La mémoire des Tsiganes internés en France durant la Seconde Guerre mondiale reste un sujet trop souvent méconnu. C’est dans cette perspective qu’une journée d’échanges est organisée ce jeudi 4 juin 2026 à Saumur (Maine-et-Loire), à l’initiative de l’Université d’Angers et du Centre régional résistance et liberté (CRRL), comme le rapporte Ouest France.
Ce qu'il faut retenir
- Une journée de réflexion est prévue à Saumur ce 4 juin 2026, dédiée à l’internement des nomades pendant la Seconde Guerre mondiale.
- L’Université d’Angers et le CRRL pilotent l’événement pour faire le point sur le mémorial en construction à Montreuil-Bellay.
- Ce mémorial vise à ancrer la mémoire de ces populations dans l’histoire nationale, un projet encore en développement.
- La région Maine-et-Loire est directement concernée, Montreuil-Bellay ayant abrité un camp d’internement pendant la guerre.
Un passé douloureux à commémorer
Pendant la Seconde Guerre mondiale, près de 6 500 Tsiganes, principalement des Roms et des Sintis, ont été internés en France. Parmi eux, environ 2 000 ont transité par le camp de Montreuil-Bellay, l’un des plus importants du pays. Ce camp, ouvert en 1940 et fermé en 1946, symbolise une période sombre de l’histoire française, souvent éclipsée par d’autres mémoires. Selon Ouest France, cette journée de Saumur s’inscrit dans une démarche de reconnaissance et de transmission.
Le camp de Montreuil-Bellay, situé à une quinzaine de kilomètres de Saumur, a servi de lieu d’enfermement pour des familles entières, dans des conditions souvent précaires. Les témoignages recueillis par les historiens et les associations soulignent l’absence de procès pour ces internements, malgré leur caractère arbitraire. Pour les organisateurs de cette journée, il s’agit de « rappeler cette page de l’histoire et de rappeler que la mémoire collective doit intégrer ces victimes », a précisé un représentant du CRRL.
Un projet de mémorial en construction
Le mémorial dédié aux Tsiganes internés à Montreuil-Bellay est encore en phase de conception. Plusieurs pistes sont envisagées pour son emplacement et sa forme, mais aucune décision définitive n’a encore été prise. Les discussions portent notamment sur l’intégration du site dans un parcours mémoriel plus large, incluant d’autres camps de la région. « Nous travaillons avec les élus locaux et les associations pour définir les contours de ce projet », a expliqué un membre de l’Université d’Angers.
Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de reconnaissance des victimes de l’internement en France. En 2016, le président François Hollande avait reconnu officiellement la responsabilité de l’État dans l’internement des Tsiganes, une première étape symbolique. Cependant, les associations réclament depuis des actes concrets, comme la création de ce mémorial. « Ce lieu permettra de ne pas oublier, et de montrer que la France assume son passé », a souligné une historienne invitée à la journée de Saumur.
Un enjeu de mémoire collective
Cette journée de Saumur s’adresse autant aux historiens qu’au grand public. Elle vise à sensibiliser sur une période encore trop peu enseignée dans les écoles. « Il est essentiel que les jeunes générations comprennent cette partie de notre histoire », a rappelé un enseignant-chercheur de l’Université d’Angers. Les interventions prévues lors de l’événement aborderont notamment les conditions de vie dans les camps, les parcours individuels des internés, et les actions menées par les associations pour obtenir réparation.
Parmi les participants, des descendants de victimes sont attendus, ainsi que des représentants des collectivités locales. Leur présence souligne l’importance symbolique de ce projet. Pour les organisateurs, il s’agit aussi de « créer un dialogue entre les mémoires, et de montrer que la reconnaissance du passé est un travail collectif ».
Montreuil-Bellay a abrité l’un des plus grands camps d’internement de Tsiganes en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Avec près de 2 000 personnes passées par ce site, il symbolise une période de l’histoire française souvent oubliée, et mérite ainsi un lieu de mémoire dédié.
Pour clore cette journée, un débat public est prévu en fin de journée, permettant aux participants d’échanger sur les suites à donner au projet. Une chose est sûre : la mémoire des Tsiganes internés ne sera plus un sujet tabou.