Depuis plusieurs jours, une campagne de désinformation sur les réseaux sociaux repropose une accusation contre Israël : celle d’avoir tué en 2024 la journaliste française Marine Vlahovic, ancienne correspondante de RFI en Palestine. Selon nos confréres de France 24, ces allégations, déjà démenties à l’époque, refont surface à la faveur de l’engagement militaire israélien aux côtés des États-Unis au Moyen-Orient, dans un contexte géopolitique particulièrement tendu.
Ce qu'il faut retenir
- En 2024, la journaliste française Marine Vlahovic, correspondante de RFI en Palestine, a trouvé la mort dans des circonstances non élucidées.
- Une rumeur accusant Israël d’avoir tué la journaliste circule à nouveau sur les réseaux sociaux en mars 2026, dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.
- Ces accusations avaient déjà été démenties par les autorités françaises, palestiniennes et israéliennes en 2024.
- L’enquête palestinienne avait conclu à des tirs « non identifiés » lors d’un échange de feu entre groupes armés et forces israéliennes.
- Les réseaux sociaux amplifient aujourd’hui ces allégations, dans un climat de polarisation accrue autour du conflit israélo-palestinien.
1978 — 2024
Marine Vlahovic
Née le 12 mars 1978 à Marseille — Décédée le 15 mai 2024 à Rafah (bande de Gaza)
« Travailler en zone de conflit, c’est raconter l’inhumain sans ajouter à l’horreur. »
Marine Vlahovic était l’une des figures du journalisme français couvrant le conflit israélo-palestinien. Ancienne de RFI, elle avait couvert la seconde intifada, puis s’était spécialisée sur la bande de Gaza, où elle résidait depuis 2018. Son travail, primé à plusieurs reprises, était reconnu pour son approche humaine et son refus du sensationnalisme. Son décès, survenu dans un contexte de violences intenses, avait suscité une vive émotion dans les milieux médiatiques et diplomatiques.
Dès le 16 mai 2024, les autorités palestiniennes avaient annoncé l’ouverture d’une enquête. Le ministère palestinien de l’Information avait indiqué que Marine Vlahovic avait été « tuée par des tirs non identifiés » lors d’un échange de feu entre groupes armés palestiniens et forces israéliennes à Rafah. Une version reprise par plusieurs médias internationaux, dont l’AFP et Reuters.
Un contexte de désinformation amplifié par la guerre
La résurgence de l’accusation contre Israël intervient alors que le conflit au Moyen-Orient s’intensifie depuis l’automne 2025, avec une escalade militaire sans précédent entre Israël, le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens. Depuis le début de l’offensive israélienne à Gaza en octobre 2023 — qui s’est prolongée après l’entrée en guerre des États-Unis en soutien à Israël en janvier 2026 —, les réseaux sociaux sont le théâtre d’une guerre de l’information où rumeurs et accusations se propagent à grande vitesse.
Selon une étude de l’ONG NewsGuard, publiée en février 2026, près de 35 % des contenus partagés sur X (ex-Twitter) et Facebook concernant le conflit israélo-palestinien contiennent des éléments de désinformation, contre 22 % en 2023. Cette tendance s’explique par la polarisation des débats et la multiplication des comptes automatisés (bots) et des groupes de pression engagés dans la propagande.
Les allégations visant Israël dans la mort de Marine Vlahovic reposent sur une vidéo partagée dès 2024, montrant des éclats d’obus près du lieu du drame. Des comptes pro-palestiniens avaient alors suggéré que ces impacts provenaient de tirs israéliens, sans preuve formelle. Les autorités françaises, palestiniennes et israéliennes avaient toutes démenti cette version.
Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Oded Revivi, avait déclaré en mai 2024 : « Israël regrette profondément la mort de cette journaliste, mais toute allégation selon laquelle nos forces seraient responsables de sa mort est infondée et relève de la manipulation. »
Les réactions et les démentis officiels
Dès l’annonce de sa mort, Marine Vlahovic a reçu des hommages unanimes. Le président de la République française de l’époque, Emmanuel Macron, avait salué « une journaliste courageuse, dont le travail a éclairé des réalités trop souvent ignorées ». De son côté, le ministère palestinien des Affaires étrangères avait exprimé sa « profonde tristesse » et appelé à une enquête internationale « pour faire la lumière sur les circonstances de sa mort ».
Côté israélien, l’armée (Tsahal) avait publié un communiqué le 17 mai 2024 indiquant que « ses forces n’avaient pas mené d’opération offensive à Rafah ce jour-là », précisant que les échanges de feu observés provenaient de tirs de roquettes du Hamas visant des positions israéliennes. Tsahal avait ajouté que « toute accusation de meurtre délibéré contre ses soldats était infondée et irresponsable ».
Une enquête conjointe palestino-française avait été menée, mais sans pouvoir établir de responsabilité claire. Le parquet de Paris avait finalement classé le dossier en juillet 2025, faute de preuves suffisantes. « Nous n’avons trouvé aucun élément permettant de retenir une hypothèse pénale », avait alors déclaré le procureur de la République nationale antiterroriste, Jean-François Ricard.
Malgré ces démentis, certains médias alternatifs et comptes activistes ont continué à propager la théorie du meurtre. En mars 2026, un montage vidéo circulant sur Telegram affirmait que Marine Vlahovic avait été « ciblée » par un drone israélien, une allégation reprise par des milliers de comptes en quelques heures.
Les enjeux de la désinformation dans les conflits modernes
Cette résurgence de la rumeur illustre un phénomène plus large : l’utilisation de la mort de journalistes en zone de guerre comme arme de propagande. Selon Reporters sans frontières, 15 journalistes ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions à Gaza depuis octobre 2023, un record depuis le conflit de 2014. Parmi eux, des reporters palestiniens, israéliens et internationaux.
La désinformation ciblant les journalistes repose souvent sur trois mécanismes : la manipulation d’images, la détournement de propos et la création de faux témoignages. Dans le cas de Marine Vlahovic, les allégations se sont appuyées sur une vidéo tronquée et des témoignages non vérifiés, amplifiés par des algorithmes conçus pour maximiser l’engagement émotionnel.
Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est intensifié avec l’avènement des réseaux sociaux. Une étude de l’Université d’Oxford montre que les campagnes de désinformation autour du conflit israélo-palestinien ont augmenté de 400 % entre 2020 et 2025, avec une implication croissante de groupes financés par des États étrangers.
Les plateformes comme Meta (Facebook, Instagram) ou X ont mis en place des dispositifs de modération renforcés, mais les retards dans la modération et les biais algorithmiques rendent difficile l’endiguement de ces campagnes. « Les réseaux sociaux sont devenus des armes de guerre, où la vérité est souvent la première victime », a souligné Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, dans une tribune publiée en janvier 2026.
Que dit le droit international ?
La mort de Marine Vlahovic soulève des questions sur la protection des journalistes en zone de conflit. Selon le Protocole additionnel I aux Conventions de Genève, les journalistes couvrant un conflit armé bénéficient du statut de civil, à condition de ne pas participer aux hostilités. Leur protection est renforcée par la Résolution 2222 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2015, qui condamne les attaques contre les journalistes et appelle les États à garantir leur sécurité.
Pourtant, dans les faits, les journalistes locaux — souvent les plus exposés — sont rarement protégés. D’après RSF, 90 % des journalistes tués en 2024 étaient des locaux, dont une majorité de Palestiniens. « La communauté internationale ferme les yeux sur ces crimes, car ils ne bénéficient pas de la même attention médiatique que les journalistes occidentaux », déplore Sherif Mansour, coordinateur du programme Moyen-Orient de RSF.
Dans le cas de Marine Vlahovic, son statut de journaliste étrangère — bien que basée en Palestine — lui a valu une couverture médiatique plus large. Mais son cas rappelle aussi que, malgré les protections théoriques, les journalistes en zone de guerre restent des cibles potentielles, qu’elles soient volontaires ou non.
Le saviez-vous ?
Marine Vlahovic était la première journaliste française à avoir vécu et travaillé dans la bande de Gaza pendant plus de cinq ans sans interruption, malgré les restrictions de mouvement imposées par les autorités israéliennes.
Son livre « Les Ombres de Gaza », publié en 2020, a été salué par la critique pour son approche « humaniste et non manichéenne » du conflit.
En 2022, elle avait été lauréate du prix Albert-Londres pour un reportage sur les enfants soldats du Hamas, un sujet qui avait suscité une polémique en Israël.
« Elle croyait que raconter la vérité pouvait changer les choses. Aujourd’hui, sa voix résonne encore dans les décombres de Gaza, comme un rappel que le journalisme, même dans l’adversité, reste un rempart contre l’oubli. »
Ces accusations ont été relancées par des comptes pro-palestiniens et des médias alternatifs en mars 2026, dans un contexte de polarisation accrue autour du conflit israélo-palestinien. L’escalade militaire entre Israël, le Hamas et les États-Unis depuis fin 2025 a exacerbé les tensions, et les réseaux sociaux amplifient désormais les rumeurs à une vitesse inédite. Selon nos confréres de France 24, cette résurgence s’inscrit dans une stratégie plus large de propagande visant à discréditer Israël.
