Selon Le Figaro, l’autorité publique indépendante a publié ce mardi son rapport annuel pour 2025, mettant en lumière une baisse globale des saisines de médiation dans le secteur de l’énergie. Avec 10 475 demandes enregistrées, soit une diminution de 10 % par rapport à 2024, cette tendance s’inscrit dans un contexte de repli des prix de l’énergie et d’amélioration des outils de facturation. Pourtant, certains opérateurs continuent de cumuler les dysfonctionnements, obligeant le Médiateur à leur adresser des sanctions sans précédent.
Ce qu'il faut retenir
- Le nombre total de saisines a reculé de 10 % en 2025, avec 10 475 demandes enregistrées, dont 6 545 recevables (-8 % sur un an).
- Primagaz et JPME reçoivent pour la deuxième année consécutive un « carton rouge » pour leurs défaillances répétées dans le traitement des litiges clients.
- Les saisines concernant Enedis augmentent de 17 %, notamment sur les retards de raccordement et les fraudes aux compteurs Linky, multipliées par quatre.
- JPME, spécialisée dans le rachat d’électricité photovoltaïque, a vu ses litiges exploser (+120 %) et a perdu son autorisation d’achat en début d’année.
- Le Médiateur alerte sur une possible dégradation à l’automne liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
Une baisse globale des litiges, mais des poches de résistance persistantes
Pour la deuxième année consécutive, le Médiateur national de l’énergie observe une baisse des demandes de médiation dans le secteur. Selon les chiffres publiés ce mardi par Le Figaro, 10 475 saisines ont été enregistrées en 2025, un chiffre en recul de 10 % par rapport à l’année précédente. Parmi elles, 6 545 ont été jugées recevables, soit une baisse de 8 % sur un an. Cette diminution s’explique en partie par la stabilisation des prix de l’énergie et l’amélioration des systèmes de facturation, notamment grâce à la généralisation des compteurs communicants.
Cependant, cette tendance générale masque des évolutions contrastées. Si les litiges liés aux contestations de prix ont chuté de 62 %, ceux concernant les réseaux de distribution d’électricité ont bondi de 21 %. Les retards ou manquements de raccordement (+24 %), les problèmes d’ouvrages du réseau (+11 %) et la détérioration de la qualité de fourniture (+23 %) figurent parmi les principaux motifs de mécontentement.
Enedis dans le viseur : fraudes aux compteurs et lenteur de traitement
Enedis, gestionnaire du réseau de distribution d’électricité, est directement concerné par cette hausse des saisines, qui le visent dans près de neuf cas sur dix. Le rapport souligne que les efforts déployés au niveau national « ne se traduisent toujours pas par des améliorations concrètes sur le terrain ». Les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Île-de-France Ouest sont particulièrement pointées du doigt pour leur gestion insuffisante des demandes de raccordement et des ouvrages réseau.
Autre source de préoccupation : les fraudes aux compteurs Linky. Le nombre de saisines recevables liées à ces pratiques a été multiplié par quatre en 2025. Le Médiateur confirme que ces fraudes, techniquement avérées dans plus de neuf cas sur dix, sont souvent traitées avec une lenteur excessive. Certaines demandes déposées en 2022 ou 2023 n’ont abouti qu’en 2025. Enfin, la procédure de redressement financier pour récupérer l’énergie non payée est jugée perfectible et « pas suffisamment robuste » par l’autorité.
Primagaz et JPME sanctionnés pour la deuxième année consécutive
Malgré le repli global des litiges, le Médiateur a maintenu ses sanctions contre deux opérateurs dont les dysfonctionnements persistent. Primagaz, fournisseur de GPL, écope d’un « carton rouge » pour la deuxième année d’affilée. Le nombre de litiges le concernant a été multiplié par cinq en deux ans, en raison de facturations perturbées, de prélèvements bloqués ou d’impossibilités de finaliser de nouvelles contractualisations. « Le service réclamation ne fonctionne pas », estime l’autorité, qui s’inquiète de la trajectoire actuelle : « Même en début 2026, le nombre de litiges augmente. Cette situation interpelle sur le professionnalisme de la société », a déclaré Bernard Doroszczuk, le Médiateur de l’énergie.
JPME, marque d’Actelios Solutions spécialisée dans le rachat d’électricité photovoltaïque, concentre à elle seule 80 % des litiges liés à cette énergie en 2025. Avec 621 saisines enregistrées, son volume de plaintes a plus que doublé en un an. Le modèle économique de l’entreprise, basé sur des tarifs de rachat attractifs et un dispositif de « batterie virtuelle » (jusqu’à 800 euros de frais d’entrée), a révélé ses limites : de nombreux producteurs ont subi un « défaut de paiement quasi généralisé ». Le Médiateur dénonce également des modifications unilatérales et trompeuses des prix de rachat.
« Cette situation et les agissements de JPME, signalés par le Médiateur dès 2024, ont conduit le ministre chargé de l’Économie à retirer début 2026 l’autorisation d’achat ou revente dont bénéficiait JPME », note le rapport. Les anciens usagers de l’opérateur ont été basculés vers EDF ou des distributeurs de dernier recours.
Guerre au Moyen-Orient : un risque latent pour les consommateurs
Lors de la présentation de son rapport, Bernard Doroszczuk a été interrogé sur l’impact potentiel de la guerre au Moyen-Orient sur le marché de l’énergie. À ce stade, l’autorité ne constate que de légers frémissements, avec quelques demandes d’informations ciblées de consommateurs inquiets. « C’est beaucoup trop tôt pour mesurer un impact direct », a-t-il expliqué. Cependant, il a prévenu : « Le sujet pourra se poser à l’automne, peut-être un peu avant », estimant qu’« il y a quelque chose un peu sous le radar » à surveiller de près dans les prochains mois.
Le rapport 2025 du Médiateur de l’énergie rappelle que, malgré une accalmie apparente, les dysfonctionnements structurels persistent. Les consommateurs, s’ils bénéficient d’une facturation plus transparente, doivent rester vigilants face aux pratiques commerciales agressives et aux retards de traitement des opérateurs historiques.
Les consommateurs peuvent saisir gratuitement le Médiateur national de l’énergie en ligne ou par courrier. L’autorité examine la recevabilité du dossier avant de proposer une médiation. En cas d’échec, les recours juridiques restent possibles.
Les fraudes aux compteurs Linky se manifestent souvent par des consommations anormalement élevées ou des factures inexplicables. En cas de suspicion, il est conseillé de contacter Enedis via son espace client ou de déposer une réclamation auprès du Médiateur de l’énergie.