Un immeuble aux allures de forteresse postmoderniste, des ascenseurs qui semblent jouer aux devinettes avec les étages manquants, et une histoire d’attachement qui traverse deux décennies. C’est dans ce cadre architectural singulier des Espaces d’Abraxas, situés à Noisy-le-Grand en Seine-Saint-Denis, que Marème Fall, aujourd’hui âgée de 55 ans, a posé ses valises il y a vingt ans. Selon Le Monde, ce choix initial, perçu comme un pari risqué à l’époque, s’est transformé en une fidélité sans faille pour cette habitante, malgré les défis du quotidien.

Ce qu'il faut retenir

  • Marème Fall, 55 ans, vit aux Espaces d’Abraxas depuis deux décennies, malgré un bâtiment aux particularités architecturales déroutantes
  • Le complexe, situé à Noisy-le-Grand en Seine-Saint-Denis, est un exemple marquant de l’architecture postmoderniste des années 1970-1980
  • L’absence de certains boutons d’étage dans les ascenseurs du site est régulièrement pointée par les résidents, comme en témoigne l’anecdote rapportée par Le Monde
  • Pour Marème Fall, ce logement représente bien plus qu’un simple toit : c’est un ancrage affectif et identitaire

Un bâtiment qui interroge, un choix qui s’impose

Les Espaces d’Abraxas, inaugurés en 1978, sont un complexe immobilier composé de trois bâtiments principaux — le Palais, l’Arc et le Théâtre — conçus par l’architecte espagnol Ricardo Bofill. Leur style architectural, mêlant monumentalisme et références antiques, en fait un lieu iconique du paysage francilien. Pourtant, certains détails pratiques, comme l’absence de certains boutons d’étage dans les ascenseurs, rappellent que l’usage quotidien peut parfois entrer en friction avec l’esthétique du lieu. « On arrive pour visiter l’appartement. Dans l’ascenseur, il manque des étages. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? » rapportait récemment un visiteur, selon Le Monde.

Pour Marème Fall, ces désagréments sont largement compensés par ce que représente ce lieu. « Ce n’est pas seulement un appartement, c’est un chez-soi », explique-t-elle. Son attachement à ce quartier et à ce bâtiment est tel qu’elle n’envisage pas de le quitter, malgré les défis liés à l’âge et aux contraintes urbaines. Les Espaces d’Abraxas ne sont pas qu’une adresse : ils incarnent pour elle une forme de stabilité dans un monde en mouvement constant.

Noisy-le-Grand, entre héritage architectural et mutations urbaines

Située en bordure de la Seine-Saint-Denis, Noisy-le-Grand a connu une transformation majeure depuis les années 1980. Le quartier des Espaces d’Abraxas en est l’un des symboles les plus visibles, attirant touristes et amateurs d’architecture. Pourtant, la ville fait face à des enjeux sociaux et économiques persistants, comme en témoignent les disparités de développement entre les différents quartiers.

Les résidents des Espaces d’Abraxas forment une communauté aux profils variés, mais unis par un sentiment d’appartenance fort. « Ici, on ne se sent pas comme dans un immeuble lambda. Il y a une vraie vie de quartier, une solidarité entre voisins », confie Marème Fall. Pourtant, les critiques sur l’entretien des parties communes ou les dysfonctionnements techniques, comme les ascenseurs, reviennent régulièrement dans les discussions des habitants.

Un pari risqué devenu histoire personnelle

Lorsqu’elle emménageait aux Espaces d’Abraxas il y a vingt ans, Marème Fall ne mesurait probablement pas à quel point ce choix allait marquer sa vie. « À l’époque, certains me disaient que c’était un pari risqué. Aujourd’hui, je sais que c’était le bon », souligne-t-elle. Son parcours illustre une tendance de plus en plus observée chez les Franciliens : celle d’un ancrage territorial fort, malgré les incertitudes économiques et sociales.

Pour autant, son expérience n’est pas isolée. De nombreux habitants des Espaces d’Abraxas partagent ce sentiment de fierté d’habiter un lieu aussi emblématique. « Ici, on ne vit pas dans un immeuble, on vit dans une œuvre d’art », résume un autre résident, cité par Le Monde. Un propos qui en dit long sur la relation presque affective que les habitants entretiennent avec ce site unique.

Et maintenant ?

La question de l’entretien et de la modernisation des infrastructures des Espaces d’Abraxas pourrait revenir sur le devant de la scène dans les prochains mois. Les associations de copropriétaires ont déjà exprimé à plusieurs reprises leur inquiétude quant au vieillissement des équipements, notamment des ascenseurs. Une réunion publique est prévue en juin 2026 pour discuter des travaux prioritaires, selon des sources proches du dossier. Par ailleurs, le statut patrimonial du site, classé parmi les réalisations majeures de l’architecture postmoderniste en France, pourrait influencer les décisions futures concernant sa rénovation.

Pour Marème Fall, une chose est sûre : tant que ses forces le lui permettront, elle restera dans cet appartement où, malgré les étages manquants dans les ascenseurs, elle a trouvé bien plus que ce qu’elle cherchait. « Ici, c’est chez moi. Et c’est ça, le plus important », conclut-elle.

Selon Le Monde, cette particularité s’explique par une conception initiale du bâtiment qui prévoyait des accès différenciés selon les niveaux. Certains étages ne sont accessibles que par des escaliers ou des issues spécifiques, ce qui explique l’absence de boutons pour ces niveaux dans les cabines d’ascenseur. Cette configuration, bien que surprenante pour les nouveaux visiteurs, est conforme aux normes de sécurité en vigueur lors de la construction du complexe.