilité de démissionner

Face à cette réalité, certains jeunes salariés en viennent à envisager le licenciement comme une issue moins coûteuse qu’une démission. « Prendre la décision de quitter un emploi soi-même est souvent financièrement impossible », explique Roman Peskin. Entre les dettes étudiantes, les loyers élevés et la précarité des contrats, la marge de manœuvre est étroite. Dans ce contexte, le licenciement – même subi – peut représenter une porte de sortie inespérée, assortie d’indemnités chômage et d’une possibilité de rebondir.

Ce phénomène s’inscrit dans un mouvement plus large de rejet des responsabilités hiérarchiques, parfois qualifié d’« unbossing ». De plus en plus de jeunes actifs rejettent les postes à responsabilité, jugés trop exigeants et mal rémunérés au regard des sacrifices demandés. Selon une enquête citée par Capital, 40 % des cadres envisageraient de changer d’entreprise en 2026, signe d’un désaveu croissant envers les structures traditionnelles.

Des solutions émergent, mais restent limitées

Face à cette crise des vocations et des parcours professionnels, certains acteurs du marché tentent de proposer des alternatives. Des formations en ligne, comme celles proposées par ELVTR, visent à aider les jeunes actifs à se réorienter vers des secteurs porteurs. Cependant, ces initiatives peinent à compenser les déséquilibres structurels du marché. « Nous devons repenser notre approche de la carrière », estime Roman Peskin. « Les jeunes ont besoin de visibilité et de garanties, pas de promesses creuses. »

Côté entreprises, certaines commencent à adapter leurs politiques de recrutement. PwC et IBM, parmi d’autres, alertent sur la nécessité de préserver des postes d’entrée de gamme malgré l’automatisation. Pourtant, les signaux restent contrastés : si quelques géants technologiques investissent dans la formation de leurs salariés, la majorité des PME et start-up privilégient encore la flexibilité et la réduction des coûts.

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année 2026, les observateurs s’attendent à une intensification des tensions sur le marché du travail, notamment pour les profils juniors. Les entreprises pourraient être contraintes de revoir leurs processus de recrutement pour attirer les talents, tandis que les pouvoirs publics devraient multiplier les dispositifs d’accompagnement à la reconversion. Reste à voir si ces mesures suffiront à inverser la tendance, ou si le phénomène de la « dysmorphie professionnelle » s’installera durablement dans le paysage économique.

En attendant, les jeunes actifs n’ont d’autre choix que de naviguer dans un environnement de plus en plus incertain. Entre espoirs de licenciement et recherche désespérée d’un emploi stable, leur parcours professionnel ressemble de plus en plus à un jeu de hasard, où la sortie de secours – même subie – devient une option de dernier recours.

Selon Roman Peskin, PDG d’ELVTR, cette préférence s’explique par plusieurs facteurs : l’endettement étudiant, la précarité des contrats et la difficulté à trouver un emploi stable ailleurs. Dans un contexte où démissionner signifie souvent perdre son revenu sans filet de sécurité, le licenciement – assorti d’indemnités chômage – apparaît comme une issue moins risquée.

D’après le rapport Avature, 76 % des professionnels des RH estiment que l’IA réduira significativement les embauches de juniors. Cependant, l’impact variera selon les secteurs. Les métiers répétitifs et peu qualifiés seront les plus touchés, tandis que les postes nécessitant une expertise humaine ou créative résisteront mieux.