Une étude récente publiée dans la revue Science et relayée par Futura Sciences met en lumière une découverte majeure : l’analyse des roches du cratère Gale par le rover Curiosity a permis d’identifier des cristaux d’hématite dont la taille offre un nouvel éclairage sur l’évolution climatique de Mars. Ces minéraux, formés en présence d’eau liquide il y a plusieurs milliards d’années, confirment que la planète rouge a connu des périodes chaudes et humides avant de devenir le désert glacé que l’on observe aujourd’hui.

Ce qu'il faut retenir

  • Le rover Curiosity explore le cratère Gale depuis 2012, révélant des archives géologiques précieuses sur l’histoire climatique martienne.
  • Les cristaux d’hématite analysés dans les couches anciennes du cratère mesurent jusqu’à 65 nanomètres, signe d’une circulation prolongée d’eaux souterraines chaudes.
  • Les couches plus récentes contiennent des cristaux inférieurs à 10 nanomètres, associés à des conditions froides et sèches.
  • Mars aurait conservé des nappes d’eau souterraine pendant 4,7 millions d’années dans certaines zones du cratère Gale.
  • Cette transition climatique progressive, plutôt que brutale, renforce l’hypothèse d’un environnement autrefois propice à une éventuelle vie microbienne.

Un passé humide confirmé par l’hématite

Contrairement à l’image actuelle d’une planète froide et aride, Mars abritait autrefois des lacs, des rivières et probablement un cycle de l’eau similaire à celui de la Terre primitive. Futura Sciences rapporte que les observations accumulées depuis des décennies par les sondes orbitales et les rovers, dont Curiosity, ont déjà mis en évidence des vallées sculptées par l’eau, des deltas asséchés et des minéraux formés en présence de liquide. Pourtant, la question de la transition entre cet environnement clément et le désert glacé actuel restait en partie mystérieuse. Les cristaux d’hématite analysés dans le cratère Gale apportent désormais une réponse partielle.

Sur Terre, l’hématite se forme dans divers contextes impliquant de l’eau. Son étude sur Mars permet de reconstituer les conditions climatiques passées. Les chercheurs ont utilisé l’instrument CheMin embarqué sur Curiosity pour analyser la diffraction des rayons X des poudres rocheuses. Ils ont observé que les cristaux les plus gros, jusqu’à 65 nanomètres, se trouvaient dans les couches les plus anciennes, regroupées dans la formation Murray. Ces minéraux suggèrent une circulation prolongée d’eaux souterraines relativement chaudes, favorisant leur croissance progressive.

Une transition climatique progressive plutôt que brutale

Les travaux menés par les auteurs de l’étude, publiés en 2026 dans Science, indiquent que les petits cristaux d’hématite, inférieurs à 10 nanomètres, présents dans les couches plus récentes, sont associés à des conditions froides et pauvres en eau. Selon les expériences réalisées en laboratoire, ces différences de taille reflètent une évolution des conditions environnementales. Les chercheurs expliquent ce phénomène par le « mûrissement d’Ostwald », un processus où les petits cristaux se dissolvent au profit des plus gros, nécessitant une présence durable d’eau liquide.

Les auteurs estiment que certaines régions du cratère Gale ont conservé des nappes d’eau souterraine pendant plusieurs millions d’années après la formation des sédiments. « Les couches les plus profondes pourraient avoir abrité de l’eau liquide jusqu’à 4,7 millions d’années », précise l’étude. À mesure que le climat martien se refroidissait, cette activité aqueuse a progressivement diminué, laissant place à des conditions froides et sèches, comme en témoignent les couches géologiques plus récentes.

« La taille des cristaux d’hématite devient une archive du climat ancien de Mars. Ces résultats renforcent l’idée que certaines régions de la planète ont pu rester habitables relativement longtemps. »
Les auteurs de l’étude, Science, 2026

Un outil inédit pour retracer l’histoire climatique martienne

Cette découverte offre aux scientifiques un nouvel outil pour reconstituer l’évolution du climat martien. En étudiant la taille des cristaux d’hématite, ils peuvent désormais estimer la durée et les conditions de présence d’eau liquide à la surface ou sous la surface de la planète. Ce marqueur minéralogique permet de mieux comprendre comment et quand Mars est passée d’un environnement relativement clément à un désert glacé.

Les données recueillies par Curiosity dans le cratère Gale, un bassin d’impact de plusieurs kilomètres d’épaisseur, servent ainsi de véritable encyclopédie de l’histoire environnementale martienne. Les chercheurs ont comparé ces résultats à des modèles conceptuels, montrant comment les conditions de surface humides ont progressivement laissé place à des environnements dominés par les eaux souterraines, puis à un assèchement total. « Le refroidissement progressif des températures de surface, passant de conditions positives à celles d’aujourd’hui, est clairement visible dans la structure des minéraux », soulignent les auteurs.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à affiner ces modèles en analysant d’autres sites martiens. Les rovers Perseverance et Curiosity pourraient découvrir de nouveaux indices minéralogiques, notamment dans des régions où des roches blanches mystérieuses, potentiellement formées sous un climat tropical, ont été repérées. Une mission de retour d’échantillons, prévue dans les années à venir, permettra d’étudier ces roches en laboratoire sur Terre et de confirmer ou infirmer ces hypothèses. D’ici là, ces travaux devraient alimenter les débats sur l’habitabilité passée de Mars et guider les futures explorations.

Avec plus de trois milliards d’années d’histoire climatique à décrypter, Mars continue de révéler, couche après couche, les traces d’un passé peut-être bien plus accueillant qu’on ne l’imaginait. Si ces découvertes ne prouvent pas l’existence d’une vie passée, elles renforcent l’idée que la planète rouge a pu offrir, pendant un temps, les conditions nécessaires à son émergence.

Sur Terre, la taille des cristaux d’hématite dépend des conditions de formation, notamment la température et la durée de présence d’eau liquide. En analysant leur taille dans différentes couches géologiques du cratère Gale, les chercheurs ont pu reconstituer l’évolution du climat martien, passant de périodes chaudes et humides à des conditions froides et arides.